‹ Histoire des peuples du NordChapitre 31 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que , et indique évidemment une source Chrétienne.

Le premier des chants de i’Edda, que l’on peut à juste litre appeler mythico-didactique , est le Vafthrudnis-mâl , qui, de même que beaucoup d’autres écrits de la sorte, est en forme de dialogue dramatique. Odin (1) le pèie des Dieux, se propose de visiter un des fameux géants ou génies (le mot original Islandais est Jolnn , signifiant un géant de la race Finnoise, ennemie des Æsjr, les Dieux ou dcmi- Dieux), afin de juger par lui-même lequel des deux est le plus versé dans la science sacrée. Il consulte sa femme, la déesse Frigga (2), « à laquelle l’avenir était dévoilé, K sur l’issue du voyage qu’il se propose d’entreprendre. En femme prudente, elle l’en détourne, lui conseillant de rester chez lui, où il est en sûreté danssa demeure céleste; «car», dit-elle, «aucun génie n’est à comparer avec Vajlhrudnir (c’est le nom du géant) en ruse et en courage. » Mais Odin persistant dans sa résolution, Frigga lui donne un augure favorable , en lui recommandant dans l’intérêt de sou repos et de celui des autres Divinités, dont le sort est lié au sien d’une manière si étroite, — de ne parler qu’avec sagesse et discrétion. Odin part donc sous le déguisement d’un mortel et se dirige vers le palais de ce Géant, célèbre par sa connaissance des mystères sacrés ; il approche, le maître est au logis :

ODIN

Salut! Vaflhruduir; j’ai enfin trouve ta demeure;

(1) Koÿf: la noie 17 à rinlroductioii.

(2) Voyez la noie 18 à ITnIroduciion.

î>2 IIISTOIUE DES HOMMES DU NOUD.

mais avant d’en franchir le seuil, je voudrais savoir si tu es en effet, comme on le dit, le Génie le plus sage et le plus instruit.

VAFTHKUDNIR.

Quel est ce mortel qui vient ainsi me piovoquer dans mon palais? Tu ne sortiras d’ici que lorsque ta sagesse égalera la mienne.

ODIN

Gagnrâder est mon nom ; il y a longtemps (pie je suis cil route; j’ai faim, j’ai soif, je te demande l’hospitalité, ô Génie !

VAFTURUDNIR.

Pourquoi ne pas le dire de suite et rester ainsi sur le seuil? Entre, prends un siège dans mon palais, et nous verrons hientiH lequel est le plus sage ou de l’iiüte ou du vieux parleur.

ODIN

L’homme pauvre qui entre dans la maison du riche doit être sobre de paroles.

VAFTURUDNIR.

Dis-moi donc, Gagnrâder, si tu tiens, en effet, à me donner une preuve de ta science; dis-moi le nom de ce cheval qui promène le char du jour sur la tête des mortels.

ODIN

Slânjaxi est le nom du cheval qui promène le char du jour sur la tête des mortels, — le plus léger des chevaux, avec sa crinière toujours étincelante.

f.HAHÏIlE IV.

VAFTIinUDMR.

Dis-moi donc, Gagnrâder, si tu liens, en effet, à me donner une preuve de ta science, le nom du cheval qui traîne le char de la nuit sur la tête des Di vinités bienfaisantes.

ODLV.

Hrimfaxi est le nom du cheval qui traîne le char de la nuit sur la tête des Divinités bienfaisantes, et l’écume distillée de sa bouche est la rosée du matin.

Le Génie fronça le sourcil, car il venait de juger, par les réponses si justes et si promptes de son hôte en nommant et décrivant Lucifer, Hespéi'us et les autres étoiles , qu’il avait affaire à un antagoniste digne d’entrer en lutte avec lui ; il invita donc Odin à prendre un siège à ses cotés , et engagea avec lui une discussion sur les mystères de la science sacrée, en y mettant cette condition singulière , qui fut acceptée, que celui qui succomberait paierait sa défaite de sa tête. Alors commença entre eux une discussion subtile, et Odin (qui gardait encore l’incognito) commença l’attaque en demandant au génie d’où provenaient la terre et les deux ; il répondit très-judicieusement que la terre a été créée de la chair d’ Ymer (un géant); les rocs (le chaos, la création, le monde enfin), de ses os ; les deux, de son crâne ; les nuages, de sa cervelle, et la mer , de son sang. Sous cette image fabuleuse est personnifiée la création du monde extérieur sorti du Chaos, figuré par la forme du géant

Ymer (1). Le Dieu continua l’inteiTOgatoire du Génie, eu comptant scs questions comme un légiste de la chancellerie , sur les points les plus embarrassants de la Théogonie et de la Cosmogonie ; — d’où provenaient le jour et la nuit, le printemps, l’été, la création de l’espèce humaine. Son onzième interrogatoire portait sur le sort des ùrnes mortes et sur les occupations des héros qui, périssant de mort violente, restaient abandonnés, bien que dignes de jouir de la félicité du Valhalla (2) d’Odin. Le Génie répondit qu’ils étaient journellement occupés à des exercices guerriers, à des tournois semblables à ceux de la terre ; qu’ils se rencontraient dans dos batailles où se distribuaient des coups réels et même des blessures mortelles ; que beaucoup étaient laissés pour morts sur le champ de bataille ; mais qu’à un signal donné pour le banquet , ils ressuscitaient tous, et vainqueurs et vaincus, se dirigeaient vers le palais d’Odin, pour prendre part à la fête préparée en leur honneur, boire les liqueurs des Dieux et vivre tous en paix. Alors les tournois et les fêtes doivent continuer jusqu’à la lin du monde actuel.

Le Dieu déguisé poursuivit alors ses interrogatoires sur la destruction de l’univers, et la nouvelle création qui doit en résulter; il demanda quel sera le sort d’Odin lui-même dans cette destruction finale de toute chose. A quoi Vafthrudnir réj)ondit sur-le-champ que Fetiris , le Loup (3) , dévorera

(1) Voyez la noln -4 h Tïntrotluclion.

(2) Voyez la noto h rioDodticlioii.

(3) Voyez la noie 58 à rinlroduclion.

CHAPITUK IV.

toute chose, tout Je monde, y compris Odin , le père des siècles ; que tous les cléments (1) se confondront, et que les Dieux et les hommes seront enveloppés dans une conflagration générale. Enfin, le prétendu Gagnrâder demanda au Génie quelles étaient les paroles qu’Odin prononça aux oreilles de son fils Balder lorsqu’il monta sur le bûcher funéraire. Le Génie, étonné, reconnut alors Odin et se déclara vaincu dans ce combat intellectuel.

VAFTHUIDNIR.

Aucun homme ne peut connaître les paroles que tu as prononcées à l’oreille de ton fils au commencement des âges. Je lis ma sentence écrite dans les deux en caractères magiques et décrétée par les destins, pour avoir osé lutter en controverse sacrée avec Odin, le Sage des Sages

Le poème suivant de cette série, contenu dans la collection du vieil Edda, est le Grimnis-mâl ou le chant de Grimner, qui décrit les habitations des célestes Divinités et les dilférents objets qui y étaient contenus. Il commence par le récit suivant , raconté en prose :

« Le roi Hrodiingr avait deux fils, nommés Agnar,

« âgé de dix ans , et Geirrdvdr , âgé de huit ans.

« Dans une promenade qu’ils faisaient en mer, afin

< de se livrer au plaisir de la pêche, ils furent « entraînés loin du rivage par une tempête qui les

< conduisit dans mie contrée étrange , habitée seu-

(1) Holdin, la terre; Ût'jir. la mer; Kar , l’air; loki, le feu. (.V. du T.)

9f) IIISTOIIÎK 1)KS HOMMKS l»i: NOlU).

t Icmeiit par un paysan, chez lequel ils passèrent « l’hiver. La maîtresse do la maison avait pris « Ap:nar en affection ; mais Geirrovrd était le favori « de son mari. Au printemps suivant, ils ix>ndui- « sirent les enfants sur les bords de la mer, et leur « (lonncreut une barque; au moment de se quitter, « le paysan murmura quelques paroles mystérieuses « à l’oreille de son protégé. Les enfants mirent à « la voile par un vent favorable ; mais , lorsqu’ils « furent sur le point d’aborder dans leur pays , Gcir- « rüvdr , qui se tenait en avant , sauta sur le rivage , « et , poussant le bateau au large , dit à son frère : 1. — Va maintenant où les mauvais Génies voudront « te recevoir. — La barque glissa de nouveau sur « la mer, tandis que Geirrovdr, de retour dans son « pays , fut reçu aux acclamations du peuple , qui le « nomma Roi.

« Or, il arriva qu’Odin et Frigga, assis dans leur « demeure céleste deHlidsliialfa, jetaient un regard « distrait sur toutes les régions de la terre. — « Vois donc là-bas, dit Odin à sa femme, vois « Agnar, ton favori, assis dans une caverne, en- 9 touré de la géante sa femme et de ses enfants ; et « maintenant, de ce cété, vois mon protégé Geir- « rovdr ; il est devenu roi et gouverne en paix son « royaume. A quoi Frigga répondit : — Ton favori « Geirrovdr est avare et cruel pour ses hôtes, lorsqu’il 9 trouve trop considérable le nombre de ceux qui « réclament de lui les droits de l’hospitalité. Odin se 9 récria contre ce qu’il appelait la fausseté de l’ac- 9 cusation : bref, un pari s’engagea entre eux à ce

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