‹ Histoire des peuples du NordChapitre 48 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(lu Roi et le titre de Jaii, faveur qui vint grossir le nombre de ses titres et honneurs, il se pri^para à faire voile pour l’Islande. Mais, sur le point de s’enibarquer, il reçut des lettres du Roi qui lui défendaient positivement de partir. Snorre ne s’arrêta pas à cette défense, et arriva en Islande en 1239. Là, il eut eneore à lutter contre ses nombreux ennemis, et tomba bientôt victime de leurs embûches.

Le roi Hakon avait envoyé des instructions secrètes à Gissur-Thorvaldson, son parent, gendre et autrefois ami de Sturleson, lui enjoignant de se saisir de sa personne et de l’emmener mort ou vif en Norwége. ThorvaHson préféra la première recommandation, car il était devenu l’ennemi mortel de Snorre ; la cupidité et la vengeance le rendirent parricide. Un fait remarquable, et qui prouverait que la fatalité joue un grand rôle dans les choses d’ici-has , c’est que Snorre, auquel un de ses amis signalait le danger dans une lettre écrite en Runes, ne put jamais la déchifrer,bien qu’il fût, plus que tout autre, versé dans cette science, et tous ceux qui l’entouraient ne furent pas plus heureux que lui. ïhorvaldson rassembla tous les hommes ai'més d’un klan ennemi de Snorre, et l’ayant attaqué par surprise, il l’assassina lâchement à Rcikhollt, dans la nuit du 22 septembre 1241.

Ainsi })érit, à l’âge de soixante-trois ans , Snorre "Sturleson, illustre par sa naissance, ses talents et sa fortune; mais dont le caractère, suivant le témoignage unanime de ses contemporains, fut entaché par une ambition sans principe, une avarice excessive, une mauvaise foi proverbiale, et par tous les

autres vices qui déshonorent et dégradent l’espèce humaine. Mais il ne faut cependant pas perdre de vue que ceux qui ont ainsi présenté le caractère de cet homme remarquable , sous un jour si défavorable , étaient tous ses ennemis, — quelques uns ses parents, — dont l’attachement jadis si excessif s’éfeiit changé en haine implacable par suite de dissensions de famille. Tout jugement partial porté par l’esprit de parti est rarement ratifié par la postérité. Quels que soient les reproches que Snorre ait encourus par son ambition déréglée , il est difficile de croire que l’homme qui fut nommé quatre Jois magistrat chef de la contrée, par l’élection libre de se's concitoyens, n’ait pas possédé les qualités nécessaires pour mériter la confiance et justifier l’attachement sincère de ses amis et de ses partisans. Mais, à une époque où la société était encore dans l’enfance, où la civilisation développait à peine ses jeunes racines, ces qualités ne consistaient pas dans cette urbanité et cette politesse qui , dans des circonstances plus favorables et des siècles plus éclairés, jettent de l’éclat sur une carrière. La république d’Islande et tous les autres gouvernements qui existèrent en Europe pendant le moyen âge étaient impuissants pour protéger les personnes et les propriétés, garanties qu’obtiennent aujourd’hui, sous toutes les formes, presque toutes les nations Chrétiennes et civilisées. En l’absence d’une justice régulièrement établie, appuyée par des sanctions suffisantes , la ruse et la violence devaient nécessairement remplacer la sagesse et la vertu dans la conduite des affaires publi-

CHAPITUE V.

ques. La conséquence était donc que la vengeance particulière se substituait à la justice publique, et les discussions sanglantes qui en résultaient, se transmettant de génération en génération, se perpétuaient ainsi par d’étemelles rivalités de famille. 11 faut avouer cependant que la culture des lettres , qui exerce ordinairement une influence salutaire sur les passions humaines, ne put, dans le cœur de Snorre, ni les améliorer ni les adoucir. Il poursuivait opiniâtrement la réalisation de tous les avantages dans lesquels les hommes ordinaires font consister le bonheur, — richesses, pouvoirs, honneurs, plaisirs; — peu scrupuleux, du reste, sur les moyens à employer pour les posséder, et sans avoii* la noble ambition de les utiliser au profit du bien-être général de la société.

Mais, quels qu’aient été les défauts de son caractère, le désir d’apprendre et la soif de la renommée ne furent jamais éteints dans le cœur de Snorre ; il convoitait la couronne de laurier, — et surtout la couronne d’or qu’il dut à sa muse historique ; et , voyant la langue de son pays complètement formée et indépendante des modèles classiques, il contenta son goût et satisfit son génie en cultivant la littérature nationale de sa patrie. S’il eût dirigé exclusivement son intelligence vers ces études classiques qui monopolisaient alors l’attention de l’Europe lettrée, il aurait peut-être composé un ouvrage rivalisant en fleurs de rhétorique avec celui de Saxo - Grammaticus. Mais aussi, écrivant sou ouvi’age dans la langue morte de Rome, il eût manqué de termes

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pour rendre les pensées et les sentiments de son époque que la langue de l’Islande était seule eapable d’exprimer. Bien qu’il ait possédé de bonne heure la connaissance profonde des annales et de la littérature du Nord, on comprend difficilement qu’au milieu de sa vie active et agitée, Snorre ait pu trouver le temps de les cultiver avec tant de succès. Mais le génie consiste à se créer les loisirs nécessaires pour accomplir ses desseins même au milieu des soucis , des préoccupations étrangères et des distractions de tout genre. On croit généralement que Snorre a quelque peu contribué à réunir et classer les chants du vieil Edda, et il a certainement apporté une coopération puissante et active à la composition de l’Edda en prose tel qu’il existe aujourd’hui. On n’est pas d’accord sur la manière dont il composa son grand ouvrage historique, YHeimskringla, ou Annales des Rois de Norwége; et quant au degi’é de mérite qu’il peut revendiquer pour l’originalité du style et des pensées, Müller, le savant critique, dans sa dissertation sur les sources où Snorre a puisé ses matériaux, pense que cet ouvrage n’est qu’une compilation des anciens Sagas, que Snorre corrigea et augmenta de sources étrangères, pour en former un tout, auquel il donna la forme qu’il a aujourd’hui ; Snorre luimême semblerait justifier cette opinion par la modestie et le peu de prétention de ses paroles, au commencement de la préface de YHeimskringla.

« Dans ce livre , » dit-il : « guidé par les traditions « des hommes sages, j’ai voulu rapporter l’histoire « des événemculs anciens et des grandes actions

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