CHAPITRE VI
« Or, il arriva qu’Odiii envoya une expédition contre les Vanir, qui opposèrent à ses armes une résistance telle que le sort de la bataille resta incertain; mais les Yanir, se soumettant aux conditions de la paix proposée, donnèrent comme otages leur chef Njord-le-Riche et son fils Freyr. Les Æsir, de leur côté, envoyèrent Hœnir, homme bien fait, d’une jolie figure et d’une stature gigantesque , possédant, du reste, toutes les capacités nécessaires pour être un bon chef; on lui adjoignit comme compagnon un nommé Mi'mir , un homme sage. En retour , les Vanir donnèrent Kvasir ou Qvasir , le plus sage d’entre eux. A peine Hœnir fut-il arrivé à Vanaheimr, qu’il fut nommé chef, et Mi'mir devint l’oracle qu’ils consultaient dans toutes les questions difficiles soumises au conseil national. Mais les Vanir soupçonnèrent bientôt que les Æsir les avaient trompés dans l’échange. Ils s’emparèrent de Mi'mir, lui coupèrent la tête , et l’envoyèrent aux Æsir. Odin reçut la tête, l’embauma avec des herbes aromatiques, et composa pour elle une complainte magique, si bien qu’elle lui parlait et lui révélait maintes choses secrètes. Odin éleva Njord et Freyr à la dignité de pontifes , et ils devinrent Diar ou Drotluar chez les Æsir. La fille de Njord fut appelée Freya ; elle était prêtresse, présidait aux sacrifices et enseignait aux Æsir l’art de la magie, dans lequel les Vanir excellaient. A l’époque où Njord vivait chez les Vanir, il avait épousé sa propre sœur , mariage permis par leurs lois, mais prohilié chez les Æsir ; leurs enfants furent Freya et Freyr.
c II y a une chaîne de montagnes joignant le Nord-Est au Sud-Ouest, qui sépare la grande Svithjôd des autres royaumes; au Sud de cette chaîne est Tyrkland (Turkestan), où Odin avait de grandes propriétés. Â cette époque les Romains se répandaient sur le monde , subjuguaient les nations , et voyaient peuples et rois fuir devant leurs armes victorieuses. Mais Odin, prophète et magicien, savait qu’il y avait au Nord un refuge assuré pour lui et son peuple. Il établit donc ses frères Ve et Vile dans As-gârd , et luimême, accompagné des pontifes et d’une foule de partisans, se dirigea vers l’Ouest à travers la Gar> dariki (la Russie), et tournant au Sud, il arriva à Saxland ; il y établit quelques uns de ses nombreux enfants ; puis, travei*sant la mer, il marcha vers le Nord, choisit Odins-ey (l’ile de Fionie) pour sa résidence, et envoya une femme nommée Géfion découvrir de nouvelles contrées. Elle traversa le détroit du Sund, et arriva jusqu’au Roi Gylfe (en Suède) , qui lui accorda une parcelle de terre (1). Delà , elle se dirigea vers Jôtunheim (2), s’empara des quatre fils des Jotnar, qu’elle transforma en bœufs (c’est-à-dire en rennes), et s’en servit pour labourer, et séparer de la terre-ferme , vis-à-vis d’Odins-ey , la portion de terrain qui lui avait été allouée , et qui fut appelée Zélande. Elle y fixa sa résidence, épousa Skjôldr, un des fils d’Odin , et ils habitèrent Lédra. Cette terre est maintenant un lac ou une mer appelée Lôgur (aujour-
(1) Plogsland> Jugum Te^rœ.
(21) La Cwcnaland, décrite dans le 1*^' t liapiire , la province acluelle de ^orrland t en Suède, alors hubiiée par une tribu Finnoise.