CHAPITRE IV
entre eux , et les habitants de chaque vallée , de cha-. que hameau, formaient une communauté indépendante ; mais tous assistaient encore à l’assemblée générale ou Al-lhing , qui avait quelque rapport avec le conseil Amphyctioniquo ou avec les jeux de l’Olympe ; et là , toutes les tribus dont se composait la nation , se réunissaient pour accomplir les cérémonies communes à leur religion , prononcer sur les contestations mutuelles , et écouter les complaintes du Skald qui rappelaient les exploits de leurs ancêtres. La vie toute pastorale des habitants de l’Islande n’avait d’autre diversion que les plaisirs de la pèche. Semblables aux Grecs , la mer était leur élément ; mais, dans leurs plus courts voyages, ils s’éloignaient encore plus des côtes que ne le fit l’expédition si vantée des Argonautes. Familiarisé avec les périls de l’Océan , initié aux mœurs et aux coutumes différentes des terres étrangères , le caractère national porta bientôt l’empreinte des traits hardis et originaux qui distinguèrent les Scandinaves de tous les autres peuples (1).
Les contrées d'où s’élança pour l’émigration cette partie de la grande famille du Noi^ , furent marquées par des particularités pbysiquesMmorales également frappantes.
« Tristes contrées où naquirent les cliefs Scandinaves et « les Skalds, et où ces derniers puisèrent la sauvage majesté « de leurs vers énergiques ! Ici ce sont des rochers couverts
(l)P.-E. Müller Sagabihiiothek, Indledning.
Il de pins , des montagnes , des forêts épaisses enveloppées « d’ombre éternelle ; là des vallées à la verte et riante « tranquillité, où l’œil , fatigué de tant d’objets sauvages , « aime à se reposer ; des lacs immenses , aux eaux limpi- « des , miroir inconstant et mobile où se reflète l’ombre Il des arbres du rivage ; où les feuilles du tremble, au revers « grisâtre, se balancent sur ces brandies transparentes ; au « milieu d’un tel speetacle l’esprit du poète ne devait-il pas n atteindre une grande sublimité (1) ? »
Les beautés sauvages que présentait l’aspect général du Nord excitèrent la verve poétique d’ Alfieri , comme elles échaufferont celle de tout poëte de géifie et de sensibilité. Vivement impressionné par la splendeur magnifique de ses nuits d’hiver, et surtout par la rapide transition de la rigueur de cette saison aux vivifiantes émanations du printemps , il s’écrie :
<t Oh! n’est-ce pas la main bienfaisante d’une fée tutélaire qui éveille ainsi le printemps dans la terre du Nord ! Là, le soleil ne lance pas des rayons pâles et douteux ; là , il n’échauffe pas la brise incertaine par degrés lents et capricieux. Mais tout à coup brille aux regards enchantés un rayon vivifiant de la lumière céleste ; en un instant la verdure perce et parait ; les mains généreuses d’une fée protectrice répaoÆut sur la terre des torrents de fleurs magiques (2).
Ces observations s’appliquent également aux nuances ravissantes de la rose qui va s’épanouir, à la frai-
(I) Soiitlic)-.
{'ij Alfieri,