‹ Histoire des peuples du NordChapitre 23 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gvasoii raconte qu’un joui’ de bataille, ce héros s’entoura de ses Skalds en leur disant : « vous pouiTez chanter désormais, non-seulement ce que vous avez appris de vos devanciers, mais encore ce que vous aurez vu de vos propres yeux. » Starkother-le-Vieux fut célèbre et comme guerrier et comme Skald ; et dans le récit que Saxo-Grammalicus a emprunté à une de ses complaintes sur la célèbre bataille de Bravalla, il est dit que, dans cette journée si funeste, Harald-Hildetand était accompagné par plusieurs Skalds. Le fils de Skallagrim, Egill, Islandais de naissance , ce même aventurier militaire dont nous avons déjà parlé, qui entra au service du roi Atheistane en Angleterre, ne put racheter sa vie, lorsqu’il ftit fiiit prisonnier par son ennemi Erik-Blodôxe, qu’en composant en l’honneur du tyran une complainte de vingt strophes qui offi-e une grande variété de rhythmes (1). De môme qu’il y eut dans l’âge héroïque du Nord des femmes guerrières ou Amazones, de même on vit des femmes Skalds ou poètes, qui, suivant leur genre d’inspiration, célébraient les rudes travaux de la guerre, chantaient les exploits des héros conquérants, ou prédisaient parfois dans leurs chants prophétiques les mystères de la religion (2).

Plusieurs rois de Suède entretenaient à leur service des Skalds Islandais ; mais c’était surtout auprès des

(1) ËgillS'Saga , cap. LXIil.

(2} Mânlor, Kirchengeschichic voo Dàneai.nrk und Norwcgeii , loin. 1. p. 197.

monarques deNorwége qu’ils trouvaient l’hospitalité la plus bienveillante et le patronage le plus libéral. Ainsi Harald-Haarfager avait toujours à sa solde quatre Skalds renommés , qui partageaient l’intimité de ses heures de loisir, et qu’il consultait souvent sur les affaires les plus importantes et les plus sérieuses de son royaume. Les places d’honneur leur étaient réservées aux galas royaux , et ils avaient le pas sur tous les autres courtisans. Saint-Olaf, roi deNorwége, dans sa haine exagérée contre la religion Païenne, enveloppant même dans ses interdictions les chants des Skalds qu’il confondait^vec les autres inventions du démon (ce qui fit dire au skald Sigvat qu’il ne paraissait disposé à écouter aucune complainte), les renversa du poste élevé qu’ils occupaient à la cour ; mais telle était la force des anciennes habitudes et des préjugés de la nation, que ce monarque leur rendit bientôt presque toute sa confiance, et les chargea souvent des missions politiques les plus importantes. Enfin , ne pouvant maîtriser l’ambition qui dévorait son cœur, de savoir son nom immortalisé parleurs chants, il se fit accompagner par trois des plus célèbres Skalds de l’Islande , à la dernière bataille (Stikklestad) si fatale, où il perdit et la couronne et la vie (1050). Il les plaça au milieu de ses plus braves champions , à un poste d’observation (Skioldborg), qui leur permit de tout entendre et de tout voir, afin de pouvoir plus tard raconter fidèlement les événements delà journée. Au moment d’engager le combat, Thormod Kolbran, un de ses Skalds, chanta une complainte qui s’est

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