‹ Histoire des peuples du NordChapitre 5 sur 206 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

(le leurs montagnes dans les profondeurs impénétrables de la mer (l).

Telles sont, en résumé, les fictions poétiques dont l’origine s’explique par le penchant de notre nature inquiète, avide de placer le bonheur vers lequel elle soupire , dans des régions bien éloignées de la scène réelle de notre existence , et que nous ne pouvons atteindre que sur les ailes de l’imagination ; mais, ce qui est certain et positif, c’est qu’il faut resserrer dans un cercle très-étroit les connaissances que les nations classiques de l’antiquité avaient sur la Péninsule Septentrionale de l’Europe.

Les anciens Grecs et les Romains considéraient la Scandinavie, la Scandie (ou la Suévie), comme une île, ou groupe d’iles de l’Oc(*an Septentrional. En l’année 320 avant Jésus-Christ , Pytliéas , célèbre naAdgateur de Marseille, qui vivait peu de temps avant Alexandre-le-Giand , pénétra dans ces régions éloignées, qu’il visita deux fois, et les anciens géographes nous ont laissé quelques détails sur son

(1) Geijer, Svea Rikes Hafdcr, l. I, p. 53. — Pomponius Mcla (de Silu Orbis, lib. III, c. 5), dit : « Hilares recHmiti sertis in pelagus ex eertA rupe prœcipiies dani; id eis funns eximium est. > I>a description de la félicite dont jouissent les Hyperboréens, donnée par Pline, est aussi romantique.: n Regio aprica, felici temperie, omni afÜatu noxio carens; discordia ignota , mors non nist saliotate vilne , ex quâdnm rupe in mare salicnlcs. » (Plin. , Hisl. nal., lib. IV, c. 26.) On peut voir encore, en Suède, plusieurs de ces rochers, tels que Hunneberg et llalleherg (monlagne faillie), dans le Golhland Ouesl, à l’exlréniilé du lac Wener. — (Thompsoii’s Travcls in Sweden , chap. III. — Clarkc’s Travcls, vol. IX, p. 1.31, édit. 8*.) — ■ Hans un style figuré et allégorique, on les appelait • le vestibule d'Odin ; » car on les considérait, en quelque sorte, comme le portique de l’Elysée Scandinave. — (Mallel’s Northern Anliq., vol. 1, p. 210, édit. 8®, mo. — W'heaton’s Sraridinavia, t. I, p. 18, noie 2.) (iVofc du Trail,)

i HISTOIRE DES HOMMES DE NORD.

voyage et ses découvertes (1). Il visita l’ile à' Albion , signala l’existence à six jours de voiles au nord-est de cette dernière , d’une île ou contrée qu’il appela Thulé (2), et que quelques auteurs supposent être une partie de la côte du Julland , appelée aujourd’hui Thy ou teiTe de Thy, ou dans l’ancien langage du Nord, Tlijôda. D’autres, avec plus de vi-aisemblance, ont changé le nom de l’ancienne Thulé en Tellemark, ou Thyleraark, province de la Norwége-Sud, d’où

( I ) Si l'on en froit Slrabon, 2, el Pline, 57, Pj théas ser.iil conlemporain d'Arislote, qui naquit en 384 avant Jésus-Christ. Pjlhéas était un eélcbi'C savant de Marseille, très-versé dans la géographie, la philosophie et surtout dans tes mathématiques. Il entreprit de longs voyages , pénétra fort avant dans la mer du Nord, et entra le premier dans la lialliquc. On lui doit la découverte de l'Ilc de Thulé. 11 est aussi l'auteur de la distinction des climats par la difTcreDce de la longueur des jours et des nuits. Selon M. Gosselin, Pythéas ne s'avança pas beaucoup au-delà des Gaules; ses nombreuses erreurs, qui ne pourraient être commises par un témoin oculaire, font croire qu'il se borna à recueillir dans quelques ports do l'Espagne des notions vagues sur les mers et les contrées septentrionales, qu'il essaya d'appuyer par ses connaissances astronomiques, et de faire passer chez un peuple ignorant comme le fruit de ses observations. — Strabon , Géogr. , lib. II, p. 104, l'appelle coic •i’tuJtorii'rof ( homo mendacissimus) ; PolybiuB, liayle et Vossius le considèrent comme un romancier, un conteur. Mais Eratosthènes et Uipparque, deux célèbres géographes, admellc'iit sou témoignage oculaire; et dans ces derniers temps, Gassendi, Cassini, Sanson et Bougainville ont successivement démontré la réalité de ses découvertes et de ses aventures. Voyez Murray's Dissert, de Pyth. Mass, in Nov. Comm. — Gôtting. , t. IV, et les Transactions de la Skandinavisk Litteraturselskab pour 1824, p. 204.

Pythéas avait écrit plusieurs traités en grec qui existaient encore au commencement du V* siècle, mais dont il ne reste rien aujourd'hui. — Whealon's Scandia., t. I, p. 20. (Noie du Traducteur.)

(2) Thulé ou Thylé, Ile de l'Océan Germanique, au nord de la Calédonie, était regardée comme l'extrémité du monde, ce qui faisait dire à Virgile : OUima Thuie. On a dit longtemps que c'était l'Islande ou le Groûniand; mais ilest plus probable que c'est une des lies Shetland ou Feroë. — Virgile, Géorg. l,Tol. 3. — Tacite, Agr., c. 10. — Juvénal, 15, vol. 4

(Note du Tradur.lcur.)

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