‹ Histoire des peuples du NordChapitre 186 sur 206 · SOR LA FORME DES RUNES · texte numérisé non relu

SOR LA FORME DES RUNES

( Voyez ci-contre l'alphabet Runiqiic. )

1“ L’écriture était connue dans le Nord bien avant l’introduction du Christianisme ; les caractères dont on SC servait alors se nommaient Runes (riin, pi. riinir). Us étaient au nombre de seize, dont on trou-

500 IIISTOIKE DES HOMMES DU NOKD.

vera les formes, les noms et la signification dans le tableau ci-joint.

U est facile de voir que les noms répondaient aux formes des caractères. Ainsi dans le fé (brebis), on a introduit des cornes; dans lir (pluie), pluie à verse; dans )>urs (un géant), un gros ventre; dansds (bouches d’un fleuve), de Teau courante.

2° Longtemps après l’introduction du Christianisme, on conserva les anciens c^iractères dans les inscriptions sur les tombeaux, sur les bâtons et dans les calendriers. Ces caractères convenaient moins que les lettres romaines , qui déjà à cette époque étaient altérées par les moines et chargées de mille ornements bizarres. Le nombre primitif de seize lettres s’accrut ensuite par l’addition des Runes pointées. On inventa plus tard pour les lettres C, Q, X et Z, différents signes pour faire correspondre l’alphabet Runique avec le Latin; mais on ne les rencontre jamais dans les anciennes inscriptions.

3° R faut surtout observer que, dans l’orthographe Runique, aucune lettre n’est doublée ; que les mots sont séparés entre eux par un ou doux points; que l’arraugement des lignes est irrégulier, et ne peut être compris que par l’enchaînement du sens ; qu’on écrivait souvent de droite à gauche ; et qu’à diverses époques , dans différents lieux , quelques lettres, — surtout les voyelles, — avaient des significations multiples : les dialectes ont pu aussi causer cette variété. On ne paraît pas s’être servi à cette époque des Runes dans les livres, parce qu’on noanquait des matériaux nécessaires.

11 y a deux sortes de Rimes bien connues, les Runes llelsing, et les Runes Stafkarl ; les premières n’ont pas de ligue perpeudiculaire, mais ne sont employées que daus la ligne horizontale ; les dernières n’oDt que la ligne perpendiculaire très-longue , sur laquelle s’écrivent plusiem*s Runes, au moyen de lignes transversales qui se croisent.

4° Les savants sont partagés d’opinion sur l’antiquité des Runes ; elle nous parait cependant positive par les raisons suivantes : à l’époque où le Christianisme fut introduit , et longtemps après , les Runes étaient généralement employées dans tout le Nord, en Suède, en Danemark, en Norwége et en Islande ; et on a trouvé des pieiTCS Runiques qui sont évidemment Païennes, sur lesquelles le dieu Thor est invoqué. Mais si les moines les avaient inventées pour cacher des mystères , leur emploi sur les tombeaux eûtévidemmeiit contredit cette assertion; si d’un autre côté elles avaient été composées d’après les alphabets Grec et Latin , pour former une écriture nationale , leur usage ne se serait pas répandu aussi vite, et il n’y manquerait pas tant de lettres nécessaires. Elles sont mentionnées dans les plus anciens Sagas comme étant l’écriture des temps Païens : daus Eigla, sur l’aviron enchanté érigé contre le roi Erik Blodoxc; dans Grettla, et beaucoup d’autres; dans les chants évidemment Païens , tels que Rigs - mais Sigurdrivo-màl , Havamâl , le voyage de Skirnir , où l’on en trouve plusieurs nominativement désiouées, comme ]nirs il ne peut donc y avoir

de doute à ce sujet. Dans le Vôlu-spâ ou trouve :

Skâroa SkiSi* I marqnrrcnl sur la pierre

^ I Skuld comme la troisième ( c*est-à'

Skuld hina JjriOjo. I Norna^.

Leur emploi dans la magie est plutôt une preuve favorable à leur haute antiquité. Tous les anciens auteurs sont d’accord pour attribuer à Odin leur introduction dans le Nord; et ce fait est d’autant plus certain, que la plupart des pierres Runiques se trouvent en Suède, surtout dans le voisinage d’Upsala, qui était le chef-lieu de son culte. 11 y a beaucoup de ressemblance entre les Runes et le plus ancien alphabet des Grecs, ce qui s’accorderait avec la tradition qui fait venir les Scandinaves de la contrée au nord de la mer Noire. Nous apprenons d’Odin que les habitants de ces régions connaissaient l’écriture à une époque qui remonte à la naissance du Christ.

5“ Plusieurs Islandais ont écrit des traités sur l’usage et l’antiquité des Runes ; entre autres Olaf Thordson Hvitaskald , dans son supplément au Skalda ; Bjorn de Skardsa, Jean Gudmundson le savant, Rugman, Jean Olafson deGrunawick, dans sa Runologic; EggertOlafson a aussi traité ce sujet; mais, de tous ces ouvmges, il n’y a que le premier qui ait été impiimé. Vorm, Abrahamson, Verelius, Celsius et plusieurs Danois et Suédois se sont rendus célèbres par leur collection et leur interprétation des pierres Runiques; mais aussi , ils se sont peu occupés de la langue, de la grammaire, ni de l’orthographe. Puis, beaucoup de savants antiquaires de ces deux nations ont privé leurs ouvrages de tout intérêt ou de toute importance par suite des personnalités mutuelles qui remplacent souvent leur manque de conuaissances et de

leurs recherches; ils ont étouffé ainsi la vérité et provoqué le dégoût chez les hommes consciencieux qui auraient voulu étudier cet important sujet. (Rask’s Gramm.)

( H ) paire lOO.

Page 1