CHAPITRE V
de génie, le peuple, par un élan spontané, éleva, en l’an 1215, Snorre au rang honorable de juge ou magistrat suprême de l’Ue. Il se distingua bientôt dans ce poste éminent par sa connaissance profonde des lois et des institutions de sa patrie. Dans la même année, il donna une preuve de la prodigieuse variété de ses talents en écrivant un poëme panégynque sur Hakon Galin, Jarl Noi-wégien , célèbre, alors par son pouvoir et son influence. Ce poëme, que Snorre eut soin d’envoyer au Jarl , lui valut, en retour, le don d’une magnifique armure complète, d’autres riches présents, avec l’invitation de venir visiter la Norvège. Mais la mort du Jarl, qui eut lieu l’année suivante, empêcha Snorre de profiter de cette offre bienveillante. Il y a tout lieu de croire, cependant , que la réception flatteuse dont il fut l’objet de la pai*t des parents d’Hakon et de Skule, autre Jarl distingué du pays, lorsqu’il visita la Nomége en 1218, était un hommage rendu à ses brillants essais dans la carrière poétique. Le roi Hakon IV régnait à cette époque en Norwége , et Snorre composa im poëme en l’honneur de ce monarque et deux en l’honneur du Jarl Skule. Il voyagea aussi dans le Gothland Occidental , et fit l’éloge en vers de Christine , veuve du Jarl Hakon, qui avait épousé Askell , le juge suprême ou Lâgman du Gothland Occidental ; Snorre reçut de lui, entre autres présents, l’antique bannière que portait à la bataille Erik-Knutson , roi de Suède. Snorre retourna en Norwége et passa l’hiver à la cour du Jarl, où il fut accueilli avec la plus gracieuse hospitalité, et reçut, du roi Hakon , le titre de Drottseti
OU maréchal de la cour, et plus tard le rang de Lcensmand ou vassal royal : ce dernier litre lui fut conféré dans l’espérance d’avoir en lui un auxiliaire qui soutiendrait les prétentions naissantes de la Norwége sur l’indépendance de l’Islande. En 1220, Snorre retourna dans sa patrie sur un vaisseau que le Jarl lui avait fait équiper à cet effet , et qui contenait de riches présents qu’il n’oublia pas de se faire domier eu récompense d’un nouveau panégyrique. A son retour, il se trouva engagé dans une infinité de querelles sanglantes; les unes résultant de l’héritage de ses ancêtres, les autres qu’il s’était attirées par son orgueil, son ambition et son avarice. Elles dégénérèrent bientôt de part et d’autre en violence et en barbarie. L’assemblée publique, les réjouissances nationales étaient souvent ensanglantées du sang des parents et des amis. La république était déchirée par ces factions diverses; mais celle de Snorre, en raison du zèle, de la fidélité et du nombre de ses partisans, triomphait presque toujours, ce qui lui permettait de satisfaire ses prétentions ambitieuses.
Cependant la haine de ses ennemis augmenta tellement qu’en 1237 il fut obligé de se réfugier eu Norwége. il trouva son ami et son patron, le Jarl Skule, revêtu du titre de Duc et aspirant à la couronne de Norwége. Snorre favorisa ses vues et se retira à sa cour de Drontheim, où il récita un panégyrique qu’il avait composé en l’honneur du Duc pour justifier ses prétentions à la royauté. Mais quelques avis confidentiels, reçus de l’Islande, le décidèrent plus tard à retourner dans sa patrie. Ayant obtenu la permission