CHAPITRE VI
hommes, et dans l’histoire c’est la demeure primitive d’Odin et de son peuple sur le Tanais. Odin est la Divinité snprême, le père des Dieux et des hommes; par lui, ils acquièrent la connaissance de toutes les choses divines et humaines ; il devient incarné dans la personne de son prophète du môme nom, qui convertit à sa religion les grossiers habitants du Nord; les Vanîr sont les Russes; en fiction, les Jotnar sont les démons ennemis des hommes et des Divinités bienfaisantes; — en réalité, les aborigènes de la Scandinavie qui, chassés par les nouveaux colons, et fougueux fanatiques de leur vieille croyance, devinrent les ennemis implacables de la religion naissante. La légende, racontant la manière miraculeuse dont la Zélande fut séparée de la terre-ferme ou apportée de l’Upland, fait allusion à quelque vieille tradition relative à la formation géologique de cette belle île par des causes naturelles, ou en réalité à la cession historique faite par Gylfe, afin d’éviter une guerre avec les Æsir ; et le merveilleux vaisseau d’Odin, appelé Skidbladnir , est le même dont on trouve la description dans l’Edda en prose, où Gaugler, intenogeant un des Génies sur le navire des Dieux dont ils venaient de parler, en reçoit cette réponse: « De tous les vaisseaux des Dieux, Skidblad- « nir est le meilleur et le pins singulièrement con- « struit ; mais le Naglfar (1) en est le plus grand. Le « premier fut construit par des Nains qui en firent « hommage à Freyr ; il est si grand qu’il peut conte-
(I) Voyez à rinlroducliuii, note 52.
156 HISTOIRE DES HOMMES DO NORD, c nir tous les Dieux revêtus de leurs armures. A « peine les voiles sont-elles déployées , qu’il s’élève < un vent fevorable qui dirige le navire où il doit * aller ; et lorsqu’on est arrivé au terme du voyage € (c’est ici qu’est le merveilleux de la construction), « il se démonte et peut se serrer dans la poche. — « C’est, par ma foi , un navire bien curieux , » répliqua Gangler, « et il a fallu pour le construire beauf coup de science et de magie (1). »
Telles sont en résumé les fictions poétiques qui enrichirent les traditions historiques , à l’égard des émigrations d’Odin et de ses suivants qui partirent de l’Orient pour s’établir dans la Péninsule Scandinave ; mais ces traditions peuvent aussi prétendre à une origine qui leur soit propre , car elles dérivent d’une source qui leur est spéciale. Elles avaient toujours prévalu dans l’ancien Nord : leur existence est, en effet, constatée par les écrivains Normands et de la Lombardiedu Midi de l’Europe dans le moyen âge, dans leurs allusions à ces mêmes traditions, — qu’ils ont toujours confondues avec cette vieille légende , attribuant aux Troyens (2) l’origine des hommes du Nord, — et, bien plus encore, par la preuve évidente de sa vieille mythologie et du langage Scandinave révé-
(1) l.e professeur Rask, dans son commentaire sur les voyages d'Ollicr el (le \Vull8taii , suppose qu'il est question d'un d(^ ces bateaux légers ou vaisseaux des Cwenas, portés par eux h travers les terres dans leurs combats avec les hommes du Nord , et qui était construit par les Nains (Cwenas) et non pat les Divinités (Æsir).
(2) Ainsi dans le Homan de Rou , l'origine des Danois est attribuée à une émigration des Troyens, qui, échappés aux fureurs des Grecs et stms la conduite de DaiKitis (d’où vient le nom), s'établirent dans la contrée appelée plus lard Danemark.