‹ Histoire des peuples du NordChapitre 60 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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nature, et qui se partageait avec sa sœurFreya, — la Vénus de cette mythologie, — l’adoration presque générale de la Suède, de la Norwége et de l’Islande ; tandis qu’Odin et son fils Balder étaient adorés à Upsala et à Ledra, comme les Dieux nationaux particuliers aux Danois et aux Sviar Goths. La religion du Nord, ainsi modifiée par cette nouvelle Trinité, comprenant l’adoration réunie de Thor, d’Odin et de Freyer, a une grande ressemblance avec les trois principes du Schamanisme, religion professée par les adorateurs de Lama-Dalaï dans l’Asie centrale. Cette ressemblance fait mieux ressortir son origine ; et la filiation des symboles et des formes religieuses, combinée avec celle du langage, permet de suivre les traces du peuple actuel du Nord jusqu’aux régions les plus éloignées de l’Est (1).

Les cérémonies primitives de cette religion s’accomplissaient en plein air , — sur de hautes montagnes, — au milieu de la majestueuse solennité des forêts vierges ou dans les îles solitaires qui s'élèvent au milieu des lacs silencieux. Cette simfile et sublime adoration dans des temples € qui n’étaient pas l’ouvrage de l’homme, » fut modifiée plus tard et remplacée par des rites religieux , célébrés sous des constructions en bois et eu pierres , avec un appareil qui rappelait la pompe et la splendeur Asiatiques. On offrit des sacrifices, on institua des festivals à des époques fixes, dans lesquels le peuple, oubliant pour un instant ses querelles et ses travaux, s’unissait pour célébrer le retour attendu du prin-

(1) Müiiter , Kirchengeschichlc , l. I , pp. 68-95.

temps , et le renouvellement des fonctions de la nature au solstice de l’hiver ; ou bien on célébrait les mystères de la mort de Balder, qui représentait nonseulement les changements de saisons , mais les époques successives de l’histoire morale de l’homme et des autres êtres de la création. Malheureusement ces festivals et ces sacrifices ne furent pas toujours d’un caractère innocent et pacifique. La, comme ailleurs, l’homme offrait en holocauste un autre homme , — son parent , — son frère, — pour apaiser la colère de leur Père et Créateur commun. Les tribus ennemies sacrifiaient les prisonniers faits h la guerre, sacrifices qui leur promettaient des victoires futures; les parents immolaient leurs enfants , pour se ménager une longue vie etune santé constante; les sujets massacraient leurs rois , pour éviter les famines , les pestes ou les guerres désastreuses (1). Cette superstition, bien que gi’ossière et sanglante , avait ses prêtres et ses prêtresses , ses oracles et ses mystères , ses augures et ses prédictions tirées du vol des oiseaux , du son du tonnerre et de l’inspection des entrailles des victimes égorgées. Elle étendait son influence sur toutes les actions de la vie bumaine, et prenait l’homme au berceau. L’enfant qui venait de naître, si ses parents lui permettaient de vivre, était arrosé d’eau , et garanti par des charmes magiques contre tout péril à venir. Le chef d'une naissance illustre était initié dès son bas âge à la science sacrée de l’écriture Runique et à la connaissance des anciens Lais , comme aux excr-

(I) IHüiiler, Kirchengescliichlc , cIc. , t. I, pp. 134.14i. — Müller, S;ig.ibibliothck , l. III , p. 93.

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cices de la chasse et au privilège de la royauté, en y comprenant l’usage des armes. Chaque Roi était pontife de son peuple , chaque Jarl prêtre de sa tribu. Un des devoirs les plus importants, une des fonctions les plus sacrées de ces chefs, était d’offrir les sacrifices aux époques accoutumées dans les grands temples de leurs districts respectifs, pour obtenir des saisons fructueuses , la continuation de la paix , ou, en temps de guerre, la victoire sur les ennemis. La religion se trouvait ainsi toujours mêlée aux affaires publiques de la nation (I).

Si nous poursuivons l’examen de ces légendes traditionnelles , qui sont notre seul guide dans ce laby.rinthe d’obscurité et de fictions, nous voyons qu’Odin nomma Heimdallr, un de scs suivants, chef de la Scanie, le siège primitif des premiers Danois. Les Ynlings, qui régnèrent si longtemps en Suède et en Norwége, descendent de l’un des fils d’Odin. Un autre de ses fils , Skjüld , conduisit une colonie de Goths dans la Seelande, et établit à Lédra le siège d’un royaume indépendant. C’est de lui que descendirent les Skjôldungs, cette race de Rois qui tint si longtemps le sceptre du Danemark. Enfin Odin établit son fils Balder vice-roi des Angles, dans la partie septentrionale de la Chersonèse Cimbrique ; c’est par suite de cette circonstance que les rois Anglo-Saxons ont fait remonter leur origine jusqu’à Odin ou Wodan (2).

(1) Snorre, Saga Hakoiiar Goile, cap. XVl.

(i) Suhms Gcschichic, von WrrlaulT, p. 4. — Gi œlors Suhm , p. V>, — Chron. Sax. Ed. Gibbon, Oxon, 1692, i>.^13. • — Bcda Vcii, , lib. I, cap. 15.

DiQÎÎp£.Kl CjOO^Ic

Nor , un chef descendu de l’ancienne famille Finnoise des Fornjoter, s’établit à Droutheim ; il subjugua la contrée environnante , à laquelle il donna le nom de Norwége. Mais le vieux recueil qui contient celte légende, appelé Fundinn iVorcgrr (Noi-wége découverte), n’a aucune valeur comme document historique ; ce n’est qu’une allégorie, inventée pour donner du relief à l’origine des anciens rois de Norwége. Nor est un personnage mythique et nullement historique , et loin d’avoir donné son nom à la Norwége, il a tiré te sien de cette contrée , dont il est une personnification (1). Rien ne prouve qu’une portion considérable de la Norwége ait été réunie sous un seul Roi avant Harald-Haarfager, qui le premier rassembla en une même nation les différentes tribus qui la composaient, en subjuguant et réduisant les petits rois au titre de vassal.

{Période de 500 à 400). Dan Mykillati, roi de Scanie , descendant de Heimdallr , épousa Olufa , fille d’Olaf , roi de Seelande , le sixième descendant de Skjôld. Son premier soin fut de réunir les plus petits Etats de la Scanie, de la Seelande et d’autres îles de cet archipel. R passe aussi pour avoir donné à toute la contrée le nom national de Danemark, et c’est probablement la véritable étymologie de ce nom. D’autres le font dériver de ce que les contrées du Nord étaient jadis divisées d’après leur situation naturelle et géographique, en îles et en continents; les premières appelées Reid-gotaland, et les seconds

(1) Goijer, t. I , pp. 460-412.

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Ey-gotaland ; et la tribu des Goths établie eu Scanie était appelée Daiiskir ou Dauir, parce qu’elle habitait la terre plate située entre les montagnes et la mer (1).

Après avoir rapporté la légende d’Odin, telle que nous venons de la lire, V YnglingaSaga donne l’iiistoire de la dynastie de ce nom en Suède, pendant les sept premiers siècles de l’Ere Chrétienne. Les premiers rois de cette race furent des Dieux ou demi- Dieux. A ces Divinités succédèrent des rois, simples mortels, dont l’histoire est enveloppée de la môme obscurité que celle de leurs prédécesseurs. Vers la première partie du viii® siècle, cette race de princes pontifes s’éteignit dans la personne de Ingald-Illrâde. Ce monarque donna sa hile Asa en maiiage à Gudrôd, un roi Goth de la Scanie : elle fit assassiner son frère Halfdan 111, par son mari, et après avoir tué celuici, elle se réfugia en Suède auprès de son père. Halfdan laissait un fils, Ivar-Vidfadme, qui, après la mort de son oncle Gudrôd, envahit la Suède à la tête d’une armée puissante, et subjugua la contrée.

l’approche de son ennemi , Ingdld-Illrâde réunit tous ses courtisans dans une grande fête, et, reconnaissant que la fuite ou la résistance étaient désormais impossibles, il prit la résolution désespérée de mettre le feu au palais, et périt ainsi dans les flammes avec sa fille et toute sa noblesse (2).

Le Saga raconte ensuite « comment Ivar-Vidfame

(1) Grœters Suhm , 1. 1 , p. 70. — Geijer, Svea Rikes Uâtcier, l. I, p. 125. — Siiorra-Edda , Ed. Rask , pp. 116, 195.

(?) YiilingaSaga , cap. XUU, XLIV.— Geijer, l. Il, pp. 452-519.

« conquit toute la Suède (allt Sviaveldi) pour la € réunir au Danemark ( allt Danaveldi), et une c grande partie du Saxland, toute la terre de l’Est « et la cinquième partie de l’Angleterre. C’est donc « de lui que descendent les rois de Danemark et de t Suède (1). »

La partie de l’Angleterre ainsi soumise par Ivar- Vidfame , est indiquée d’une manière plus explicite dans le Hervarar-Saga comme étant la Nortliumbrie(2), qui échut en partage à Harald-Hyltedand , petit-fils d’Ivar. Les annales Anglo-Saxonnes ne font aucune mention de ces conquêtes primitives des hommes du Nord ; mais comme elles se taisent génémlement sur ce qui se passait dans le Nord de l’Angleterre à cette époque, ce silence ne détruit pas la confiance à accorder à ces récits de l’Islande.

Depuis Dan Mykillati jusqu’à Ivar-Vidfame , les petits États de la Scanie et de la Seelande furent toujours réunis sous le même sceptre, sauf quelques rares exceptions. Mais le Jutland ne formait pas, à cette époque, une partie de la monarchie Danoise, et nous aurions sur l’état de la société des notions fort inexactes si nous y rattachions les idées modernes de force, d'unité et de solidité. Non-seulement le pouvoir des Rois était singulièrement restreint, comme celui des Rois de rancienne Grèce de l’âge

(1) Yniiiiga'Sagaj cap. XLV.

(2) Norüiumhriens } hommes du Nord de l’Humbcr, hommes de Detfr , hommes de Brynich t ou , suivant l'orthographe latine, Northumbriens , Deiriens , Borniciens. Nordmn-hymbramnm ; en latin, fsordanhymbri ^ Northumbri. (A. Thierry, Conq. , l. I, p. 51. ) {biote du Traducteur.)

CnAI'ITUE VI.

héfoique ou des chefs Germains (1; décrits par Tacite , qui devaient cette préférence — plutôt aux qualités personnelles qui captivent l’imagination ou attirent la faveur d’un peuple barbare , — qu’à une règle de politique fixe et déterminée ; mais il y avait grand nombre de chefs inférieurs qui réclamaient le nom de Roi et certaines prérogatives attachées à ce titre. Là il y avait de petits Rois (Sma-konongar ou Fylke-konongar), Rois de Mer, Rois des Iles et Rois des Caps : — ces derniers, hardis pirates, s’abritant derrière les promontoires et s’élançant du fond de ces retraites pour surprendre et piller les vaisseaux sans défense (2). Les derniers Rois qui régnèrent à Lédra étaient en guerre continuelle avec les Ynlings de Suède et les petits Rois de Jutland ; et l’on croit que le poëme Anglo-Saxon de Bjüwulf, ce monument littéraire si curieux, se rapporte aux diverses phases de ces guerres nombreuses ; mais cette supposition repose sans doute sur l’erreur qui a fait

(1) Duces ex vilulcs summum.... Duces cxtmiplo poUus quam imperio ,

si prompli , st conspicui, si auto acicm agaiil» admirulione pra-sui.l. Tacite , de Morib. Gerra. 7. (A’o/e du Traducteur.)

(2) Le mol Kimj t roi (en anglo-saxon, Cyttitiff; en islandais, Kouùnyr)t

C8l dérivé de Tislandais A'om*, jeune homme, héros , au moyen de la lerminaison dérivée ou liée de comme dans Skjôldüugrf de Skjoldr, etc.;

la syllabe correspondanlc en Anglo-Saxon étant ing comme dans Wôdeuing, Sccajitig , etc. Le professeur F. Magm'isen, dans le vocabulaire du 2* volume de l'Edda de Soemund, s'est rapporlé à plusieurs expressions correspondantes des langues étrangères éclaircissant celle étymologie , comme le gallois Cûn, qui attire ou conduit, un chef, dont est formé Cuniad t Cuuiedyz avec les racines dérivées »‘omme celles ci-dessus. Ainsi dans la langtie Tarlaro , khan ( princeps ), en aspirant kh , ressemble au mol alleluanitpie chunitig. L’autre mol larLire Khàgàu , empereur , peut être comparé au vieux nom des Scaiulinaves haknu ou Hà Aonr, d’une haute naissance, c’esl-à dire, prince, seigneur.

confondre les Jutes, tribu desGoths, avec les Jdtnar ou habitants pnmitifs de la Scandinavie, et on en a conclu , toujours à tort , qu’ils étaient méprisés par les derniers colons Goths des îles Danoises, qui les regardaient < comme des mauvais Géants issus de la race de Gain , exilée du ciel par suite du péché de leurs ancêtres ; » mais en fait, ces hostilités existèrent si peu entre les habitants des îles et du continent Gothland (et le Jutland faisait partie de ce dernier), que l’on voit dans les vieilles chroniques Danoises les Jutes imploiTuit l’assistance de l’un des plus anciens roi de Lédra (Dan), contre les tribus Teuloniques, et l’expédition ayant réussi. Dan lut nommé à Tunanimité roi de Jutland à Danelyng, près de Viborg. Le poëme de Bjôwulf est probablement une traduction ou rijaccimento de quelque vieux Lai, écrit primitivement dans l’ancienne langue Danoise. 11 contient peut-être quelques vérités historiques dont les faits ont été mêlés aux fictions poétiques du genre le plus sauvage et le plus romantique. Ce poëme héroïque renferme des peintures saisissantes de la vie réelle et des mœurs et coutumes. Comme recueil d’idées anciennes, de coutumes et d’institutions , il est beaucoup plus instructif (jue l’histoire la plus détaillée et la plus complète des événements particuliers , renseignements que nous chercherions vainement à extraire des traditions confuses d’un siècle illettré. Le seul manuscrit qui existe du plus vieux poëme épique de l’Europe moderne, forme une partie de la collection Cottonienne et est maintenant déposé à la Bibliothèque de Londres. Il a été

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