CHAPITRE V
descendants de Ja race royale des Ynlings que l’on supposait issue d’Odin. Ils devaient être naturellement jaloux de conserver la tr adition des exploits de rois et de héros dont ils tiraient leur généalogie. Parmi ceux-ci était Ari hinns Frodr, Ari-le-Sage, né en Islande en 1067, et qui fut l’ami et le compagnon d’études de Sœmund , le compilateur supposé de l’Edda poétique. Il n’existe aujourd’hui que fort peu defragmeutsdeses ouvrages, qui ont été publiés sous le titre de Schedœ et Landnàmabok; ce dernier commencé par lui et achevé par d’antres. Ses annales comprennent depuis la dernière partie du ix® siècle jusqu’au commencement duxii®, et contiennent les événements les plus remarquables qui signalèrent la première colonisation de l’Islande, les révolutions survenues dans son gouvernement , la découverte du Groënland et l’introduction du Christianisme. Il fut le premier écrivain du Nord qui, à l’aide d'une ingénieuse chronologie , essaya d’assigner des dates fixes aux événements; et son ouvrage est remarquable comme la plus ancienne composition historique écrite en vieux Danois ou langue N'orse, qui est encore la langue actuelle de l’Islande. Ari fut élevé près de la fameuse fontaine d’eau bouillante de Geysers, aux pieds des hautes montagnes de Jôkul ou montagnes de glace. Il recueillit la plupart de ses matériaux parmi les traditions de ses contempraius , et parait s’être peu ^ vi des anciens Sagas ou des anciennes complaintes; sou ouvrage doit être cependant considéré plutôt comme une chronique du moyen âge Chrétien que comme le produit d’une muse du
Nord. Mais sou talent comme historieu est sans au* cune compamison supérieur ii celui des moines , ses contemporains du Continent ; car il écrivait avec ce bon sens , cette liberté d’esprit et cette indépendance qui caractérisent un bon citoyen; et ses idées étaient dégagées de ces préjugés et de cette superstition qui obscurcissaient alors la surface de l’Europe (1).
L’homme auquel l’histoire et la littérature de l’Islande sont les plus redevables est le célèbre Snorre Sturleson, qui, par son grand ouvrage historique , a justement mérité le surnom de l’IIérodote du Nord. Il naquit eu 1178, à Hvamm, dans le Hvamsfjord, petite baie située sur la côte occidentale de l’Islande. Son père Sturla, appelé communément llvamms-Sturla, du lieu de sa résidence, était un chef distingué de cette partie de rislande, et tenait par sa mère aux plus illustres familles de l’île. On fait remonter sa généalogie jusqu’aux anciens Rois de Norwége et de Suède, de la race Ynling, et aux Jarls de Mœre, d’où sortirent Rollo, les Ducs de Normandie et les Rois Anglais de la race Normande. Il pouvait aussi compter parmi ses ancêtres le fameux Ragnar Lodbrok, dont les annales reculées du Nord racontent l’histoire remarquable (2).
Snorre reçut son uoni du pontife Snorre-Godi, qui figure d’une manière si distinguée i^is l’Eyrbjggia- Saga , et auquel son père Hvâmij^ftturla et lui paraissent avoir beaucoup ressembjPde caractèi-e. Dès
(1) Müller, Sagahibliollifk , I. 1, p. 31. — Snorre Siurlesoii, Heimskringla , l I, p. 3. — WcrlaufT, de Ario MuUiscio, 8’» Ilavn. 1808.
(2) Voyez «on Histoire, chap. 7.