CHAPITRE IV
Nous avons déjà remarqué qu’en Scandinavie , comme chez presque toutes les nations barbares, la littératnre et Thistoire étaient recueillies par la tradition orale, bien avant l’époque où vint l’idée de les conserver par l’écriture. Semblables aux rapsodistes des anciens Grecs et aux bardes des tribus Celtiques, les S/ialds étaient à la fois poètes et historiens, compagnons et chroniqueurs des rois, qui, récompensant généreusement leur verve et leurs talents, ne dédaignaient pas d’entrer parfois en lice avec eux dans ce combat intellectuel. Des rapports fréquents avaient lieu entre l’Islande et la mère-patrie, et les Skalds étaient des espèces de troubadours nomades , voyageant sans cesse d’une contrée du Nord à l’autre (1).
chen Spraclien, elc. — Dans cet Essai on trouve la parenté de la langue islandaise avec les langues grecque et latine, tant sous le rapport de la forme grammaticale et de la tournure des phrases , que pour la richesse de son nombreux vocabulaire.
Celte langue est encore parlée en Islande comme langue nationale, tandis qu’elle n’est que langue morte en Norvège, en Suède et en Danemark. C’est cette même langue qu’on lit dans les inscriptions Runiques qui existent encore dans ces pays , ainsi qu’eu Groenland et même sur les côtes de l’Amérique du Nord. Les langues modernes Suédoise et Danoise ont été formées par la corruption de l’ancienne langue Scandinave, comme l’Italico, l’Espagnol et le Français ont été formés par la eorruption du Latin , en supprimant les terminaisons des substantifs cl en y substituant des articles.
(1) LeSkald voyageait aussi en Angleterre, aux Iles Orkneys, cherchant la gloire et les honneurs. Jamais il n’avait recours au crédit de ses amis pour les frais de scs voyages ; mais, entrant hardiment dans les palais des Rois , il prenait place aux banquets , demandant la permission , — toujours accordée , — de chanter un Drapa en rhouncur du monarque ; le barde recevait en récompense, outre l’hospilalilé , de riches présents, tels que des armes, des anneaux d’or, des vêlements, et l’assurance d’une réception honorable en échange de ses panégyriques.
On comprend facilement la supériorité que les Skalds Islandais devaient obtenir sur leurs compétiteurs dans les autres parties du Nord. Tout favorisait celte prééminence ; la position indépendante de leur Ile, la vue sans
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Il s’établit donc parmi eux une hiérarchie régulière, qui bientôt se perpétua à l’infini ; et l’Islande conserve encore les noms des deux cent trente Skalds les plus renommés dans les trois royaumes du Nord, depuis le règne de Ragnar-Lodbrok jusqu’à Valdemar II : parmi eux figurent des têtes couronnées et des guerriers illustres de l’âge héroïque. Le fameux roi Ragnar-Lodbrok, sa femme Aslog, ou Aslauga, etses fils, aventuriers célèbres qui se distinguèrent par leurs incursions maritimes en France et en Angleterre, au IX® siècle, étaient tous Skalds : un caractère sacré était attaché à ce titre; les Skalds remplissaient l’office d’ambassadeurs entre les tribus hostiles, comme les hérauts de l’ancienne Grèce et de Rome. Telle était la haute estime dont ils jouissaient, qu’ils épousaient souvent des princesses du sang royal : nous en avons un exemple remarquable dans ce Skald qui fut appelé au trône vacant des Jutes , à la mort de Frode III, au iv® siècle de l’ère Chrétienne (l). Le Skald suivait son roi au combat, chantant les exploits dont il était témoin oculaire et auquel il prenait souvent une part active. Ainsi le Saga d’Olaf-Try'g-
cesse excitée par les beautés sauvages de la nature, leur connaissance profonde de la rajihologie Scandinave, cnlrclenaicnl leur verve poétique et faisaient désirer leurs louanges. Aussi, être citante par un barde Islandais était bien plus précieux pour un Roi ou un chef, que les adulations monotones et plus serviles de scs propres bardes; et puis n'étuitil pas raisonnable et politique de récompenser plus magniliqueractit celui qui venait de si loin pour chanter ses louanges, et qui, voyageant d’une contrée .à une autre, pouvait répandre partout la gloire du roi et dire ses largesses ! Aussi les odes chantées par les Skalds étaient-elles toutes revêtues d’un caractère historique; mais il fallait pour cela qu'ils fussent bien familiarisés avec les exploits du monarque et de scs ancêtres, ainsi qu’avec l’histoire du pays. (JV. du T.) (l)Grœters Suhm,t. VII, p. 263.