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CHAPITRE VII

Expéditions maritimes des Scandinaves dans leSnd de l’Europe. — Leurs causes. — Esprit de liberté et d’aventure. — Rois de Mer. — Religion. — Champions et Bersœrker. — Amazones ^ ou Skjôld-meyar. — Art de construire les navires. — Bataille de Bravalla. — Premières incursions en Ecosse, aux Orcades , aux Hébrides et en Islande. — Invasions de l’Angleterre. — Saga de Ragnar Lodbrok. — Son chant de Mort.

Différentes causes, au dire des historiens, engendrèrent ces expéditions maritinnes des Scandinaves , qui désolèrent si longtemps les côtes de l’Europe Méridionale avant la conversion du Nord au Christianisme. Ce fut surtout cet amour d’indépendance et de liberté, — cet esprit d’aventure , cette passion de vagabondage et cette ardeur du pillage, — qui marquent d’un trait distinctif le caractère de toutes les nations maritimes, à l’enfance de la civilisation. Dans l'àge héroïque du Nord, le métier de pirate était permis, honorable même. A ces causes produites par ce besoin d’action qui influa si puissamment sur les Barbares, et qui détermina de bonne heure les hommes du Nord à quitter leurs foyers domestiques pour roder sur les mers, vint se joindre encore cet usage, qui bientôt prit force de loi , de chasser périodiquement

CIIAPlTnE VII.

(le la ('ontrée une partie de la nation ; les moyens d’existence trop restreints, par suite de l’accroissement de la population, rendaient cette mesure nécessaire. Ils ne consistaient , eu effet , que dans la chasse et la pêche , — dans l’habitude de manger la chair du cheval, — dans l’exposition deseufants, coutume eni-acince depuis longtemps, et sanctionnée par la religion qui prétextait la pauvreté et la misère de ce peuple sauvage. Nous en trouvons la preuve dans les chroniques Normandes de France, mentionnant une vieille coutume en usage dans le Nord , qui rendait les fils aînés seuls héritiers des propriétés de leur père, et imposait aux cadets l’obligation de chercher fortune au-delà des mers. Si l’on en croit Robert Waee , poète Normand, lorsqu’un homme avait plusieurs fils, on tirait au sort celui d’entre eux (pii devait hériter, et les autres étaient forcés de chercher dans l’exil leurs moyens d’existence.

« Costume fut jadis longtemps En Dannemarch entre paiens ; Quant homme avoit plusors enfanz Et il les avoit norriz granz ,

L’un des (ils retenoit par sort ,

Qui ert son her après sa mort,

Et cil sor qui le sort tornoit ,

En autre terre s’en aloit (1). »

N’oublions pas, cependant (car ceci est un fait remarquable), que nous ne saurions trouver dans aucuns Sagas , ni dans les anciens chants historiques

(I) Roman de Rou , Ed. llrŒndstcdi , p. 60.

(lu Nord, des traces d’une coutume ou d’une loi semblable (1). Mais il ne s’en suit pas de là qu’elles n’aiont pas existé. Les lois n’étaient conservées que par la tradition orale ; elles étaient discutées en plein air, dans les assemblées publiques, avec le consentement du peuple ; puis, dans les mêmes assemblées les vieillards, « hommes sages, » prononçaient souverainement selon les anciennes coutumes , dont ils étaient les fidèles dépositaires, et qu’ils transmettaient de génération en génération. On ne les confia à l’écriture (pie longtemps après l’introduction du Christianisme. Or, à cette épo(pie, l’émigration avait cessée ; on ne peut donc trouver aucune trace du sort réservé aux enfants cadets, bien que la loi de primogéniture, (piant à l’héritage de la propriété foncière, fût définitivement établie, du moins en Norwége (2). Les nations Scandinaves, comme les tribus de la Grèce dans son âge héroïque , étaient séparées en petits États : chacun avait son chef ou son Roi ; tous étaient engagés dans des guerres fréquentes et terribles , résultat de (jnerelles héréditaires. Ce titre de Roi , d’abord électif, devint peu à peu héréditaire. Quelquefois la succession était divisée ; les plus jeunes des enfants gardaient le titre de Roi et devenaient écumeurs de mer; d’autres ayant deux fils ordonnaient qu’ils régneraient alternativement pendant un temps donné : celui-ci sur mer, celui-là sur terre. Ce titre d’écumeur de mer fut bientôt ambitionné par les princes et les grands ; il était même le complément le plus glorieux

(1) Roman de Rou, Ed. Pluquet, t. I, p. tO, note.

(2) Bepping, Hisl. des Normands, l. I , p. 22.

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