CHAPITRE V
figurent duns les poésies historiques de l’Edda poétique. Ainsi, dans les Sagas relatifs aux exploits et aux aventures de Siegfried, de Théodoric de Berne et d’Attila, contes qui envahirent la littérature ancienne du Sud et du Nord de l’Europe, la fiction romantique est tellement confondue avec la vérité historique , et la première domine tellement la seconde , qu’elles ont complètement défiguré et dénaturé les anciennes annales du Nord, au lieu de les placer sous leur véritable point de vue. Ainsi, les auteurs des chroniques en vei's et en prose de la Suède qui écrivaient au XV® siècle ont inscrit dans l’histoire de leur pays des noms et des exploits de Rois qui probablement n'existèrent nulle part, et, confondant les héros de Nibetungenlied avec les Rois Goths cités par Jornandes dans son histoire, ont arbitrairement prétendu faire remonter avant même les Ynlings ou la postérité d’Odin , la série régulière de leurs monarques (1).
Mais, excepté cette espèce particulière de Sagas Romantiques , la physionomie poétique de ces ouvrages est en général une garantie de plus de leur authenticité comme annales historiques. Ils sont écrits, avons nous dit, en prose et en vers. Ce mélange de poésie et de prose doit remonter naturellement à l’enfance de l’art professé par le Saga-man ou l’Historien. Tels incidents d’une vérité saisissante destinés à toucher, à émouvoir ou à exalter l’imagination , étaient racontés en vers ; le reste en prose était abandonné à la récitation oiale , et par consé-
(I) Goijer , Svea Rikes Ilârder, t. 1, pp. lli-15i.
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124 HISTOIRE DES HOMMES DU NORD, quent plus on trouve de traces dans un Saga de cette forme poétique primitive , plus son antiquité est grande et doit remonter à l’époque qu’il traite (1) . Mais les plus anciens Sagas , ceux relatifs à la première découverte et à la colonisation de l’Islande , ne dépassèrent pas les limites étroites de la vallée dans laquelle la scène se passe , et se bornèrent au héros ou à la famille dont ils célébraient les exploits. Tel est, par exemple, Y Eyrbjggia-Saga , ou annales anciennes de ce district de l’Islande qui s’étendait autour du promontoire appelé Snœfell, et qui a été traduit par Sir Walter Scott (2). Ce n’était pas l’importance politique de tel ou tel fait qui poussait les Skalds à composer un poëme ; mais ils choisissaient de préférence un sujet qui prêtât à l’effet , aux développements poétiques, et qui intéressât davantage leurs auditeurs (3).
Ces remarques ne s’appliquent toutefois exclusivement qu’aux plus anciens Sagas. Quant aux Sagas |)lus modernes , ils ressemblaient davantage aux chroniques , ou, comme on les appelait dans le Midi de l’Europe, aux Romans du moyen âge. En généi-al ils diffèrent beaucoup par le style et la conception, des chroniques dues aux moines de cette époque ; car (à l’exception du Saga Romantique) ils contiennent une peinture exacte et fidèle du caractère et des coutumes nationales , au lieu de se borner , avec une minutie fatigante et inutile, :i analyser des incidents stériles et sans importance. Tel estentre autres le Saga intitulé
(1) Millier . Sagabibliotliek , 1. 1. — ludledning ,
(2) Weber aud Jamieson’s llluslralions of Noiihcrn Aiiliqiiilics, p. 477.
(5) Muller, Sagabibliolhck , t. I.