CHAPITRE VI
établis SOUS le règne de Gustave^Adolphe, et auxquels on a récemment adjoint un troisième i>our les provinces de la Scaiiie et de Bleking.
Un des documents anciens qui jettent le plus de lumière sur l’histoire de l’âge héroïque du Nord est le poème Eddaïque le plus i-écemment publié, appelé Rigs-mâl. Le prince de ce nom était, dit-on, le fils de Skjold, et, d’après la chronologie deSuhm, régnait en Scanie ver» la fin du second siècle de l’ère Chrétienne (1). Ce poème contient une classification minutieuse et méthodiipic des différents ordres de la société , personnifiés dans les enfants du roi Rig, qui les divisa en castes distinctes , assignant à chacune son rang et sa hiérarchie dans l’échelle sociale. Sous le point de vue littéraire, il ressemble par la simplicité Homérique des incidents et la facilité du style, au poème Anglo-Saxon de Bjowulf et à tous les autres poèmes ou romans purement traditionnels des nations barbares. Sous ce rapport, il passe à juste titre pour un des poèmes les plus curieux et des plus intéressants, comme peinture des mœurs, qui ait été recueilli par la postérité (2). Les conséquences de la première émigration des Goths et de leurs conquêtes en Scandinavie y sont bien distinctement indiquées sous les traits de la caste esclave descendue des premiers habitants (les Finni), et distinguée de ses conquérants autant par sa chevelure noire et son teint que par la pauvreté et la misère
(t) Suhm, His(. af Danmark, t. I, p. 81. — Criliske Hislorie, t. VU , p. 474.
(3) Jameison’s llluslrations ot Northern Anliquilies, p. 444.
Dlcjlili;:-; hy GoOglc
dans laquelle elle croupissait. La caste des hommes libres et des propriétaires tenanciers , possesseurs du sol qu’ils cultivaient, descendant des conquérants Goüis, — avec leurs cheveux rouges et leur belle stature, tous les types enfin qui caractérisent cette race fameuse, — est en quelque sorte personnifiée dans la description minutieuse et complète d’une seule famille. Puis vient la caste des Jarls illustres et des Herser, comtes et barons, d’où descend la race des rois , versée dans la science Runique , dans les exercices du corps et dans l’art militaire , et qui se distinguait des autres par sa chevelure soignée et la noblesse de ses manières.
Nous y trouvons un abrégé de l’histoire ancienne de la Scandinavie, dont la véracité est confirmée par toutes les traditions de rancien Nord, au sujet des différentes races d’hommes qui occupèrent successivement la contrée (1). Les première émigrants Goths subjuguèrent les tribus Celto-Finni , qui habitaient primitivement ce territoire ; ils devinrent esclaves ou furent abandonnés dans les montagnes et les déserts de Norrland , de la Laponie et de la Finlande. Là les Jôtnar, comme les appelaient leurs vainqueure, continuèrent la stupide superstition de leurs ancêtres, — cette espèce de polythéisme, appelée Fétichisme, ou adoration des bêtes, des oiseaux, des troncs d’arbres, des pierres et de toutes les oeuvres animées ou inanimées de la création. L’antipathie et la haine qui divisaient ces deux races, auxquelles font si souvent
(l) F. Mugiiùsco, Edda Sirmuiicii , t. IH Rigs-tnàl, liilroüiiclion^
pp. 147-169. — Gcijcr, S*ea Rikes Hâfder, i. I, pp. 186-195.
rUAl'lTKE Vt.
allusion les chants et les Sagas de lïige fabuleux et héroïque , sont énergiquement camctérisées dans la légende de Njôrdr , né sur les bords de la mer , et de Skade, sa femme, nymphe des montagnes, issue de la race rivale des Jotnar. Elle préfère habiter les hautes montagnes , berceau de son enfance, tandis que son mari prétend habiter la plaine, « d’où il peut entendre le bruit de la mer en courroux. » Pour mettre finit cette discussion matrimoniale, ils transigent et conviennent de passer alternativement neuf nuits sur les montagnes et trois sur les bords de la mer. Mais , fatigué bientôt de cet arrangement, Njordr déplore bientôt son mécontentement dans une complainte composée à cet effet: « Combien je hais les hautes < montagnes ; je n’y ai passé que neuf nuits , mais « qu’elles m’ont paru longues et monotones ! Là, on « n’entend que le hurlement des loups, au lieu des € accords si doux des cygnes. » Sa femme improvise cette réponse : « Puis-je rester sur les bords sablon- € neux de la mer, où mon repos est troublé chaque « matin par les cris hideux des mouettes? » La conclusiou est qu’elle abandonna son mari et retourna aux montagnes qu’habitait son père , où , saisissant son arc et fendant les glaces avec des patins, elle gravissait les rochers à la poursuite des bêtes féroces (1).
Les Sviar qui émigrèrent avec l’Odin historique complétèrent facilement la conquête commencée par leurs compatriotes de la tribu des Goths. Odin et ses
(1) Voyez l'Etkla en prose, publié par le professeur Rask; Slokbolm, 1818, ch. XXIII. Mais Snorre dans son Ynylingaiaga , ch. lX,dil quelle épousa plus tard Odin et qu’elle en eut beaucoup d’enfants.
162 niSTOIRE DES HOMMES DE NORD.
compagnons prirent bientôt et surent conserver un grand ascendant sur leurs prédécesseurs, par la superstition et la supériorité qu’on leur attribuait dans l’art de la magie, moyens qui captivaient la confiance et justifiaient les craintes d’une nation barbare. La vieille religion des premiers habitants et celle de leurs conquérants fut modifiée par ce nouveau prophète. Exploitant luibilement cette doctrine qui admettait la transmigration des âmes et l’incarnation des esprits divins, croyance si répandue chez les anciens peuples de la terre, il prétendit être le premier Odin qui était déjà descendu au milieu de son peuple. Son culte supplanta bien vite celui de l’Odin primitif, et les attributs, les faits et gestes des deux Odin se confondirent insensiblement dans l’esprit des Scandinaves. Mais il ne put jamais faire oublier le culte de Thor, que le peuple primitif du Nord regardait comme le plus ancien des Dieux ; en lui, ils adoraient les éléments bienfaisants de la nature, la lumière, la chaleur et surtout le tonnerre qui ébranlait le monde et purifiait l’atmosphère. Cette Divinité était surtout adorée en Norwége comme elle le fut plus tard en Islande après sa découverte et sa colonisation ; elle conserva son rang d’égale aux autres Dieux supérieurs , même dans le grand temple d’Upsala , siège principal de la superstition du Nord. Scs partisans formaient une secte distincte, souvent engagée dans des querelles sanglantes avec les adorateurs pai ticuliersd’Odin. La Divinité qui occupait le second rang dans la hiérarchie religieuse de la Scandinavie, était Freyer, qui représentait les pouvoirs féconds de la
Digilized by