‹ Histoire des peuples du NordChapitre 26 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cheur de la verdure , au feuillage naissant des arbres, et aux couleurs éclatantes d’un ciel d’azur. Ce spectacle est d’un pittoresque délicieux , surtout dans les pays de montagnes, où la transition est plus rapide. La neige fondant aux rayons du soleil , et tombant dans les vallées en nombreux ruisseaux descendus du flanc des collines ; les torrents rapides formés par les eaux détachées des glaciers , et grossissant sans cesse dans leur course impétueuse qui toujours s’augmente ; les arbres revêtant tout à coup , comme par enchantement, leur robe de verdure ; les oiseaux faisantretentir l’air de leursaccents mélodieux; la clarté des deux à peine voilée par les ombres de la nuit ; en un mot la joie et le bonheur qui semblent répandus sur la nature, tout contribue, dans le printemps du Nord, à faire éprouver ce sentiment exquis de l’existence qui succède au sommeil léthargique.

Tous ces avantages d’une grande et belle nature , d’autres encore particuliers au climat du Nord , et la manière de vivre de ses habitants, agissaient puissamment sur leur esprit , et , comme l’a si bien observé le célèbre historien moderne de la Suède , attiraient l’attention de l’homme vers les magnificences de la nature, et, par ses beautés et ses mystères, établissaient entre eux un rapport plus étroit. Peut-être aussi doit-on attribuer à ces causes celte connaissance intime de la Nature , si profonde et si énergique , qui caractérise les esprits distingués du Nord ; tendance qui , même dans la mythologie et la poésie primitive de cette contrée , se manifesta surtout dans les sciences et les arts par des images et des

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peintures sauvages , adoucies plus tard par la civilisation des temps modernes (1).

L’ancienne littérature du Nord ne se borna pas à l’art poétique. Le Skald récitait en vers les louanges des rois et des héros ; mais le Saga~man rappelait en prose le souvenir des temps passés (2). Le talent de conter et l’invention poétique étaient cultivés avec succès et se développaient surtout par la pratique. Le palais du roi , l’assemblée du peuple , les fêtes solennelles des sacrifices, tout favorisait ce penchant et fournissait au Saga~man les occasions d’exercer cet art délicieux. La mémoire des faits passés se transmit ainsi d’âge en âge par une chaîne de traditions non interrompue, et les anciens chants et les Sagas se conservèrent de la sorte jusqu’à ce que l’introduction de l’écriture vint leur assurer un souvenir fixe et durable. Un jeune Islandais, Ïhorstein-Frodr , était entretenu à la cour d’Harald-Hardrâde (Sigurdson) comme Saga-man , ou conteur d’histoires , et amusait souvent le roi et ses courtisans par des récits de ce genre. Le grand festival de Noël approchant, le roi remarqua l’air sérieux et mélancolique de son conteur ; il craignit que sa mémoire ne fut épuisée. Intei’rogé à cet égard , Thorstein avoua qu’il ne lui restait plus qu’une seule histoire; mais qu’il avait de la répugnance à la raconter, parce qu’elle se rapportait aux exploits du roi lui-même sur les terres étraii-

(1) Geijer, Svca Rikes Hâfder, t. I, p. 47.

(2) Les Saga-men étaient postérieurs aux Skalds, et étaient moins consi-

dérés. Le Skald faisait partie des courtisans; le Saga-man n'était regardé que comme un voyageur nomade qui payait son hospitalité par des récits agréables. du Traducieur.j

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