‹ Histoire des peuples du NordChapitre 30 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de Vola ou Vâla, et qui en Islandais est un terme générique employé pour désigner une Sibylle ou femme prophétesse (1).

Le Vôlu-spâ est un récit sommaire de la création de rUnivers, des Dieux et des hommes qui le peuplent (suivant la cosmogonie des Eddas). Il raconte la mort du fils d’Odin, Balder, le Dieu du Jour (2), dont toutes les Divinités déplorent la mort, et que leurs pleurs et leure prières ne sauraient sauver, car sa sentence a été prononcée par le Destin. Son corps est brûlé sur un bilcher funéraire, avec celui de Nanna, sa compagne bien-aimée, morte de douleur: on y jette ses chevaux et ses armes, suivant la coutume des anciens héros du Noi d. Ses fiméiailles sont suivies de la destruction totale de TUnivers par le feu , personnifié j)ar le dieu Surtur , le Pluton du Nord : Ainsi chante la prophétesse :

« Le Soleil coinnieneci'a à noircir, lu terre s’affaissera n dans la mer , les étoiles tomberont du ciel pleines de a cendres (3) , le feu se roulera en sifflant autour de l’axe a du monde (Yggdrasill), les colonnes de flammes s élance- « ront jusqu’au ciel (4). «

Ap rès quoi , on verra briller un nouveau ciel , surgir une nouvelle terre , taudis que deux êtres de la race humaine, sauvés de la destruction totale, perpétueront leur espèce dans le monde ainsi régénéré, et Balder, triomphant, quittera la sombre demeure

(I) Horace, Epocl. , V, 4a.

(â) Voyez note 20 de l'Introduction.

(5) roÿc: h l'Inlroductioii , note (4) Voyez à riniroduction , note 37.

d’Héla pour régner dans le palais des Dieux , restauré et paré de sa splendeur primitive. Cette belle fiction représente sans doute l’image du cours des saisons, et i-appelle la célébration de l’ancien festival appelé Midsumers-blôl dans l’ancien langage du Nord , lorsque les jours , ayant atteint leur plus grande longueur , commencent à décroître , traînant à leur suite les rayons brûlants de Syrius (la canicule). Puis , par une transition, toujours brusque dans ces climats du Nord, arrive le froid de l’iiiver, — quand toute la nature est engourdie par un sommeil léthargique auquel succèdent tout à coup les douces émanations du printemps (1). Mais cette fiction a une autre signification plus ancienne et plus poétique; car, pour employer les paroles de l’éloquent historien de la Suède, i n’est-elle pas le symbole du Temps, « des changements de la grande Année du Monde ,

« représentant la dissolution générale de toute chose « comme conséquence de la Mort du premier Dieu, « — la mort de la Bonté et de la Justice sur la terre.

« Balder revient, mais suivi d’une récompense et « d’une punition ; — un nouveau ciel, mais une nou- « velle terre !... A travers la vérité offerte par cet « emblème , par suite aussi du caractère inviolable « et sacré que la Mythologie du Nord attachait à un « serment , elle s’élève au-dessus de la simple Na- « ture , et acquiert une valeur morale aux yeux du » genre humain (2). »

Le second poëme Eddaïque de la classe mystique

(1) Finn Magniiscn , Edila Sœmuridi, pail. 111, lnlrod.,p. 8.

(21 Geijer, Svea Rikes ll.ïfdcr, I, 1", p. 554.

CHAPITHE IV.

est le Grougaldor ou chant magique de Groa , qui contient un vocabulaire des termes magiques nécessaires , disait-on , dans tous les périls de la vie humaine. Odin et ses compagnons trouvèrent l’art de la magie en faveur chez les habitants primitifs du Nord dont ils réformèrent ou abolirent la religion. L’influence magique attribuée aux caractères et aux chants Runiques qu’il introduisit en Scandinavie, fit oublier toute la magie des Finnois ou des Lapons , dont il s’efforça de déprécier l’importance en disant qu’elle était d’invention diabolique, et en la discréditant |iar le nom de Magie-Noire, tandis qu’il honorait la sienne et la décorait du titre pompeux d’Art Royal. 11 est probable qu’il s’opéra plus tard, entre ces deux sectes rivales, une fusion complète, et qu’elles laissèrent des traces profondes de leur influence réciproque sur les coutumes nationales, influence que l’introduction du Christianisme ne parvint pas même à effacer entièrement. L’ancienne croyance populaire dans la magie et la sorcellerie fut encore consolidée par l’approbation que leur donnèrent les .Esir (les Dieux), qui sanctionnèrent ces nouveaux avantages. Le guerrier du Nord , dont la vie est protégée par des charmes magiques, était invulnérable aux armes offensives de son adversaire ; les siennes , au contraire, portaient une mort certaine dans les rangs des ennemis, dont il pouvait, au moyen de chants magiques, paralyser les efforts même les mieux combinés. Il pouvait terrasser ses ennemis dans une bataille en les rendant fous ; faire tomber leurs armes offensives désormais inutiles en leurs mains; mettre son corps à

IK) HISrOIUE DES HOMMES DE NORD.

l’abi'i de toute lilessure ou d’autres périls, — à l’abri du feu, — à l’abri de l’eau, en surnageant tout naturellement (1). Les femmes jouaient un rôle principal dans les rites mystérieux qui accompagnaient cet art prétendu; et les mélanges contenus dans leurs chaudières magiques furent exactement les mêmes dont se servirent les sorcières du Macbeth de Shakspère , que l’on peut considérer à juste titre comme offrant une peinture exacte de cette superstition si généralement répandue dans toutes les contrées du Nord. Des associations ou des confréries de magiciens s’organisèrent, et plusieurs des principaux chefs gueiriers ne dédaignèrent pas de s’enrôler sous ces mystérieuses bannières. Sous le règne d’Harald-Haarfager, son fils Rognvald-Kettilbein , se mit à la tête d’une de ses sectes de magiciens. Le Roi, irrité de c« que ses efforts, ses menaces, ses jirières, ne pouvaient détourner son fils et ses quatre-vingt-dix acolytes d’accom- ])lir ces cérémonies cabalistiques , employa la ruse ; il les invita à une fête splendide , et quand ils furent tous bien gorgés de vins et de liqueurs , il fit mettre le feu à la maison dans laquelle ils étaient assemblés : tous périrent dans les flammes.

Le troisième poème mystique est appelé le Sôlar- Ljôd ou Chanson du Soleil, tout entier de la composition de Sœmund. Il dit la vie future, la demeure et les occupations des âmes après leur mort, et porte le cachet des anciens fragments de poésie Païenne, mais est approprié par l’auteur aux idées de l’épo-

(1) Voljêz RùoticapjU'iii , h la lin Je llàva-niâl, Jaris l'BJJa Je Su tuititJ» Ri } nliilJiinjnida , H antref^ chaiilp Eddaitjiicf. — OrvaroJJs , cic.

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