‹ Histoire des peuples du NordChapitre 3 sur 206 · XI.IX · texte numérisé non relu

XI.IX

péri frappé par son semblable. Trois longs hivere successifs désoleront la terre ; la neige couvrira les quatre coins du monde, sans l’intermittence des étés bienfaisants. Alors aui'ont lieu les plus terribles prodiges. Le grand Dragon, se déroulant dans l’Océan, inondera la terre, et vomira dans l’air des torrents de venin. Les Géants écumeront de rage, les Nains gémiront devant la porte de leurs cavernes, et les rochers se heurteront entre eux ; tandis que — Oh ! malheur ! — Loki brisera ses liens et recouvrera sa liberté. Le frêne Yggdrasill, — ce soutien du monde, — s’agitera sur ses racines; il craquera dans sa base comme s’il était atteint de pourriture , et sa chute entraînera celle de tous les arbres. Le loup Fenrir, brisant ses chaînes et ouvrant sa gueule immense, dévorera le soleil ; les étoiles se détacheront du ciel, et toute la nature chancellera d’horreur et d’épouvante. Dans cechaos général, lescieux se partageront, lorsqu’une armée de mauvais génies et de Géants , € les fils de Muspelheim, » — conduits par Surtur (le Feu), tenant une épée plus brillante que les flammes , et suivi de Loki, — franchiront à cheval le pont de Bafi’ost, et enfonceront As-gârd, pour attaquer les Dieux. Alors s’élancera sur les flots impétueux le navire Nagalfar (32), construit avec les ongles des hommes, et conduit par le géant Hymer.

(32) Dans Snorra Edda, p. 7t, il est question lUi Nalgfar, de Nagl, ongle et Far, navire, vaisseau fait avec les ongles des morts; aussi la superstition recommandait-elle de les couper pour retarder l'arrivée du !loglfar Dans le chant de la Sibjlle, on lit : Et le navire de la mort forcera le passage {Histoire de ta poésie Scandinave, par F.dclestand Hulléril, p. 108). (Note du Traducteur)

INTRODLCTION.

Pendant ce temps, Heimdallr fera retentir la corne de Gjallar pour appeler les Dieux au combat. C’est en vain qu’Odin consultera la fontaine de Mimir (33);

(35) I.elexiedil : Odin (le Cieljparlcra avec la tête de Mimir (l'Océan); il a paru peu probable que, ainsi que l'ont cru plusieurscommcntatcurs, Odin demandât conseil h Mimir, qui est un géant et par conséquent son ennemi; en ajoutant que les iils de Mimir se réjouissent du danger qui menace les Ascs, la même strophe le rend encore plus invraisemblable. Notre interprétation se fonde sur la strophe XXXVIII du Hyndiuliod (la mer élèvera ses vagues furieuses jusqu'au sommet des Cieux), et une ligure assez commune dans la poésie orientale ; le poète nous a semblé avoir voulu dire que le Ciel sera assez près de la mer pour pouvoir parler avec elle

Il y avait dans la religion Scandinave un autre Mimir, dont le nom venait sans doute de IMimir, qui a de la mémoire , de l'expérience ; il semble une personnification de la Sagesse ; ce fut lui qui rendit le premier oracle, qui apprit à Odin à connaître les lettres; et dans le Brynhildar-Quida I , strophe XIV, Odin lui coupe la tête; ce qui ne peut s'entendre que dans un sens métaphorique : Odin avait hérité de sa sagesse. Consulter la tète de [Mimir signiGail donc seulement réfléchir ; la fontaine de Mimir , la source de la sagesse , serait la réflexion. Si notre interprétation n'était pas juste , il y aurait une lacune dans le Vôlu-Spà; presque toutes les prophéties sur la fln du monde parlent de l'élévation des eaux de la mer. Dans une traduction des prophéties de Merlin, faites dans les premières années du xiii* siècle, par un moine nommé Gunlaug Leifson, on lit :

Geysar geimi,

Gengr bann upp i lopt.

La mer se gonfle, elle s'élève vers le ciel.

Esti serè el uno de los signos dubdados ,

Subir! à las cubes cl mar muchos estados.

Mais alto que las sierras è mas que los collados ,

Tanto que en sequero fincaran los pescados.

Berceo , Signos del Juicio , st. V.

Nous crayons qu'on sera bien aise de trouver ici la traduction que Harbode fit en vers latins de la prophétie de la Sibylle ;

Judicii signum, tellus sudore madescet.

Exuret terras ignis , pontumque polumque , Inquirens tetri portas effringere Averni.

INTRODUr.TrON.

armé pour le combat, il fera marcher son brillant escadron dans la plaine de Vigrid, où les deux partis s’anéantiront tout entier. Fenrir dévorera Odin ; mais sera tuéaussitét de la main de Vidur (54), l’illustrefils de la terre ; Thor viendra pour combattre le serpent, et le serpent succombera sous les coups du défenseur de Mid-gârd, qui sera lui-méme étouffé par les flots de venin de son adversaire. Heimdallr et Loki succomberont dans un combat singidier, et Tyr sera tué par Garmer (35), le chien vorace des enfers. Freyr, désarmé , trouvera la mort de la main de Surtur ' qui annoncera la fin du monde en mettant le feu à 1 univers ! la \ala chante ainsi la conflagratiorr générale :

- Le soleil commencera à noircir, la terre s’aflaissera

Tunceritet luclus, stridebunt denlibus omnes.

Eriplur üolis jubar el chorus inlcril asiril.

Salvetur cœlum, lunaris splendor obibil,

Dejioiet colles, valles eilollel ab imo.

Non erit in rebus bomiaum sublime srel allum ;

Nam acquantur montes campis, et cærula ponti.

Omnia cessabont , lellus confracla peribit.

Sic parilcr Tontes, torrentes, Uuminaque igne Et tuba cum sonitum tristem demittet ab alto Orbe, gement faciiius miserum, variosque labores.

Tartareumque Chaos monstrabit terra dehiscens.

Et coram hoc Domino Reges sistentur ad unum.

Dedicet e cœle ignisque et sulphureus amnis.

Ap. nUdeberti Opéra, col. 1650. — ( Du Méril, p. io6. )

(A'otc du Traducteur.)

(54) De Vedr vent; c’était l’Asc muet, le Dieu des tempêtes.

(Note du Traducteur.)

(35) 11 s’appelait Garni, et son nom vient de Gerr, vorace.

(Note du Traducteur )

ut

INTBODrCTION.

« dans la mer, les étoiles tomberont du ciel (36), pleines de « cendres , le feu se roulera en siUQant autour de l’axe du « monde, les colonnes de flammes s’élanceront jusqu’au « Ciel » (37)

Mais les prophéties de la Sibylle du Nord ne se ter-

(36) Etilecriti , ap. UolTmann , Fundgrnben , I. Il , p. 138.

Non sert el doceno quicn lo ose calar ,

Ça vcrÂn por cl Cielo grandes (lamas volar , Veràn à las eslrellas c.-ier de su logar ,

Como caen las fojas qiiando caen del figar.

Bercco’, Signa deJ Juicio, si. 19.

La lumière du Solei| noircit, la terre s’affaisse dans les eaux livides de la mer.

Orknerynga Saga, p. 90.

Du Méi'il, p. 1 10.

( Noie du Traducteur. )

(37) La croyance à la destruction del’ünivers par le fcuct à sa régénération était Égyptienne, Persane, Orphéique, Héraclilique, Stoïcienne el Indoue. Voyez Creuser, Symbolik , t. 1, pp. 369 , 603 , 708; cl t. lll, p. 317; Schlcgel, Indii. Bibliotech, cah. Il; Psaume XLIX , v. 2. Vridankes Besekeidenheil , p. 179.

Esse quoque in (atis reminiscilur aflorc tempus Quo marc , qiio tcllus , corieptaque regia cœli Ardeal , et mundi moles operosa laboret.

Ovide, Mélamorph., 1. I, v. 2S6.

Hos Caesar populos si nunc non usserit ignis,

Uret cum terris , uret cum gurgite ponti ;

Communis mundo superest rogus ossibus astra.

Misturus

Lucain, Pharsal , I. VII, v. 812.

Daz vive imbrimet vor siner gesihie :

AIso beginnitdaz gerilite,

Hymel uni crdc samcnl brinnei.

Entecrisl, ap. Hoffmann , Fund^ruéen , t. Il, p. 129. Daz wazir briunil sam cin durviz bahl.

Idem, p. 130, v. 16.

El dia quarto decimu sera fiera barata ,

Ardrà toto el mundo.

Bcrceo , Signas del Juicio , si. 21 .

Il y a un passage remarquable dans Uctancc, De Ira Dei , CXXIII. Deflagralionem mundi vaticinala est Sibylla.

fDuMéril, p. 110.) {Note du Traducteur.)

INTRODlCTIOJf. I,ni

minent pas par cette scène de destruction universelle; elle invoque une Divinité plus puissante que toutes celles qui ont péri. Un nouveau ciel et une nouvelle terre surgiront du chaos, et elle promet que, dans un autre monde , l’homme vivra éternellement heureux ou misérable, suivant sa conduite et ses actions. La race humaine, sauvée par deux êtres échappés à la destruction générale, ne sera pas éteinte ; elle renaîtra et sera nourrie de la rosée du matin. Vidur et Vile, fils d’Odin, ne périront pas, mais vivront dans là plaine d’Ida , où s’élève As-gârd ; les fils de Thor seront sauvés par leur marteau puissant ; et la fille du soleil franchira de nouveau la brillante carrière de sa mere. Alors Baldur et Hodur remonteront de la sombre demeure d’Héla , et feront revivre l’ancienne magnificence des Dieux dans le palais d’Odiu. Les régions éthérées, où habite la volonté céleste, sont Brimer et Sindre ; mais la plus belle est Gimle, qui est bâtie d’or brillant. Les horribles demeures de Nastronde (ou rivage de la mort) et de Likstronde (ou rivage des cadavres) recevront les parjures, les assassins et les séducteurs de l’innocence. « Il existe loin du soleil , dit l’Edda , une demeure dont les portes sont au Nord. Le poison suinte à travers les ouvertures ; elle est construite avec les carcasses des scorpions et des serpents, dont les têtes sont tournées en dedans. Du fond de cet horrible abîme, la fumée s’élève en longues spirales. Là, les méchants, dont les cadavres sont sans cesse rongés et torturés par un loup, flottent dans un fleuve de venin, noir comme la poix et froid comme la glace. Les destinées du bien

LIV IMllODUCTION.

et du mal sont de souffrir pour l’éteroité : tels sont les décrets de l’Étre puissant qui gouverne tout, et qui , descendu de son trône élevé , s’avance pour rendre la justice divine. »

Telle est l’analyse succincte de la théogonie , — de la création, du commencement et de la fin des temps, — que l’on trouve dans les anciennes légendes Islandaises. Aux yeux des ignorants, il semble que l’histoire sorte de ses limites, et, empiétant sur le domaine de la fable, rapporte mal à propos ces théories bizarres, si pleines d’exagérations, de puérilités et de fictions incroyables. Mais, tout extravagantes et grossières qu’elles puissent paraître, leur omission éteindrait le seul flambeau qui puisse éclairer à nos yeux l'obscur firmament des siècles Païens du Nord. Par leui’ secours, nous retrouvons intactes les doctrines professées dans la mythologie Scandinave , et nous reconnaissons les Divinités fabuleuses adorées dans le Pantliéon arctique. C’est par ces oracles mystiques que nous apprenons les révolutions différentes survenues dans les mœurs et les opinions nationales ; c’est par eux que nous trouvons le principe et le germe de ce courage enthousiaste et irréfléchi qui animait les destructeurs de l’empire Romain, et les conquérants de la plus grande partie de l’Europe.

Le Vôlu-Spâ présente un mélange étrange et singulier des traditions populaires et mythiques en vigueur dans les autres régions du monde ; il renferme aussi la preuve évidente, — incontestable, — d’une généalogie orientale, bien que corrompue et

INïROmCTIOS.

défigurée par les habitudes Irarbares des tribus qui les adoptaient. En reconnaissant l’existence d’un Etre suprême, supérieur îi tous les autres Dieux , — en adoptant la doctrine d’un couple humain préservé de la destruction totale, — eu admettant la couOagration de la terre, l’immortalité de l’âme et l’arrêt du bonheur ou du malheur éternel, — l’Edda prouve par toutes ces révélations que la religion primitive du Nord fut empruntée, dès le principe, à la source de l’inspiration Divine. En étudiant sa cosmogonie, le lecteur, nourri des idées classiques, sei-a forcé de remarquer ces brillantes fictions qui vivifient les poésies d’Ovide et de Virgile, et qui brillent encore (l’un lustre éternel dans les jardins du Parnasse Grec. Nous découvrons aussi beaucoup de ressemblance avec la philosophie Sto'ique et Indienne. La destruction de l’univers et des Dieux par le feu est rapportée par Sénèque, presque dans les mômes termes que laVala. L’idée d’un bon et d’un mauvais principe, et la guerre continuelle entre ces deux pouvoirs rivaux, fut inculquée par Zoroasti'o et les Mages d’Orient. Les fleuves et les arbres, les vierges et les banquets, les plaisirs et les passe-temps en harmonie avec les penchants de la terre, forment le fond des joies du Paradis de Mahomet comme de l’Élysée Grec et Romain (38).

(38) Hi&toire d’Arabie, vol. 1, cb. — Le Koran, cli. 8. — C.oiiquÿtc des Sarrazins {Edimbourgh , cabinet Library, n. XIII), les .'itnes des héros de Virgile sont représentées comme s’occupant ainsi :

Pars in gramineis exercent membra palœslris ;

('.onlendunl liido, et fiilvà Iiictanlnr arenà.

LVI INTRODUCTION

Sans aucun doute, presque tout le système del’Edda est figuré, et cachait une intention allégorique qu’on voulait faire prévaloir. I^a belle fiction de la mort de Baldur et son retour de la sombre demeure d’Héla, présentent le type de la vie des saisons détruite par l’hiver, et de la renaissance de la nature loi*sque vient le printemps (39) ; mais elle a probablement

Staiit terra defixœ hastœ, passimque soluli Per campos pascunlur equi, Quæ gratia currùm Armorumqiie fuit vivis, quæ curra nitentes Pasccre equos, cadem sequietur tellure reposloa.

OEueide, lib. VI, 642 et seq.

Tacite parle d'une propliétesse célèbre, nommée Velcda, Irès-vénérée par les anciens Germains ; et Horace cite trois Sibylles ou Sorcières Italiennes, Sagana, Veia et Folia, dont les noms ont certainement quelque ressemblance avec hFreyaet la Vàla du Nord. (Tacite, Germ., cap. VIII; — Hor., Epod.,V.) Le passage bien connu de Sénèque , où il décrit la conilagratiun du monde et la destruction des Dieux est en harmonie parfaite avec les doctrines de la Vàla :

Jam jam legibus obrutis Mundo cum veniet dies,

Australis polus obruet, etc. Hercul., Oet. V, 1102.

Deux des écrivains du Nouveau-Testament parlent de la destruction de l'univers à peu près dans le même langage que le Vôlu-Spà. (Pétris. Epist. II, ch. III. — Révélation, ch. VI, XII, XX, XXII.) Les analogies entre les anciens symboles des nations du Nord et de l'Orient sont nombreuses et frappantes. Wadd ou Wod était une des idoles adorées à la Mecque. ( Hist. d'Arabie, Edimbourgh, Cabinet Library, n” XIII , p. 211.) Les vieux Persans comme les Scandinaves remplissaient la demeure des méchants do fumée, de poix, de scorpions et de serpents. (Hydc de Relig. Vet. Pers. 599-404.)

(39) M. Hagnùsen et d'autres antiquaires du Nord regardent toute la religion de l'Edda comme purement physique et allégorique. Cette supposition gratuite est peut-être trop exagérée; mais sans aucun doute beaucoup de détails de ces Mythes admettent de telles interprétations. Que la légende de Ualdur soit une allégorie, c'est un fait évident. Le bûcher sur lequel son corps fut brûlé est le type primitif de l'ancien festival du Nord appelé Midsumers Blot , et aussi des feux qui s'allument encore en l'honneur de saint Jean sur les montagnes de la Scandinavie, de l'Écosse et de l’Irlande,

INTRODUCTION. LVII

aussi une autre signiâcation plus élevée. N’est-elle pas le symbole du temps, des changements de la grande année du monde, de sa dissolution, de son renouvellement par un ciel nouveau et une terre nouvelle , < lorsque la beauté renaîtra de ses cendres et l’immortalité du sein de la corruption ? >

Les rites extérieurs et les cérémonies des Scandinaves sont en rapport avec la rudesse de leur symbole. Leurs temples , élevés d’ordinaire sur de petites collines, naturelles ou artificielles, consistaient eu quelques grossiers morceaux de bois, sur lesquels était une large pierre en forme de table. En Norwége, on employait quelquefois des grottes qui paraissent avoir été taillées, avec des peines inouïes, dans des roches dures et calcaires. D'autres étaient formées au moyen d’énormes fragments détachés, réunis par la main des hommes. Insensiblement, leur répugnance pour l’adoration de leurs Divinités dans les lieux abrités diminua ; des temples furent élevés pour leurs idoles, les plus célèbres furent à Sigtuna, à Upsala, à Ledra et à Nidaros (Drontheim) ; quelques uns possédaient de grandes richesses en or, et des ornements en argent , et étaient magnifiquement dotés par la piété des Rois superstitieux. La statue d’Odin le représentait avec une épée nue ; à ses côtés était Thor , tenant un sceptre d’une main et une massue de l’autre ; quelquefois il était représenté sur un chariot traîné par deux boucs eu bois, avec

lorsque les jours oui atteint leur plus grande longueur, et que la chaleur csl dans sa plus grande force.

FinnMagnùsen.Edda Sœtnundi, part. III, Inirod. p. 8. — Geijer, t. i, p.554.

Lvin

l?iTR0DUCT10N.

une bride d’argent, et la tête entourée d’étoiles. L’image de Fngga représentait les deux sexes, emblème de son empire comme Déesse de l’Amour et du Mariage.

Il y avait trois gi’ands festivals annuels. Le premier, appélé Juul, était célébré en l’honneur de Thor au solstice d’hiver, époque d’où les Scandinaves dataient le commencement de l’année (40). 11 ressemblait, par ses danses nocturnes et ses plaisirs dissolus, aux saturnales de Rome. Le second anniversaire était dédié à Frigga, dont on invoquait l’influence pour un été fructueux et la victoire sur ses ennemis. Le troisième, dit de reconnaissance à Odin, avait lieu au printemps, et exprimait la joie pour le retour de cette saison bienfaisante, et appelait le Dieu des batailles au

(40) Ce feslival fut célébré au commencement de février jusqu'au règne d'Uakon-le'Bon (063) qui reporta la période de ses anniversaires à Noël, encore appelé Jul par les nations du Nord. Ce fut une des vieilles cérémonies païennes adoptées par les ChrétieriS à cause de sa correspondance supposée avec l'ère de la naissance de notre Sauveur. Les ét) mologistes ont été embarrassés de découvrir la dérivation du mot. Loceenius ( Antiq. Sueo- Gotli) et Rudbeck pensent qu'il vient de Iljul, une roue, par allusion à la course du Soleil, indiquée par le symbole d'une roue sur beaucoup de monuments runiques. Auraus Vcrelius (Runa-Grapb. Scandiv. antiq.J le fait déi iver du verbe suédois /o/n, réjouir; mais il est probable que la véritable origine est celle assignée au fragment d'un vieux Saga Norvégien, publié dans le second volume de Samiinger til det Norske Folks Sprog og Historié (IS.'Vi), qui établit qu'il était appelé ainsi d'après Jolner, un des innombrables nom (TOdin. ( laing's Résidence in Norwaj' , p. FiS.jLa motYuleest aussi emplojé dans plusieurs parties de l'Ecosse pour indiquer la même période de fête indiquant l'ancienne affinité des Calédoniens avec leur voisins plus au nord, et tendant 6 confirmer la conjecture de Tacite, et les récits des anciens clironiqucurs anglais: que les Pietés étaient d'origine du Nord , ou comme le dit Moore dans son langage si pittoresque •de la même ruche d'aventuriers du Nord qui lança ses essaims meurtriers sur rEuru|>e.a llist. Irland. v. I,p. 99. >

INTKODICTION.

succès des expéditions projetées. Leurs offhuides furent d’abord des animaux et les productions choisies de la terre. On offrait à Thor des bœufs et des chevaux ; à Frigga le plus gi-and porc (jue l’on pouvait trouver; à Odin des chevaux, des chiens, des faucons, quelquefois uncoqetun taureau engraissé. Comme le nombre trois était réputé nombre sacré, il déterminait les époques de ces solennités, qui étaient renouvelées tous les ncîi/^ mois, et duraient neuf jours, chacun marqué par l’immolation de neuf victimes vivantes. A Upsala, il y avait un grand sacrifice national, célébré tous les neuf ans, où le Roi , le Sénat et tous les citoyens de distinction étaient obligés de comparaître en personne , et d’apporter des présents de valeur (41).

Dans le moment de danger imminent ou de détresse, le sang des animaux étant regardé comme insulGsant, on y substituait des êtres humains, des captifs et des esclaves ; mais, pour rendre l’offrande plus agréable encore, les pères n’épargnaient pas leurs enfants, — les Rois lem-s sujets , — les sujets leurs rois. Un prince de Suède immola neuf de ses enfants pour obtenir ce qu’il désirait le plus, — une extrême vieillesse. Uakon-Jarl, de Norwége, commit la même cruauté pour obtenir la victoire sur son ennemi, Harald-Grœnske ; et Olaf Trœtelia, un petit chef de Wcrmcland , fut brûlé pour apaiser Odin et mettre fin à une cruelle famine. L’ancienne his-

(41) Miinler Kircbrogcschicble, l. I, p. 134-144.

Mûilcr, Sag.-)bibliolliek, l. III, p. 93. — Dilbmar, Merfcburg. Cbronic., lib I, p. 12.

INTRODUCTION

toire du Nord abonde en exemples semblables. Ces sacrifices cruels étaient terminés par des festins dans lesquels on déployait toute la science et le faste de l'éloquence. Les temples de la superstition Scandinave fiirent remplis d’oracles, de magiciens, de sorciers , de devins des deux sexes, que consultaient ceux qui désiraient pénétrer les secrets de l’avenir.

C'AfOMO<To0<<rM«

TABLE CHROîiOLOGigi’E LXI

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