CHAPITRE V
qui écrivit le premier en langue du Nord son histoire ancienne et modenic, nous laissant croire ainsi qu’il avait puisé pour la composition de l’Heimskringla dans les ouvrages d’Ari qui, presque tous, ont péri.
A6n de compléter ce résumé sur la littérature ancienne du Nord , il est nécessaire de faire remarquer que, dans l’intervalle qui s’écoula entre le règne de Valdemar I®’’ en Danemark , et l’introduction de la Réforme dans ce royaume , la littérature classique était cultivée par le clergé Danois , au préjudice de la langue du pays , qui , sous le règne de Valdemar II, commençait à former une langue distincte , assez semblable au vieux Scandinave par son vocabulaire et son idiome , mais complètement différcute par ses inflexions grammaticales. Dans , toutes les transactions publiques qui demandaient l’intervention de l’Eglise , elle était remplacée par le latin ; mais elle était encore la langue du peuple. Il s’opérait donc un changement sensible et proportionnel dans la langue originale , qui , avant l’èrc chrétieime, avait prévalu dans les trois royaumes du Nord. Plusieurs causes amenèrent cette corruption ; avec les tribus Slaves et les différentes branches Teutouiques de la race des (îoths , s’introduisirent dans le langage , des mots nouveaux et des formes nouvelles ; les expéditions successives en Wendland , en . Esthonie et en Saxland , et dans les autres parties du Continent ; les mariages de fusion entre les rois et les princesses étrangères, enfin la présence des troupes Germaines soit comme auxiliaires, soit-
comme ennemies , facilitèrent ce changement , et dépouillèrent le langage de sa forme primitive et nationale.
Disons encore que cette tendance était favorisée par rinfluence des moines et des missionnaires Chrétiens, dont les efforts constants cherchaient à effacer toute allusion au paganisme en faisant tomber en désuétude l’alphabet Runique, et enfin par les Skalds Islandais qui cessaient de fréquenter les cours de la Scandinavie. Valdemar II fut le dernier roi Danois qui entretint ces hôtes intéressants; leur harpe, désormais silencieuse , ne résonna plus dans les palais; et les chants des Minnesingers remplacèrent ces chants nationaux , dans lesquels ils inséi-aient toutes les glorieuses réminiscences du siècle héroïque de l’antique Danemark. L’action combinée de ces différentes causes produisit dans les dialectes populaires cette altération et cette diversité qui les caractérisent encore, et qui, au xiii® siècle, fornia une sorte d’état transitoire entre les langages anciens et les langages modernes de la Scandinavie.
La condition intellectuelle des hommes du Nord pendant la longue période qui s’écoula entre le règne de Canut-le-Grand et l’union de Calmar (1016-1412 ) est intimement liée avec l’état de la littérature en Islande. Les poètes et les historiens de cette région triste et glacée trouvaient dans la munificence des rois de Norivége un patronage plus libéi-al que celui qu’ils pouvaient espérer daus leur île écartée et plus pauvre. Par ces causes, la vieille langue Scandinave conserva dans cette contrée sa pureté et sou iden-