‹ Histoire des peuples du NordChapitre 24 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

conservée jusqu’à nos jours , et que toute l’armée répéta en chœur (l). Deux Skalds furent tués aux côtés du roi; Thormod lui-même, quoique mortellement blessé d’une llèche, n’abandonna jws son maître, et mourut en chantant la gloire du saint roi (2).

Harald-Hardrâde était bon critique dans l’art Skaldique, qu’il cultivait aussi avec succès; un skald Islandais, nommé Jai'laskald, avait comjwsé deux complaintes , l’une en l’honneur de Magnus-le-Bon , et l’autre en l’honneur d’Harald lui-même. « Je ne m’abuse pas sur la différence de ces deux chants , lui dit le roi ; le mien n’aura qu’un souvenir éphémère ; mais celui en l’honneur de Magnus vivra dans la mémoire des hommes tant que le Nord sera habité (3). >

Canut - le - Grand s’attacha plusieurs Skalds , et Snorre-Sturleson , dans son Histoire des rois de Norwége , nous a conservé quelques fragments des complaintes apologétiques de ce roi , dont la reconnaissance les récompensait libéralement. Parmi eux était le Skald Islandais Thoraren , qui , a^ant composé en l’honneur de Canut un poëme « très-court , du genre (dit Snon-e) que nous appelons F/oA-, » accourut plein de joie pour le réciter au roi , qui se levait de table et allait donner audience. Le poète , impatient et pressé de jouir de son triomphe, demande audience pour lui-même, afin de réciter son panégyrique , qui,

(1) Celte complainte était appelée « l'Aiguillon du soldat, » et le Roi remercia le barde en lui donnant un anneau d'or du poids d'un demi-mark.

(Note du Traducteur.)

(â) Snorre, Saga af Olafi tlinomllelga, cap. CCVIII-CCXXXI. — Millier Sagabihiiolhek, t. I, p. 157. — Gcijer, Svea Rikes Hàlder, t. I, p. 209.

(3) Torfœus, Hist. Norweg., part. III, lib. IV, cap. XIII.

disait-i], était très-court. La fureur de Canut fut extrême , et , lançant au poète maladroit un sinistre regard , il lui répondit : « Ne rougis-tu pas d’avoir fait < ce que toi seul peut-être a osé ! un poëme court en « mon honneur, à moi , Canut-le-Grand ! Ecoute , et <1 puisses-tu retenir mes paroles : si demain, à pareille € heure, tu n’as pas composé à ma louange un drapa * de trente strophes , ta mort sera la peine de ton « impuissance. » Le génie inventif du pauvre poëte lui vint en aide dans ce moment critique , et, dans le délai donné , il composa un poëme de la longueur voulue, de l’espèce appelé Tog-drâpa; et l’orgueilleux monarque le récompensa généreusement par le don de cinquante marcs d’argent (1).

Ainsi nous voyons déjà les fleurs de la poésie éclore pour briller bientôt au milieu des glaces et des neiges éternelles (2). Les arts, fruits de la paix, furent cultivés avec succès par les Islandais libres et indépendants. L’île Arctique ne ftit pas échauffée , il est vrai , par les chants chaleureux de la Grèce ; mais les cœurs s’embrâsaient déjà du feu de la liberté. Les divisions naturelles de la contrée , séparée par des montagnes de glace et des torrents de laves , isolaient les peuples

(1) Soorre. Saga of Olali hinom Helga, cap. CLXXXI. — Knytliiiga- «aga, cap. XIX, p. 182, Ed. Rafn.

(2) Longtemps après que les missionnaires de la foi Chrétienne eurent proscrit les occupations des Skalds , comme entachées d'idolÂtrie , ils déploraient, dans leurs accents plaintifs, la gloire éclipsée de leurs Dieux, et les joies éteintes des héros du Valhalla. • La race d'Odin, > disait llalfred Vandrada, lorsqu’il fut forcé par Olaf Tryggvason d'accepter le baptême, «la race d'Odin a enfanté des chants pour la joie de tous , et je me rappelle encore la coutume de nos pères. Maintenant , il me faut haïr le mari de Frigga, parce que nous servons le Christ. > (Note du Tradutteur.)

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