‹ Histoire des peuples du NordChapitre 44 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Laxdœla, qui fut publié à Copenhague en 1826, dans le texte original Islandais , avec une version latine. C’est l’histoire d’une famille qui habitait une vallée de l’Islande , près de la rivière Laxa , ainsi appelée à cause du saumon qu’on y trouvait en abondance. Par une digression inattendue, l’auteur s’appesantit sur 1 histoire generale de l’ile , remonte à sa première découverte , jiarle de sa colonisation , et arrive à l’époque où ses habitants furent convertis au Christianisme. Il donne des détails d’une grande exactitude sur ces temps primitifs et ces régions éloignées ; il décrit la manière de vivi e de ses habitants, leurs querelles héréditaires et sanglantes, leurs gnci-res, leur commerce, leur pèche, et les exploits des pirates ou Vikingar nés et élevés sur les vagues de la moi-, et qui se vantaient de n’avoir jamais dormi sous un toit de planches , ni jamais vidé la coupe auprès d’un foyer abrité (1). La scène ne se borne pas à l’Islande, mais elle est transportée tour à tour en Norwége , dans les îles Orkney, les îles Feroë eten Écosse. Cinq Rois d’Islande et un Roi d’Écosse figurent comme acteurs. Le récit est rapide, l’action marche vite ; les caractères sont soutenus et dessinés avec fidélité jusque dans les plus minutieux détails ; il nous semble les voir et les entendre dans chaque acte de la vie publique et privée , comme s’ils étaient devant nos

(I) Qui 9ub ligne fuligùioso numqiiam ilonniebal, is rrgis in.-iritimi li'iilo merilù dignus vidnbatur. — Ils chemin.iirni galmcnl jur la roule des Cygnes;

{ofer Svan rade) La force de la Icmpùlc aide le bras de nos rameurs ;

« l’ouragan csl à noire service; il nous jelle où nous voulons aller, • marinas lempeslatis procella servit reinigiis), (A. T. , 128, 1. )

( yole du Traducteur. )

yeux. Puis , pour nous convaincre de l’authenticité du récit et nous prouver que nous ne nous intéressons pas à une fiction , il y a dans tout l’ensemble une apparence de vérité qui nous attache et nous persuade, et ce qui vient encore augmenter notre illusion, c’est de comparer ce Saga avec les autres Sagas authentiques , où l’on voit les mômes caractères et les mêmes événements se reproduire, dessinés et racontés d’une manière qui atteste leur identité et confirme la sincérité de leur histoire (1).

Un écrivain d’esprit et de savoir, encore pénétré de la lecture de ces ouvrages , a fait une remarque générale applicable à tous les Sagas : — C’est que l’ancienne poésie et le roman du Nord donnent plus à la réalité et moins à l’invention que ceux du Sud. Il explique cette différence par ce fait acquis que l’histoire du moyen âge dans le Midi de l’Europe fut écrite exclusivement par le clergé , et que les laïques , au lieu de se faire historiens et de lutter avec lui , devenaient poètes et exploitaient le genre fictif. Ils ne pouvaient donc se distinguer qu’en donnant une couleur plus prononcée aux histoires merveilleuses qu’ils trouvèrent dans les chroniques des moines. Dans le Nord, au contraire, les Skalds, attachés aux rois et aux familles les plus distinguées de la contrée, étaient les seuls dépositaires de ces tiaditions historiques, qu’il était de leur intérêt et de leur gloire de conserver fidèlement. Parmi les familles illustres qui émigrèrent de Norwége en Islande pour échapper au joug d’IIarald-Haarfager , étaient quelques uns des

(I) Mùlicr, 1. I, p. 198.

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