‹ Histoire des peuples du NordChapitre 39 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

est bien supérieur aux traits généraux de moralité offerts par la superstition du Nord.

Ainsi, par exemple :

« Ecoute d’abord ce conseil : Que ta conduite soit irréprochable vis-à-vis de tes pai'ents ; s’ils te provoquent, ne te venge pas , car il y a pour cette soumission une récompense dans le ciel.

« Je te dirai encore ceci : Lorsque tu jureras, ne dis que la vérité. Des peines terribles attendent et punissent le parjure. »

Elle lui donna en outre une foule d’autres bons avis, lui conseillant surtout < de fuir l’œil du mal > et les encbantements ; t de ne prendre femme , ni à cause de sa beauté , ni à cause de ses richesses ; d’éviter les excès de boisson et les querelles dans un repas.

« Si tu es attaqué chez toi par un ennemi, cherche à eu sortir , tâche de le rencontrer au dehors, car il vaut mieux périr par l’épée que par le feu.

c Ne te fie pas aux promesses des parents de l’homme que tu auras tué; — car le loup s’élance sur le faible enfant , — môme s’ils ont accepté le prix du sang. »

Ces conseils sont suivis des prescriptions nécessaires pom- ensevelir les morts, « qu’ils aient péri par maladie, par l’eau ou par le fer. » Cette histoire se continue ainsi dans plusieurs chants renfermant de beaux exemples des vieilles compositions Gothiques, et contenant une mine féconde de richesse poétique , qui a été exploitée avec tant de succès par Œhlenschlâger et d’autres poètes modernes Danois et Allemands. Elle ne renferme pas

114 HISTOIRE DES HOMMES DU NORD, seulement une poésie riche et sauvage, une peinture exacte des mœurs et coutumes de l’àge héroïque de l’ancien Nord , — de sa simplicité patriarcale , de ses combats horribles et de ses grossières superstitions peuplantla terre, l’airet les eaux, de Divinités, Génies, Géants , Nymphes et Nains ; — mais on y trouve encore maintes traces de ce pathos qui, de tout temps et dans tous les pays, a su émouvoir le cœur humain :

« Sunt lacrymæ rerum , et mentem inortalia tanguot. »

D’après le témoignage des recueils authentiques, on peut faire remonter plusieurs des poëmes qui précèdent aux IX® et X® siècles. Le poëme de Sigurdr, qui avait tué Volsungr l’artisan, le Gudrdnar-quida, et le chant de Gunnar, étaient tous chantés sur la harpe à la cour d’Olaf, Roi de Norwége, qui mourut en l’an 1000 (!)• Aucun de ces poëmes ne fut connu des savants de Danemark et de Suède avant le xvii® siècle. Le premier manuscrit de l’Edda de Sœraund que l’on ait connu dans la mère-patrie fut envoyé de l’Islande, en 1639, à Torfœus, l’historien distingué de la Norwége. La première édition de l’Edda, en prose, fut publiée par Resenius, à Copenhague, en 1663, en Islandais, en Danois et en Latin. A cette édition imparfaite et abrégée, il ajouta deux poésies de l’Edda poétique, le Vôlu-Spn ou prophétie de Valu, et VHâva-mâl ou sublime discours d’Odin. Une édition complète du texte original de l’Edda , en prose , fut publiée à Stockholm, en 1818, avec des variantes par

(1) Flalejrar-Bok.

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le professeur Rask, pour qui la lâche fut facilitée par une longue résidence en Islande, et par une connaissance approfondie de la langue, et qui, au dire des hommes compétents, s’en acquitta avec un talent remarquable. Son texte diffère presque entièrement de celui de Resenius qui, seul, fit connaître aux savants étrangers ce livre ancien si curieux, copié d’après le plus vieux manusci'it appelé Cotlex-Regius. Le professeur Rask ne s’est jamais écarté de ce dernier, excepté dans quelques passages où les versions contenues dans les anciens manuscrits sur parchemin semblent obtenir une préférence justifiée par ses observations critiques à l’appui de son système.

L’Edda en prose est une sorte d’.4rs poetic^i , destiné à initier les jeunes Skalds à la science de la Mythologie et de l’art poétique. On suppose généralement qu’il a été arrangé par le célèbre Snorre Sturleson, qui vivait environ un siècle après Scemund ; ce qu’il y a de certain, c’est que cet Edda ou Mythologie prosaïque, — que l’on peut comparer à la Bibliothèque d’Apollodore , et que l'on considéra comme peu important, et peu^étre aussi comme plus scandaleux qu’utile à un peuple Chrétien, — fut continué par d’autres auteurs, qui expliquèrent les images poétiques et la manière de réciter les chants des Skalds païens, et cette continuation est appelée le Skalda. L’Edda proprement dit est distingué pour la première fois dans l’édition de Stockolm du Skalda, avec lequel Resenius le confondait; ce qui fait que quelques érudits ont été jusqu’à croire le Skalda un

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ouvrage perdu , ne s’apercevant pas qu’il a été incorporé en grande partie dans l’édition Resenius de l’Edda Snorronis.

L’Edda de Snorre se compose des parties suivantes :

1° Les Formâli ou préface, qui est une réunion de traditions différentes, légendes et fables Juives, Chrétiennes, Grecques, Romaines et Islandaises, sur la filiation des nations, sur l’origine de l’ancienne religion et de la race Scandinave, que l’on fait descendre des Troÿens , de même que la guerre de Troie est confondue avec les annales . nationales dans les fables anciennes et dans l’histoire romantique des autres nations de l’Europe pendant le moyen âge.

La partie suivante de l’Edda est appelée le Gijlfaginning (ileceptio Gylfii). 11 y est question du voyage de Gylfe, un roi de Svithjôd (Suède), fameux magicien, qui, fort embarrassé d’expliquer la sagesse supérieure de la race qui avait récemment émigré de l’Est au Nord, résolut, à l’aide d’un déguisement, de visiter As-gârd et d’éclaircir ses doutes. Dans ce but, il prit le nom de Gangler, se mit en route , et arrivé à la cité céleste, il trouva un oracle qui était en mesure de satisfaire sa curiosité. Il reçut une réponse satisfaisante à toutes ses questions dans une série de fables expliquant la Mythologie de l’Edda poétique , et formant un Panthéon du Nord complet, illustré par des extraits du Vôlu-Spâ , de l’Hava-mâl et d’autres ouvrages des Skalds.

La seconde partie de cet Edda, appelée Braga-

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