CHAPITRE IV
ment assassiné par son frère Giinnar, et décidée à ne pas lui survivre en refusant toute nourriture (1).
Dans la complainte Teutoniquc , Brynhilda (2) rHéroïne n'est représentée que comme une vierge mortelle ; mais dans le poëme de l’Islande (3), elle devient un personnage mythologique, fille de Budle, roi des Saxons et des Francs, vivant dans un château solitaire entouré de flammes magiques. Sigurdr, parti du Sud et se dirigeant vers la Fi-anconie, croit apercevoir du haut d’une montagne élevée une lumière brillante ; il approche, entre dans une étroite vallée, et aperçoit quelqu’un dormant sur le gazon. Son armure, sa cuirasse trahissent un guerrier. Sigurdr détache le casque du dormeur ; mais soudain, il recule d'étonnement, car ce guerrier c’est une femme ! c’est une Àmazone ! son armure entoure son corps si étroitement qu’il est obligé de la couper avec son épée; elle se réveille alors de son sommeil léthargique, jette autour d’elle des regards étonnés , et demande qui a osé rompre le charme qui l’étreignait d’une ceinture de fer. Sigurdr lui apprend qui il est ; elle célèbre alors en style mystique la lumière bienfaisante du jour, et répand des libations à la terre féconde et aux autres divinités.
(I) L' Auteur 6c borne ici à donner une analyse de ce poeme; mais, comme c'est un des plus beaux de l'Edda, nous croyons devoir le publier tout entier.
Nous empruntons la traduction de ce poème au savant ouvrage de M. Edelestand Du Méril sur l’Histoire de la Poésie Scandinave, pp. 156-ltt. Voyez la lettre H aux Notes et Éclaircissements. {Noie du Trad.) (î) Ou Brynhildar, guerrière en cuirasse ; elle a conservé son nom dans les traditions allemandes, Briwhild. {Note du Traducteur.)
(5) Brinhildar-Quida.
Elle lui raconte alors qu’elle est une Valkyrie (1) envoyée par Odin pour surveiller l'issue d’une bataille , et donner la victoire à celui que les Dieux ont choisi pour vainqueur. Sou intervention a été maladroite; car, sans le vouloir et par une erreur qu’elle déplore, elle a fait triompher celui qui devait succomber, et il a tué le protégé d’Odin. Mais le Dieu irrité a secoué sa baguette magique, un sommeil de plomb s’est emparé d’elle, et, destin fatal I Odin lui ordonne de ne plus s’occuper de combats ; bien, plus pour la punir de son message infidèle, il la condamne à se marier ! elle , une Amazone (2) !
« Oh! bien étrange est le berceau où Brynbilda repose; <c un cercle de feu l’entoure et le protège ; sa couche est de « fer , son oreiller est un bouclier, et les chastes yeux de la Il vierge sont fermés par un sommeil profond. Oh ! trop « redoutable Odin, tu as répandu autour d’elle ton charme « terrible ; tu as, par ta terrible baguette, engourdi ses « sens et clos ses paupières. Jadis, dans les batailles, libre Il et terrible Brynhilda , hère Amazone ! tu courais sur les « eaux comme un Vikingr victorieux ; tes yeux , qu'ani- « niait l’amour, fermés aujourd’hui, ont vu le combat naval « et le Dieu de la destruction planant sur la plaine liquide, n au milieu des blessés, des morts et des cris des mou- « rants.
« Mais quel est ce mortel audacieux qui excite sa noire n monture à traverser les flammes? quel est ce mortel qui, n dans un imprudent délire, prétend pénétrer dans la cbam- « bre du bouclier où repose la vierge endormie par le Il charme du Tout-Puissant, Père de tous? C’est Sigurdr, le
(1) Déesse envoyée par Odin pour surveiller le sort d’une bataille.
Voyei note iô à l’Introduction. {Xoie du Traducteur.)
(2) Peine d’autant plus terrible que les V’alkyries perdaient leur force
avec leur virginité. [Note du Traducteur.)
CHAPITitE IV. m
« vaillant, le meui'tricr des i-ois, couvert des dépouilles du CI Dragon, de son or et du ses anneaux. »
BRYNIULDA.
CI Semblable à une vierge du bouclier (I), je courais sur B les mers, mon bras était victorieux, j’étais courageuse, B j’étais libre; par mt-s actions d’éclat, mes chants, mes B enchantements Huniques, je relevais le faible et terrassais B le fort , je protégeais le jeune prince au milieu de la B bataille ; mon bras agitait autour de lui le cimeterre B enchanté ; je le sauvais de la bataille et le couronnais dans Cl son palais. . . . ; et cependant Odin et le Destin avaient CI juré sa perte. De là les terribles malédictions d’üdin sur B ma tête; il a condamné l’indomptable Brynhilda à se ma- •c l ier! Mais j’ai fait un vœu solennel que les Dieux exauceront Il sans doute ; c’est que je deviendrais le dédommagement Il du vaincu. Hélas ! je sais que toi, Sigurdr, toi seuldetous Il les mortels le plus courageux, tu as brillé dans les com- B bats; je sais que personne autre que toi n’aurait osé traie verser ce cercle de feu (tant était puissant le charme!), B que toi , Sigurdr le glorieux , le meurtrier des rois, cou- B vert des dépouilles du Dragon, de son or et de ses B anneaux, u
Sigurdr, curieux et surtout amoureux , la prie de l’initier aux doctrines qu’elle a recueillies dans les différentes régions qu’elle a visitées , ou dans les différents mondes, comme quelques commentstteurs l’ont prétendu , car tous les termes employés dans ces poésies mystiques et sauvages sont susceptibles d’une interprétation mythologique ou littérale. Elle lui raconte alors les vertus d’une coupe enchantée qui contient une liqueur qu’elle lui fait goûter, com-
(I) Skiold-Meyar ou Amazone.
posée de doses puissantes d’inspiration poétique ^ d’esprit et de connaissance du bien et du mal ; elle lui indique les qualités magiques des différents caractères hiéroglyphes, et surtout de ceux qu’Odin a exprimés (ou a découvert (juand il était inspiré par l’ivresse) d’une liqueur distillée de la tête et de la corne de Heiddraiipnir et Hoddrojmir , deux monstres qu’il avait ten-assés et tués Mais tout-à-
coup , dans un moment de vertu , et craignant les suites d’une conversation si intime, l’auteur, par une transition brusque et rapide, met en scène Odin luiinéme se tenant sur un rocher, « avec son épée, et la tête couverte d’un casque. » Le Dieu, par la puissance des chants Runiques et des charmes magiques, ordonne à la tête décapitée de M'imir (le Génie de l’inspiration poétique dans la Mythologie du Nord) (1) de se joindre au tête-à-tête, et de prendre part à la conversation. L’horrible tête du Génie obéit, se hâte de descendre sur la terre pour devenir interlocutrice dans ce drame étrange ; elle prononce les réponses oraculaires , et indique les véritables charmes magiques et leurs différents effets caractéristiques. Brynhilda demande alors à Sigurdr s’il désire continuer ce cours de philosophie, au risque d’apprendre quelque chose de fatal pour son bonheur futur. Il répond hanliment qu’il ne redoute pas la révélation , quand bien même les décrets du Destin prononceraient sa mort prochaine. Alors l’amazone complaisante lui récite un cours de morale, qui, sous le rapport de la pureté des sentiments et du bon sens
(1) Voijez noie lia rinlroduclioii.