‹ Histoire des peuples du NordChapitre 189 sur 206 · SI , V · texte numérisé non relu

SI , V

F.n paradis o siint li aumosnier Sont li lit fait o nos devons choeier.

Quant h l’crpression de banc pour inble, elle était fort répandue pendant le moyen ége ; seulement lu progrès du comfori obligea de le modiner par une épitlicte. On couvrit les bancs de peinture et de coussins; de lit vient l’czpression des ballades suédois.'s : Silla pâ bolsirarnâ blâ, s’asseoir sur les poutres bleues.

(V) Nous n’avons pas cru devoir r.otis écarter d’une tradition Inqi géne-

héros ne déplore point sa mort dans le palais du ])èrc des Mondes ; il n’arrive point à la porte d’Odin des paroles de désespoir à la bouche.

« Nous avons combattu avec l’épée ! Bientôt les armes acérées des fils d’Âslaug (1) recommenceraient de sanglantes batailles, s’ils savaient quels tourments me déchirent quand ces mille serpents enfoncent leurs dards empoisonnés dans mes chairs. La mère que j’ai donnée à mes fils leur a transmis un noble cœur.

€ Nous avons combattu avec l’épée ! La mort va saisir mes héritiers; la morsure des vipères a été mortelle ; je sens leurs dents au fond de ma poitrine. Bientôt, j'espère, le glaive me vengera dans le sang d’Ella ; mes fils pâliront à la nouvelle de ma mort ; la colère leur rougira le visage ; d'aussi hardis guer-

rale pour i‘‘lrc j.tih valeur ; mais nous devons prévenir que notre traduction UC rend pas i'expressinn du poêle; il dit mot à mol : [.es arbres courbés de la tête; ce qui nous semble, ainsi qu’.à M. l'inii Magnûsen , ne pouvoir signifier que la corne à boire ; voyez .Vûller, Sagabib. , t. XI , p. 4"9. Les anciens (jnilois buvaient aussi dans des cornes. Il y a un poème d'Ovain Kyveiliog, intitulé Hirlas; c'était, comme il le dit lui même, une corne de bœuf enrichie de vieil argent :

Hirlaf bueliti breitil uchel ben ariant.

On sait, au reste, que les peuples septentrionaux et même celtiques se faisaient une coupe du crâne de leurs ennemis ; ■Warnefrid, lib. I , cap. 27; lib. Il , cap. 28 ; Golfridus Vilerbiensis , p. 508. Silius Italicus dit, lib. XIII : At Cellœ vacui capilis circumdare gaudeiit

Ossa ( Kr/as!) aura , et mensis ea pocnla servant.

Voyez aussi le Vôhmdar quida , si. XXII, VAIla mât, st. LXXVIII, et le Gunnarsslagr , st. XVill; peut-être même l'anglais seuil, crâne, vicnt.il de l'islandais skal, coupe. Voyez Platon, Euihydemus, et Aristote, Respubl., 1. VIII, c. 2.

(1) Ragoar avait eu cinq fils d'AsIaug : Yvar appelé aussi,Hingvar; Biaurn ; llvitserk, le même probablement que plusieurs historiens nomment Hubba et l'ppc; Baugnvalllli et Sigurtii. Huiifeldus, Chron, Dan., p. 15, lui en tlonnc dis .

riere ne prendront point de repos avant de m’avoir vengé (1).

« Nous avons combattu avec l’épée! Cinquante et une fois j’ai planté ma bannière sur le champ de bataille; au sortir de l’enfance, j’appris à rougir ma lance ; jamais je n’ai craint que les guerriers retrouvassent un chef plus vaillant. Maintenant les Âses m’invitent à leurs banquets, ma mort n’est pus à plaindre.

« Il faut finir : voici les Dysir (2) qu’Odin m’envoie pour me conduire à son palais (5) ; joyeux, je m’en vais avec les Ases boire l’hydromel à la place d’honneur; les heures de ma vie sont écoulées, et mon sourire brave la mort (4) ; les heures de ma vie

(1) Ragnar ne se trompait pa«; scs fils vcngircnt sa mort, en 867 ; Malhæus Westtn. F/or. Ilhl., p. 314; Simeon Dunclm, ap. Twystlen, p. 14, et liromtom , ibid-, p. 802.

(2) La Mjlliologic Scandinave appelait Disir ou Dysir toutes les intelligei.ecs supérieures aux hommes qui avaient des rapports coi.slaiits avec i‘i:x. Les mêmes idées se trouvent dans nos vieilles poésies :

Droit en paradis l’emportereut fx!s Anges qui le couronnèrent ,

Et il Dieu puis le présentèrent Et moult grant joie en demeuerent.

Passion de St Étienne, ap Jubinal, MyUeres inédit», t. I, p. 559.

(3) Nous avons déj.’i vu , st. IV ; Nous envoySmes an pahiis d'Odin les habitants de Helsing, pour signifier : Nous les tuâmes. Des expressions semblables se trouvent dan« les écrivains chrétiens du moyen .âge : Pater iiaque ejus defectus senio migravit ad Christum; Vincent, Diseovery of errer» in Brooke'» Ifobiliiy , ap. Percy , t. 1 , p. 88.

(4) On retrouve le même fait ou la même fiction dans une foule d'histoires et de poésies Scandinaves. On lit dans le Bodvar-Biarktuaga ; Hncig Agnarr i.idr hlaeiandi a jord, oc do sidan ; Agoar tomba on riant, puis mounit; dans le nnifsriekasnga :

ÿat manu seggir at sogum giora .M llalfr Knniingr hltriamli do.

522 lilSTOlHE DKS HOMMES DU ICORD.

sout écoulées, el mou sourire brave lu mort (1).

On lira dcsorniais dans l'Iiisloirc que le roi Halfr est mort en riant. Vojci aussi le Grellhsaga, c. 71. Saxo, lir. Il, dit de liiark :

Hercule nemo illo visus mihi fortior unquam ;

Seroivigil subsedit euim, cubitoque recliois,

Kidendo excipit leihum, murtern que caebinno Sprevit, etElysiiim gaudeiis successit in orbeni.

A ces idées se rattache la supposition de héros chantant leurs exploits au milieu des supplices; Hallmund , ap. Greltitaga, c, 49; cl Asbiorn Prudi, ap. Oim Storolfsonarsagn ; Bartholinus, pp. 158 el 1511; el le Gumiars-slagr, à l'appendice de \'Edda, t. H. Ce mépris de la mort n'était pas, au reste, particulier aux Scandinaves. On lit dans Quinte-Gurce, t. Vil, c. 10 : Ex caplivis Sogdianorum adregcm XXX nobilissimi, corporum robore eximio, perducti erani ; qui, ut per inlerprctem coguoveruot, jussu regis ipsos ad suppUcium trahi, Carmen lactantium more canere... coeperuol. H. de Chàleaubriant nous a appris aussi que les sauvages de l'Amérique du nord chantaient dans les supplices ; voyez Alala et les Natchez.

(1) plusieurs critiques ont cru que Ragoar avait composé lui-méme son chant de mort, sans doute parce qu'il y parlait à la première personne. D'autres ont reconnu que si le courage pouvait donner la force de paraître impassible, il ne rendait pas l'intelligence assez indépendante du corps pour lui permettre de versifier au milieu des angoisses d'un supplice atroce ; ils ont senti que, lors même que Ragnar aurait conservé, dans les convulsions de l'agonie, une imagination assez active et assez dégagée pour improviser 990 vers, il ii'cûl point trouvé au ix' siècle, chez des ennemis qui le faisaient déchirer tout vivant par des serpents, un sténographe assez habile et assez attentionné pour les recueillir , et n'ont plus réclamé pour son œuvre que les vingt-trois premières strophes, qu'ils lui font composer avant son expédition en Angleterre. Mais l'esprit et le style sont les mêmes pendant toute la pièce; on n'a aucune raison, bonne ou mauvaise, pour supposer deux auteurs différents. D'ailleurs, dès qu'on admet que la Gn doit être d’un autre poète, il est plus naturel de lui en attribuer le commencement qu'i Ragnar; il faudrait une autorité quelconque pour lui faire ainsi sa paî t, et lui accorder six sirojibes, ni plus ni moins ; et on n'en peut alléguer aucune. Saxo, qui a écrit le roman de l'Histoire du Nord : Saxo, qui a recueilli les traditions populaires avec le même soin que les autres annalistes les repoussent; Saxo, lui-méme ne contient pas un mot dont on puisse induire la collaboration de Ragnar. Il dit ; Omnem operum suorum cursum animosa voce recensm't. Rteensuil n'indique pas un poêle, ni animosa voce un chanteur; c'est le sauvage qui brave ses ennemis au milieu des tortures, et s'excite à supporter courageusement les douleurs en se rappelant ses hauts faits. Il y a plus, le lexla de Saxo prouve que ce n'est pas le Kraku mal que récita Ragnar; il

NOTES ET ÉCLAIftCiSSEMËNTS. 525

ajoute: Superiori rcrum coiilexiui banc adjiciens clauiulain ; si tucculæ verris supplicium «cirent, haud dubio. iriuplis baria, aniictum absolvcre propeparent ; et rieo de pareil no se trouve dao> l’Ode qui nous est parvenue. M. Grilcr (Nord, Blumtn, p. S8) l'attribue à Asbiiig; il est bien vrai que le Skaldttlal la compte parmi les poêles, et que plusieurs de ses vers nous sont parvenus); ap. Biôrner, Korditka Kàmpa Dnier, p. 41. Mais de ce qu'elle pouvait faire des 'vers il ne résulte pas nécessairement qu'tlle ail fait le Kraku-màl; son nom n’est pas une preuve plus convaincante: leiialîonarmàl, dont nous avons donné la traduction, porte bien aussi le nom de Hafcon, et cependant il est d'Ejvind. Une autre opinion attribue le chant de Ragnar b Bragi l’ancien (Boddson); mais ni Subm (Hitt. af Denmark, 1. 1, p. 574), niTliorlacius (dniiq, Borealium Specim. VII, p. 70), ni M. Van der Hagen ( Voit, su Yolsmigasaga, p. 16) , n’ont d’autre motif de le croire que leur croyance elle-même;, M. Fiiin Magnùsen va même jusqu’à dire que c’est une opinion de la plus grande vraisemblance , quoiqu’il ne lui connaisse aucune raison (Den var efter Suhras Beretningder visinok bar den slôrste Sandsynlighed^for sig, endsLjôndi jeg ikk kjender dens Kildc; Skand. Ulleralarselikabs Skrifler, I. IX, p. 324). A juger d'apres les faits, cette opinion ne semble pas probable ; le Kemiingar nous a conservé deux fragments d’un chant de Bragi sur la mort de Ragnar, et ils ne se trouvent pas dans le Kraku-mâl. Nous ne pouvons admettre sans preuve que Bragi ait traité deux fois le même sujet de la même manière, quand son premier travail était cité pour modèle. Si un tel hasard n'est pas impossible, au moins ne doiton pas supposer, sans qu’aucune raison donne quelque vraisemblance à sa conjecture, que le plus célèbre de ces deux poèmes ait été perdu, et que l’autre nous ait été transmis. Deux choses seulement sont constantes : c’cstjque la langue du Kraku-mal est ancienne , son enthousiasme vrai, sa poésie vivante ; c'est qu'on y trouve beaucoup moins de ces images recherchées et de.ces phrases contournées à plaisir, qui chargèrent de plus en plus la poésie des Scaldes; c'est que l'assonance, qui était si commune dès le xi* siècle, y manque entièrement; toutes les raisons intrinsèques témoignent d’une haute antiquité. D'un autre cété, le Scalda ne le cite pas, et si Olaf Tbordson l'avait connu, il est probable qu’il en eût tiré des exemples comme de toutes les poésies estimées qui nous sont parvenues ; il semble certain qu’un homme aussi versé dans l’ilistoire littéraire de son pays n’aurait pu ignorerTuii poème qui eût joui de quelque célébrité au commencement du xiit* siècle. Si l’on ajoute à ces considérations l’ûge du plus ancien manuscrit, qui ne remonte qu’au xv* siècle, on sera forcé de convenir que les présomptions externes ne sont pas en faveur d’une antiquité fort reculée. Il n’est qu'un moyen de concilier cette contradiction , c’est de supposer qu'un poème ancien, peut-être celui de Bragi ou de Biark , serait devenu un thème populaire sur lequel sc seraient exercés les rapsodes, conservant, comme toujours, ce qu'il y avait de frappant dans les leçons antérieures, et recherchant d’autant plus luigneusemcnt l’uiiiléde la langue.

du Ftyle et de b ver»iGcatioii , que c'esi Ragniir qui {larlc. On cotnprei drail Jalor» ces versions difTérentes du m(me sujet, ces dénominations qui changent de manuscrit en manuscrit (on en connaît jusqu'il trois, Krakiimal, Biarka mâl et Lodhrokar-quida), et l'incertitude qui couvre le nom de l'auteur. Celle hypothèse semble d'autant pins probable, que, encore aujourd’hui, Ragnar est resté un sujet de chants popubires dans les lies Féroé (Millier, Sagabiàl., t. Il, p. 481). La tradition do Lodbrok éuit connue des trouvères Normands; il semble même asseï probable que les compagnons île Rollon l'avaient apportée avec eux , car nous en trouvons le souvenir dans un de nos plus vieux poêles.

Cil Lotbebroc e ses treiz Gz Amunlez et amanantez.

Furent de Iule geni haiz ; Qu'ils aveient grani annee (armée)

Kar uthbges (*j furent en mer; De genI, et mull grant assemble (c);

llucques ne fuierent de rober. Qu'ils aveient en leur companye

Tuzjurs vesquirent de rapine; Kant erroii (ei) cni oth leur iiavje.

Terc ne cui.tree veisine Destrut en aveient meint pais ,

N'est près d’els ou il a brun Meint people destrut et occis :

N'cnsenl feil euvasium (•*). Kule contrée lez b mer

De ceo furent si enrichez. Ne se put d'els ja garder.

Denis Piram, ap. Sharon-Thurner, Historg of the Anglo-Saxon, t. I, p. 476, note 41.

Il écrit Denis Pyramis; mais c'est probablement une erreur. M. de La Rue, Essais historiques sur les Bardes, t. III, p. 101, écrit Piram; on ti ouve aussi Piramus ;

James ne me burderay plus;

Jeo ai noun Denis Piramus.

Hais probablement la rime lui aurait fait latiniser son nom.

(*) Pirates, voleurs, ordinairement écrit usiagucs.

(••) Ces deux vers sont certainement corrompus.

Ed. Du Uéril, pp. I4I-I53.

( J ) page

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