CHANT I)E MORT DE RAGNAR LODBROK
ou
CHANT DE KRAKÂ (1).
* Nous avons combattu avec l'épée ! Il n’y a pas bien des années que nous sommes allés combattre un
(1) Kraku-màl; À ilaug, dernière femme de Ragnar Lodbrok , qui s'èlait appelée dans sa jeunesse Kraka, parait lui avoir donné son nom; peutèlre voulut-elle faire allusion h sa douleur de veuve; Kraka, en Islandais, signifie corneille. On a supposé qu'elle chantait celte ode à ses enfants pour les exciter è venger leur père. C’était la fille d e Sigurth Fnffiisliani cl de liryiiliild. Ragnar appartient encore, comme on le voit, aux temps mythiques; l’histoire sait seulement qu'il était lils de Sigurth Hring, et son successeur sur le Irène de Danemark. I.’époque de sa mort est fort incertaine; Suhm, Kritisk Hifloric, t. III, p. 677, la place en 838 ; Torfa-us , Sciiei Dytiast., p. 577, en 845; et les textes islandais oldigeraieni de la
énorme seipent dans la terre des Goths; Thora fiii mon salaire (1), et les guerriers m’appelèrent Lodbrok,
reculer jusqu'en 790. Ses circoiislances ne sont pas mieux connues. Torfæus, llisi. Norv., P. I. p. 51, raconte ainsi la bataille où il fut fait prisonnier : Modicæ crant Ragnaris copix, qu.x, multitudinis impetum haud diu sustinentes, passim cxdebantur ; is vero quoque sc vertcbat, obvios prosternendo, acicm sa-pius perrumpens, stragem edebat ingcntem; nam ictibus ejus prævalidis nihil resistebat. Ipso contra, advcrsus fcrrum obOrmatus, singulos elud,.bat; tandem, orbe clypeorum undiquc circumfusus, capitur. Quærentes quinam essct, nec nomiuis professione, ncc responso diguatus. Ce récit n'est point confirmé par tous les historiens, et loin de lui donner une mort héroïque, plusieurs le font se résigner 6 l'esclavage, et mourir assassiné par un domestique jaloux de son talent de fauconnier. A servo Edmundi domestico , accipitrum domitorc, qui, iiividia motus, quod se peritiorem aucupii Regnerum animadverteret , per insidias ioteremptum, dit Poi.tanus, Hiu. Dan., I. IV, p, i03, et sa relation s'accorde avec celle de Polydore Virgile, llisl. Angl., 1. IV, et de Bromton, Chron., p. 804. Plusieurs strophes de cette ode avaient déjà été traduites en français par Mallet, à l'Appendice de son Edda, et en latin par Torfæus. Nous citerons quelques vers de sa version pour montrer avec quelle réserve on doit juger les littératures étrangères d'après les traductions des hommes les plus consciencieux et les plus doctes. Torfæus dit avec une singulière vanité :
Métro latino ad verbum fere exprimerc cnravimus ;
C.rtera quid referam! nunc me Plutonis ab aula Emissæ Euménides in .sua jura Irabunt.
Ergo ubi vis animæ moribundos liquerit artus,
Ivcrit et felix umbra per Elysium,
Sedibus optatis, epulis et nectare Divum Inter Asas sanctos, ambrosiaque fruar.
Itc, voluplates ! meiioris raptor amore Sortis; ad liane ridens transeo. Terra, valle.
Le texte dit : Il faut finir, voici les Dysir qu'Odin m'envoie pour me conduire à son palais; joyeux, je m'en vais avec les Ases boire l'hydromel à la place d'honneur ; les heures de ma vie sont comptées, et mon sourire brave la mort. Cette traduction a été faite sur le texte publié par Worm, Runica liieralura, p. 182; si l'on s'en est écarté dans deux ou trois passages, c'est que l'on a cherché à suppléer à rèdilion de M. Rafn, qu'on n'a pu parvenir à se procurer, par la traduction allemande que H. Legis en a donnée; Fmdyrûben de» AUen Nordens, p. 150.
(I) Thora Borgarliiort, fille de llcrrnuth, Jarl de Golaland, d'après le Landnamabok, p. 584, ou roi de Suède suivant Saxo-Gram, I. IV, p. ISS.
en souvenance de ma victoire (1). Alors je triomphais, l’acier luisant de mon sabre frappa le dragon de plusieurs blessures mortelles.
« Nous avons combattu avec l’épée! J’étais jeune encore quand, à l’Orient, dans le détroit d’Eii*ar, nous avons creusé un fleuve de sang pour les loups, et convié l’oiseau aux pieds jaunes à un large banquet de cadavres ; la mer était rouge comme une blessure qui vient de s’ouvrir, et les corbeaux nageaient dans le sang.
« Nous avons combattu avec l’épée ! Au sortir de l’enfance, je tenais déjà ma lance haute; à peine comptais-je vingt hivers, que l’épée frissonnait dans ma main. Vers l’Orient, à l’embouchure du Thinu, nous avons vaincu huit puissants Jarls ; ce jour là, l’aigle trouva une ample pâture (2) ; la sueur tombait dans des flots de sang ; Héla levait sa faux sur tous les guerriers (3).
Le lentiment de Lodbrok csl empreint de ce qu'on a appelé l'esprit de chevalerie.
(l) Lodbrœkur, culotte velue, Ragnart-saga, c. i-, \iWoia femoralia, dit Savo, I. c.; peut-être, au lieu de rappeler une peau non tannée dont il SC serait couvert pour attaquer le serpent, n'est-ce là qu'une de ces appellations poétiques, si coniinunes chez les Scandinaves, qui signifie pese Dvae.
(3) Nous n'avons point cherché à traduire le nom des diftérents oiseaux de proie comme pour un ouvrage d'histoire naturelle. Nous aurions trouvé un guide fort érudit dans le travail de M. Faher , Ueber dos Leben der hoch- ■nordischen Vôgcl; mais les habitudes de la poésie et de la langue Scandinaves nous rendent sa synonymie fort problématique. Nous ne voyons pas, par exemple, comment il a pu savoir que l'Ocrn était le Falco alhicilla ; tous les oiseaux de proie étaient désignés par le nom et la couleur d'un seul. Dans le Helga-quida 1 , si. VI, le nom des loups est donné aux corbeaux, et dans le Hôfod-lawm , refr. iii, aux poissons.
(3) Le texte dit : La sueur tomba dans un océan de blessures, l'armée perdit son âge.
« Nous avons combattu avec l’épée ! Nombreux furent nos laits d’armes quand nous envoyâmes au palais d’Odin les habitants de Helsiug (1) ; nous remontâmes les eaux de l’Ifa (2). Alors le sabre mordait profondément dans les chaii-s ; le fleuve roulait des vagues de sang , la terre était rouge et fumait , l’épée se brisait sur les cuirasses , sous l’épée les boucliers tombaient en pièces.
« Nous avons combattu avec l’épée ! Personne, je m’en souviens, ne quitta le combat avant que, frappé d’une blessure mortelle, Héraulh ne fût tombé sur son vaisseau (3). Depuis que les longues barques sillonnent la plaine des Mouettes , jamais plus noble Jarl ne redouta moins les rochers; son couiage brillait au premier rang dans toutes les batailles.
« Nous avons combattu avec l’épée! L’armée jeta son bouclier, les lances s’enfonçaient en sifflant dans la poitrine des guerriers ; la hache d’armes eût brisé les masses de fer de Skarfva (4) : quand le roi Rafn tomba, les armes étaient teintes de sang; la sueur du front des guerriers roulait encore chaude sur leur cuirasse.
et Nous avons combattu avec l’épée ! Le cliquetis des armes retentit au loin avant que le roi Eisteiii
(1) Les guerriers lues sur uo champ de lulaillc étaicnl admis dans le palais d'Odin : suivant quelques poètes , 1a moitié appartenait à l'rcyr ; mais nous n'avons vu nulle part ce qu'ils deveuaient.
(2) L’Yby, ou selon Wnrm,la Vistule.
(5) La bataille cessait quand uo des chefs était tue; dans les combats particuliers, une blessure suffisait. Qui liumum cruoreprius tinxisset viclus censebatur ; Arngrimus Jonas, Rerum hland. , lib. 1 , c. 9. C'est là certainement l'origine de nos duels au premier sang.
(i) Skarpey en Norwége.
NOTES ET ÉCLAinCISSEMENTS. 515
succombât dans la plaine d’Ullar (1) ; attirés par la vapeur du sang, d’avides faucons planaient sur la bataille; le glaive lançait les éclairs de la mort, il ti-aversait les boucliei’s, fendait les casques, et le crâne ouvert répandait la cervelle sur les épaules.
€ Nous avons combattu avec l’épée! Là, près de l’île d’Iniithur (2), les corbeaux purent se rassasier dans un splendide festin; nous y préparâmes au coui-sier de Fala (5) une large pâture; tous étaient braves , il était difficile aux plus braves de se faû-e remarquer à la clai-té du soleil ; les arcs se bandaient seuls, les traits pei'çaient d’eux-mêmes les cuirasses.
« Nous avons combattu avec l’épée! Devant Borgmitharholm, nous avons l ougi nos laiu;cs et couvert nos boucliers de sang; un nuage volant de flèches brisa jusqu’à la boucle des cuirasses, il fendit jusqu’à l’acier des arcs (4). Volnir tomba à la place d’honneur : c’était le [)lus puissant des Rois ; il avait exhaussé de cadavres le sol des rivtiges et i-assasié le bec des vautours.
« Nous avons combattu avec l’éjiée ! La bataille
(1) Ullar akur : ull, laine, et akr , cliump ; c'est le Lanem campiu dont Saxo-Cram. parle 1. IX. Worra le met en Sw-de, et M. I,egis en Norwége.
{i) Hinlereu dans le golfe de Drontbeim.
(3) Fala ou Hala ( probalilcnieul de Fada , épouvanter ) , géante qui montait un loup: son nom devint commun aux Ogresses cl aux Vampires; Helga-quida 1 , st. XVI. Peut-être csl-cc de Fala qu'est venu Valant , nom du Diable dans le vieil allemand; Sibelinge Kol, v. I33i; Wigal , V. 3994.
(4) II y a dans la chronique de Thomus of Walsingbam une espressiou du même genre , mais encore pins poétique ; il fait briser le fer des lances cl traverser la lame des épées.
s'épaississait depuis longtemps, quand le roi Freyr tomba sur la terre de Flemingia (1), dégouttant de sang ; la pointe bleue de l'acier se rompit sur la cuirasse d’or de Haugiii (2) ; ce matin là, Hild déplora la proie dont les loups se repurent (3).
< Nous avons combattu avec l’épée ! J’ai vu près d’Âienglane (4) d’innombrables cadavres charger le pont des vaisseaux ; nous avons continué la bataille six joui‘8 entiers sans que l’ennemi succombât ; le septième, au lever du soleil, nous célébrâmes la messe des épées (5) ; Valthiof fut forcé de plier sous nos armes.
(l) La Fiance.
(3) C’élail, suivant les cormnenlateurs , un ancien pirate dont les armes restèrent célèbres dans tout le Kord; la cuirasse de Haugni signiliail chez les poètes une armure que le fer ne pouvait entamer. Nous ne savons quel est ce Haugni, et nous serions tenté de le remp'acer par Hamdir, dont le nom H lu même lettre alKlérantc et se trouve déjà dans la langue poétique. Sa cuirasse était impénétrable d’après le Yolsmgasaga , c. 51 ; et dans i'OIaf Tryggvaaonartaga , c. il, les cuirasses sont appelées les vêlements de Hamdir.
(ô) La déesse des batailles regrettait la mort des guerriers, parce que Ragnar fut battu.
(4) Aeinglane était probablement en .Angleterre. M. Legis en fait un promontoire du Kentshire, nous ne savons d’après quelle autorité.
(5) Cette expression a semblé à quelques critiques ii/ie preuve que et poème ne remontait pas au temps de Ragnar ; plusieurs partisans de son antiquité se sont même crus obligés dé supposer que le copiste avait écrit Oddamesta au lieu à'Oddaaenna, qui se trouve dans la strophe XVII, et a la même sigiiiGcation. Il ne serait cependant pas étonnant que Ica contemporains de Ragnar, qui avnieut des relations constantes avec les habitants de l'Angleterre, où le Christianisme était connu depuis le viii* siècle ,
J eussent fait des allusions hostiles à la Gn du ix*. Dans le Thord hrede»- »aga , que Müllcr , Sagabib, , t. 1; p. 370, dit du siècle suivant , on trouve l'expression Vapmtnesta , la messe des armes; voyez le Nokrer margfroder Sogu- œttar de Marcusson. Ou a même prétendu que la Kyndilmetsa (festum fucularum) se célébrait, en commémoration du bûcher de Balder , avant l'introduction du Christianisme en Scandinavie. Dans une glose du
« Nous avons coniballu avec l’épée ! Des torrents de sang pleuvaient de nos annes à Barthafyrth (1) ; l’autour n’en trouva plus dans les cadavres; l’arc résonnait et les flèches se plantaient dans les cottes de mail ; la sueur coulait sur la lame des épées ; elles venaient du poison dans les blessures , et moissonnaient les guerriers comme le marteau d’Odiii.
* Nous avons combattu avec l’épée ! Sur le rivage de Uiathning (2), nous avons élevé le bouclier dans les jeux de Hild; on nous pouvait voir, à travers le (î*émissement des lances, aplatir les casques et déchirer la cuirasse des guerriers; c’était un aussi beau jour que si ma fiancée avait abandonné sa bouche à mes baisers.
€ Nous avons combattu avec l’épée ! Dans les plaines de Northhumrà ^), une grêle d’acier s’abattait sur les boucliei's, les guerriers chancelaient et tombaient. Le matin, il ne fallut pas réveiller leur courage; sous le tranchant des sabres les casques avaient perdu jusqu’à leur forme; quaud le soleil revint éclairer la bataille, il n’éclaira plus que des cadavres.
< Nous avons combattu avec l’épée! Il fut accordé
commencenienl du ix* siècle, ap. Greilh, Spicitegium Yatieanum, p. 32, Guesasii min ei ro ze mcsina est expliqué par vidisti seniorem meum ad malulinos ; ainsi iletina signifie Malin , et il est fort possible que ITsIandais Mtsst ait la même signification. Au lieu de messe des épées , il faudrait traduire : « Nous fêtâmes le matin (le jour) des épées ; • peut-être jWcjjç a-t-il la même origine que Malinet , office du matin , comme Vêpres est l'office du soir.
(1) Probablement près de Penh, autrefois Bcrtba en Écosse.
(2) M . Legis , è qui nous empruntons presque toutes ces indications géographiques, suppose qu'il s'agit de Haddingionbay en Écosse.
(3) Le Northuœberland.
à Herthiof de triompher de nos bi-aves dans les lies du Sud (1): au milieu de la tempête d’acier ,Raugnvallth(^ tomba sous ses coups; jamais le cliquetis du glaive n’avait été aussi fatal aux héros; ses traits ailés disaient jaillir le sang à travers les casques.
« Nous avons combattu avec l’épée! A Vethrafirlh (5) , les cadavres tombaient entassés sur les cadavres; les petits du milan comptaient sur une abondante pâture après la bataille ; l’acier se heurtait contre le fer; Marstan, le prince de l’Islande, reput la faim des loups de sa chair royale ; le butin fut riche pour les corbeaux.
« Nous avons combattu avec l’épée I J’ai vu tombe!bien des guerriers quand les traits se croisaient aux premières lueurs du matin; les lances déclüraicut in-uyamment les vêtements de Hamdir (4) ; les étendards resplendissaient ; la faux des batailles traversa la poitrine de mon fils ; ce fut Egil qui arracha la vie à l’intrépide Agnar (5).
« Nous avons combattu avec l’épée I J’ai vu les braves , fidèles à leur serment , abattre avec leuisabre d’abondantes moissons pour les requins ; daus la baie de Skada, le tillac de nos vaisseaux reluisait de pourpre comme si de jeunes filles y avaient répandu du vin ; il u’étail pas de si impénétrables cuirasses que n’entamât le bras des Skiolthung (6).
(I) lÆs Hébrides.
(i) Fils de Ragn:ir cl d’.\slaug.
(3) Walerford en Irlande.
(4) Les cuirasses; voyez la noie 2, ji. 514,
(5) Un des deux dis de Tliora.
(6) Ragnar cl ses enfants , qui avaient juré de venger la mort d'Agiiar . Les rois de Danemark préleudaienl dcseendic de Skiold ou Skiaullh , fils
« Nous avous combattu avec l’épée! Devant l’ile de Linthis (I), nous avons provoqué trois Rois au jeu de la lance (2 ' ; il y en eut peu qui purent so glorifier sous leur toit; des rangs entiers tombaient dans la gueule des loups; le bec de l’autour se lassa de dépécer sa proie ; tant que dura le combat , les rangs des Iris (3) grossirent les vagues de l’Océan.
« Nous avons combattu avec l’épée! A la clarté
U’Oüin ; il paraît même que l'oii nommait Skiotdung tous les guerriers de r.acc royale. Le Helga quida III , si. XI.IX , appelle Sigrun Skioldung ; voy. le Beowulf et ITntroduction du Grolla-tnmgr.
(I) Lindisfarne, sur la cùlc de Norihumberland , près de l'Écosse. Elle joue un grand rôle dans les poésies Galloises ; voy. l'Appcndiee de Nennius , ap. Gale, et \a Hyvgrian-Archaiologg , I. V , p. IM.
(ï) Les Anglo-Saxons disaient aussi le jeu de l’épée, Beowulf, t. 2073 ; le jeu de la guerre, id. , v. 2112; le jeu de la lance, id., v. i07i. Le vieux français avait une foule d'expressious du même genre : jouer des mains pour se battre; les arbalétriers qui faisaient pleuvoir une grêle de traits jouaient leur jeu. Jeu sarrazionois signifiait une bataille ;
Tholomcr le regrette et le plaint en grijois ,
Et dist que s'ils eussent o eiilz tels vingt et trois.
Il nous eussent fait un jeu sarrazionois. {Homans d’Alexandre.)
L’épée de Charlemagne s’appelait Joyeuse ; mais peut-être ce nom vient-il (le Joyau, car on lit dans la chronique de Robert de Rrunne, ap. Lyttellon, Hislory of Henry II, vol. IV, p. 361 :
And Richard at thaï lime gaf liim a faire juclle,
The gude swerd Caliburne whicli .Arthur lulfcd so tvell
Les combats étaient si bien regardés comme des jeux , que, dans un manuscrit du ix' siècle, ap. Endlicher, Calalogus Codicumphilologicorum latinorum Bibliolhecoc Palantinœ Vindobonensis , p. 296, on appelle Agonetheta, (officier qui présidait aux jeux publics des Grecs),
le commandant en chef d'une bataille; et on lit dans le Wallharius , V. 186, une expression qui se rapproche encore plus de l'Islandais ;
Fraxinus et cornus ludum miscebat in unum.
Fraxinus et cornus désignent des lances qui étaient ordinairement en frêne ou en cornouiller. Dans le Xibelunge liai, st. 3,219, ou trouve aussi Kampfspil.
(3) Les Irlandais, ou, suivant Wilde, les chrétiens du Norihumberland, qui ont donné leur nom .A la province de Deira et .à la ville d'ircby.
du matin, j’ai vu s’éteindre, à Alasund (l), lo héros aux beaux cheveux (2), le favori des vierges; mon cœur battit de joie comme si la déesse m’eût tendu elle-même du vin fumant dans la coupe. Plus tard le roi Oern tomba aussi : alors le jour me devint aussi beau que si je l’avais embrassée au haut bout d’un festin (5).
€ Nous avons combattu avec l’épée ! Le sabre fendait l’air et découpait les boucliers, la lance étincelante résonnait sur les cuirasses; de long.s siècles n’efTaceront pas la tmee du combat des Rois dans l’île d’Onlug {ïy, l’épée volait comme un dragon, clTherbe rougissait tout autour.
« Nous avons combattu avec l’épée ! Pourquoi la mort n’cst-elle pas plus près du guerrier qui se précipite sous le tranchant des sabres? celui qu’ils ne frappent point regrette souvent d’avoir trop vécu, et cependani il est difficile d’exciter le lâche à la lutte du cimeterie; le cœur lui bat en vain dans la poitrine.
t Nous avons combattu avec l’épée! Je tiens pour juste que, dans la rencontre des glaives, un homme
(I) Alasunda a oomerv^ foii i om.
(3) Ce ne peut pas (Ire Har.-iIcl'Haifag , ainsi que l'oiil prétendu plusieurs commentaleui's, puisqu'il ne mourut qii'aprés Ragnar, en 954, cl qu’il avait abdiqué en 931. M. Price, Warion's history nf the englith poe- Iry I. I, p. 70, pense qu’il s’agit (TAurn, prince d'une des Hébrides; il l’a rerlaincmcnl confondu avec le roi Oern , dont le poète parle dans la mémo strophe; m.iis pcul-circ y étail-il autorisé par une ponctuation diflérenle de celle que nous avons cru devoir adopter.
(5) Je n’ai pu entendre le texte de VVorm ; j'ai traduit une grande pai sur l’Abcnaand. (Du Méiil, p. I4S, n. 4.)
(4) Anglrscj.
seul s’oppose à un homme, et que le guerrier ne recule point devant un gueirier : tel futl’ouvrago du héros. Qui mérite l’amour des jeunes filles se jette hardiment dans la mêlée des sabres. Qui mérite l’amour des jeunes filles se jette hardiment dans la mêlée des sabres (1).
« Nous avons combattu avec l’épée ! Il m’est prouvé maintenant que c’est le destin qui nous mène; nul n’enfreint les décrets des Nornes. Je ne pensais pas que ma vie appartînt à Ella (2), quand à demi mort, je baignais dans mon sang ; quand je poussais mes vaisseaux sur les vagues, et que je laissais dei'rière moi, dans les mets de Skotland, de la curée pour les poissons.
« Nous avons combattu avec l’éjiée ! Cela me réjouit l’âme, que le père de Baldiir m’ait préparé un banc dans sa salle de banquet (5) ; bientôt nous boirons la bière dans le crâne de nos ennemis (4) ; le
(1) Les ScalJcs répélaiciil assez souvent le dernier distique quand il contenait une pensée remarquable; on eu a un autre ezemplc dans la dernière stroplie.
(î) Roi de Northumberland, qu’il avait conquis sur Osbrilli ou Osvrilh. Ce fut. d'après la chronique Sazonne, h l’cnibouchurc du Wcarc qu’eut lieu le supplice de Ragnar, et, suivant Siméun Dujiclm , b l’embouchure du Tyne.
(3) On trouve égalemeot dans \c Roman de Renrevax , Ms du R.,