CHAPITRE V
Sagas d’Islande. — Sagas Mythiques, Romantiques et Historiques. — Importance historique des Sagas. — Ari-Frodr, premier historien Islandais. — Histoire et caractère de Snorke Stlrleson. — Composition de son grand ouvrage historique \' Heimskringla, — Littérature du Danemark et de Norwégc, depuis Canutle-Grand jusqu’à l’Union de Calmar. — Sagas Islandais de l’ordre secondaire , imités des romans de la Chevalerie. — Kongsskuggsja ou le « Miroir des Rois. »
Plusieurs des vieux Sttgas Islandais qui sont arrivés jusqu’il nous fiirent longtemps conservés par la tradition orale , avant d’être confiés à l’écriture ; d’autres parurent d’abord sous la forme de compositions écrites. En général , chaque Saga est l’histoire (l’un Roi, d’un Jarl ou d’un chef distingué, écrite dans un style d’une simplicité antique; et çà et là sont intercalés quelques passages de poésie pour aider à la mémoire du conteur. Ces fragments sont pour la plupart extraits des pièces de vers e.omposées par les Skalds , pour célébrer les exploits des familles illustres, sous la protection et 1e patronage desquelles ils vivaient , mais arrangés de manière à intéresser et à exalter les imaginations impressionnables de leurs
concitoyens , en rappelant les gi’ands exploits de leurs glorieux ancêtres. Les Sagas peuvent se diviser facilement en trois classes : les Sagas Mythiques , Romantiques et Historiques. Dans la première catégorie sont compris ceux qui, tout en mettant en scène des personnages mythologiques et des événements surnaturels , contiennent cependant une peinture fidèle des coutumes , des mœurs et des préjugés nationaux ; la seconde classe comprend les Sagas dans lesquels les auteurs donnent un libre essor à leur imagination ; et la troisième, ceux que l’on peut considérer comme des histoires authentiques de l’époque. Mais il sera difficile de classer exactement tels ou tels Sagas , j)arce qu’ils sont prei^ue tous plus ou moins embellis par des incidents mythologiques et poétiques. Ceux où le caractère Mythique prédo^mine sont plus utiles pour l’histoire que ceux qui ne sont que Romantiques; en effet, bien que les Dieux et les hommes de l’âge héroïque y soient confondus étaient entre eux des rapports familiers, ils réflètent néanmoins une image fidèle des anciennes coutumes, des institutions , des sentiments religieux et des préjugés de ce temps-là. D’un autre côté , dans les Sagas Romantiques , l’écrivain peut donner plus d’essor à son génie et s’abandonner à son goût pour l’invention; son but n’étaiit que d’intéresser, il laisse stt verve s’égarer sur les ailes de l’imagination, et néglige autant la fidélité de ses descriptions et l’harmonie du récit, que le mérite historique.
Cette remarque est surtout applicable aux Sagas qui contiennent les aventures des personnages qui