‹ Histoire des peuples du NordChapitre 56 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

d’hui le Moelar, en Suède). Les baies et golfes de cette mer ont la môme forme que les caps et les promontoires de la Zélande. Ainsi chante Bragi-le- Vieux :

<< Blythe Gefion retira au riche Gylfe une portion de la « Suède dont elle augmenta le Danemark , si bien que les « animaux employés à ce partage écumaient de sueur. Les « bœufs merveilleux ayant quatre têtes et huit yeux, trai- « nèrent le lourd fragment de la terre , pour former l’ile « pacifique (1). »

« Mais lorsque Odin sut qu’il y avait une contrée fertile à l’Est de la teiTe de Gylfe, il se rendit auprès de lui, et lui proposa une alliance que le Roi accepta, sachant bien qu’il n’était pas assez puissant pour résister aux Æsir ; Odin et Gylfe employèrent l’im contre l’autre maintes ruses inventées par la magie; mais les Æsir sortirent toujours vainqueurs de ces luttes. Odin fixa sa résidence près du lac Lügur (la mer Mœlar en Suède), au vieux Sigtun, y construisit un grand temple, et offrit des sacrifices selon la coutume des Æsir. Il prit possession de la contrée voisine qu’il appela Sigtflii. Il assigna aux pontifes des lieux de résidence. Njordr habita Nôatun; F reyr, Upsala ; Heimdallr , Himiiibjürg ; Thor , Thriidvâng ; Balder, Breidablik : à tous il donna des habitations magnifiques.

< Lorsque Odin et ses compagnons arrivèrent dans le Nord, ils apprirent au peuple ces arts et ces mystères qui leur étaient inconnus. Mais quels moyens

(I) CcUp uUégoiic a élc poélïquemcnl paraphrasée par CEIcnsihlœgei dans son yordenS'Guder,

153 HISl'OIRE DES HOMMES DU NORD.

employa-t-il pour obtenir sur les autres hommes une influence et un pouvoir semblables? Nous allons le dire. Il était bien fait de sa personne, doux et affable pour ses amis, mais terrible pour ses ennemis, tant était grande sa facilité à composer son visage. Il connaissait aussi l’art de chanter des lais, et ses pontifes étaient appelés t Maîtres des Lais, » parce que les premiers ils introduisirent cet art dans le Nord. Il pouvait lire dans l’avenir, frapper ses ennemis de cécité, de surdité, de terreur panique, émousser le tranchant des armes offensives, tout en rendant ses soldats invincibles à l’aide de charmes magiques. Il pouvait à volonté , — son corps restant toujours en état de torpeur apparente , — se changer en oiseau, en bête, en poisson ou eu serpent, se transporter en un instant aux parties les plus éloignées de la terre, éteindre le feu, calmer la mer en furie, diriger le cours des vents et ressusciter les morts. Il avait un vaisseau merveilleux appelé Skidbladnir, assez large pour naviguer sur le grand Océan , et assez petit pour pouvoir se ployer comme une pièce d’étoffe, n connaissait l’art de la divination, et portait toujours avec lui la tête embaumée deMîmir (1), qu’il consultait pour connaître ce qui se passait dans les contrées les plus reculées. Il avait aussi deux corbeaux doués du don de la parole, qui portaient ses ordres dans les parties les plus éloignées de la terre. Il transmettait aux autres tous ces dons au moyen de Runes, de Lais, de chants magiques qu’il apprenait aux. prêtres et aux prêtresses. Odin et ses douze pon-

(1) Voyt: à l'Introduction, note 14.

Dio;î;z.id by Googic

CHAPITllE VI. i53

tifes furent plus lard déifiés et reçurent les honneurs divins.

< Odin établit, dans ses nouvelles possessions, les lois et coutumes des Æsir. Il ordonna que les corps seraient brûlés avec toutes les richesses des défunts, afin qu’ils puissent emporter avec eux au Valhatla tout ce dont ils avaient joui sur la terre; que les cendres seraient enterrées ou jetées dans la mer, et que des tombeaux seraient élevés à la mémoire de ceux dont la vie et les actions d’éclat les rendraient dignes de cet honneur, avec des monuments en pierre ( Bautasteinar ) pour les plus illustres. Il établit par an trois festivals solennels, dans lesquels on offrait des sacrifices : le premier, au commencement de l’hiver, pour avoir une année prospère; le second, au milieu de l’hiver, pour une saison abondante; et enfin, l’été, pour obtenir la victoire sur les ennemis. Dans toute la Svithjod (Suède), le peuple payait un tribut à Odin , pour qu’il protégeât le pays contre l’ennemi et offrît les sacrifices accoutumés. Cette Svithjod (celle du Nord) fut appelée Mannheim ; mais la plus grande (à l’Est) fut appelée Godheim (1).

« Mais il arriva qu’Odin mourut dans la Svithjod, et dans sa dernière maladie il ordonna que sou corps, soit traversé par une lance, afin d’attirer à lui tous ceux qui succomberaient dans les batailles, déclarant qu’il allait h Godheim préparer une joyeuse demeure pour ses amis. Les Sviar sont persuadés qu’il

(t) YngliiigaSaga , cap. I-VIll.

est retourné h As-gârd pour y jouir de la vie éternelle. Depuis lors, les hommes continuent à croire à Odin, et à lui offrir des sacrifices. Il apparaît souvent aux Sviar, disent-ils, surtout la veille des grandes batailles. A ceux-ci il promet la victoire, à ceux-là une brillante réception dans son palais; tous regardent leur lot comme très-heureux. Après sa mort, 0(bn fut placé sur un bûcher funéi’aire, et brûlé avec une gi-ande pompe. A cette époque, les hommes croyaient que plus la flamme du bûcher montait dans les airs, plus la demeure des morts dans le ciel semit élevée, et que plus on brûlait de richesses avec le corps , plus riche on se trouverait dans le ciel (1)

Il est évident qu’une grande partie de ce récit repose sur des fictions mythiques et poétiques accréditées dans l’ancien Nord, — dont on essaya de former un tout, pour le faire eoncorder avec les traditions del’époque, — comprenant l’émigration del’Odin historique et ses institutions politiques et religieuses qui subsistèrent en Scandinavie jusqu’à l’introduction du Christianisme (2). Ainsi les Æsir sont en môme temps les Dieux de la nouvelle religion introduite par Odin, et sur terre , ses compagnons et suivants forment la tribu des Ases ou Aso-Goths de la rivière Tanais. En mythologie , As-gârd ou Godheim est leur demeure céleste, d’où ils descendent sur la terre (Mannheim ou Su<?de) pour se mêler au fils des

(1) Ynglinga Saga, cap. X.

(2) r. E. Müilcr, Criliske UndersôgeUc al Daiimarks og Nuigcs Sagiiliisloric, eic., p. 2t9.

Page 1