‹ Histoire des peuples du NordChapitre 21 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Langage et littérature de l’Islande.— L’histoire et la poésie conservées par la tradition orale. — Skalds. — Leur poésie inspirée par les beautés sauvages et pittoresques de la terre du Nord.

— Saga-man, ou conteur d’histoire Sœinund Sigfusson.

Compilation de l’Edda poétique ou vieil Edda. — Caractères et écritures Runiques. — Classification des dilTérents chants contenus dans l’Edda de Sœimind. — Mythologie et morale de l’ancienne religion du Nord. — Authenticité de l’Edda poétique. — L’Edda en prose de Snorre Sturleson. — Skalda.

Versification Islandaise.

Encouragés par cette forme protectrice de gouvernement, qu’il faut plutôt appeler une aristocratie patriarcale qu’une république , les Islandais chérirent et cultivèrent avec un succès remarquable la langue et la littérature de leurs ancêtres ; le pieux attachement à l’ancienne religion de leurs pères, qu’ils surent conserver bien longtemps après que les autres contrées du Nord eurent cédé au progrès et aux lumières du Christianisme, favorisait encore cette tendance à suivre les traces de leurs devanciers. En Europe, la naissance des belles-lettres ne fut signalée que par de vaines et stériles tentatives pour copier les modèles classiques de la Grèce et de Rome. En

fiO HISTOIKE DES HOMMES Dû WORD.

Islande, au contraire, s’élevait pour grandir bientôt, une littérature nouvelle, originale, qui acquit une certaine perfection bien avant la i-enaissance des lettres dans le midi de l’Europe. Cette contrée n’embrassa le Cbristianisme qu’à la fin du x® siècle, lorsque la littérature nationale, conservée jusqu’à cette époque par les traditions orales, eut acquis assez de consistance pour être confiée à l’écriture. Avec la religion romaine s’introduisirent les lettres latines; mais, au lieu de les employer à écrire une langue morte, les hommes instruits de l’Islande, plus éclairés et plus logiques , s’en servirent avec bonheur pour exprimer les sous représentés autrefois par les caractères Runiques. C’est ainsi que se conserva en Islande l’ancienne langue du Nord , qui cessait d’être employée comme langue écrite , pour disparaître bientôt comme langue parlée dans toute la Scandinavie, la mère-patrie. Les superstitions populaires confondues avec la mythologie et la poésie du Nord, existaient encore dans les nombreuses vallées de cette île lointaine. Le langage appliqué à cette mythologie et à cette poésie offre, quant à la forme, une trèsgrande ressemblance avec le latin, le grec, même avec l’ancien pe)*san et le sanskrit ; et si l’on en croit le témoignage de l’un des plus grands philologues du siècle, il rivalise .‘ivantageusement avec toutes les langues modernes en richesse, en énergie et en souplesse (1).

( t ) L'origine et la forme de cette langue remarquable ont été bien indiquées par le professeur Rask, dans un Essai couronné par l'Académie royale de Copenhague , en 1818. et dont une partie a été traduite par feu le professeur Vater, dans un ouvrage intitulé Yergleichüngslafeln der Europiris-

Page 1