CHAPITRE VII
et le plus bel ornement de leur noblesse ; il brillait de tout l’éclat de la chevalerie. Les cadets des Rois et des Jarls qui n’avaient d’autre héritage que l’Océan , réunissaient naturellement sous leurs étendards la jeunesse également déshéritée des ordres inférieurs. Ainsi se trouvait lancée sur les flots la meilleure et la plus bi-ave partie de la nation ; cet usage devint si général , que du temps de Ragnar Lodbrok , le nombre des Danois qui rôdaient sur les mers dépassait de beaucoup le chiffre de ceux qui restaient sur terre ; en sorte que, disait un de leurs historiens, ils ressemblaient à une nation de marins , loiijoui's revêtus de leurs habits de matelot, afin « d’être prêts à s’embarquer au premier signal ; » et les chefs auxquels leur position imposait ce genre de vie étaient désignés dans les Sagas par le titre spécial de Rois de mer (1), « et ils sont bien appelés Rois de mer, » dit l’auteur de l’Ynlinga-Saga, « ceux qui n’ont jamais dormi sous un toit de planches et qui n’ont jamais vidé la coupe près d’un foyer abrité » (2).
II est donc facile de concevoir que la réunion de toutes ces circonstances devait nécessairement entraîner le caractère national vers les entreprises ma-
(1) Rois de mer. Roi, A'ow/ , Kotiuiig, Kcrnig, Konitig, King; en latin,
Rex, Reclor, Duc, Ductor, Prœfectus, Consul, Cenlurio, Clief en général; le premier d'entre les capitaines portait quelquefois le titre de A'on^okong , chef dcseliefs, rois des rois. Il lie. Gloss, Suieo-Golliic. — A. Th., t. I, p. 127. — Allen on lhe Royal Prérogative, ma Iradiietion , p. 185 (note C.) Roi de mer, Sœ-Kong, Her-Kong , Sœ-konung , Her konung , Seeking , Ucre-king, — A. Th., I. I, p. 127. (Note du Traducteur)
(2) Ynlinga-Saga , cap. XXXIV. — Depping, t. I, pp. 30-31, — Snorre
Ueimskringla , t. I. (Note du Traducteur.)
178 msToniE des hommes du noud.
ritimes, et le stimuler par le désir d’un renom . d’un éclat, d'une puissance, que les relations pacifiques du commerce ne procuraient jamais qu’imparfaitement. Mais ces professions se mêlèrent quelquefois, et il n’était pas inre de trouver dans le même individu l’union étrange et incompatible en apparence , d’un Roi, d’un marchand et d’un pirate. Ainsi, nous lisons dans le Saga d’Egill Skallagrimson, que Kveldulf, l’aïeul d’Egill, était un chef riche et puissant dans la province appelée aujourd^ui Bergens Still , tandis qu’Harald-Haarfager marquait sa carrière militaire par ses conquêtes dans cette partie de la Norwége. Kveldulf avait deux fils, Thorolf et Grim. Résistant pour lui-même aux sollicitations du roiHarald de se rendre à sa cour, et de devenir un de ses vassaux , il envoya à sa place son fils Thorolf. Favorablement accueilli par le Roi, il se distingua bientôt comme un des champions d’Harald à la bataille d’Hafurfsjord , qui mit fin aux contestations ^relatives à la souveraineté de la Norwége. Plus tard il épousa l’opulente veuve d’un de ses compagnons d’armes , et devint riche et puissant dans les parties septentrionales qu’il habitait. Il fiit ensuite envoyé par Harald pour recueillir le tribut annuel de peaux et de pelleteries, dû par les Finnois aux Rois de Norwége. Il était généreux et magnifique dans l’hospitalité qu’il accordait , et Harald étant venu visiter , un été , Halgoland, avec une suite de trois cents partisans, Thorolf, escorté de cinq cents hommes d’armes, accompagna le Roi et le traita somptueusement pendant plusieurs jours. A son départ , Thorolf lui présenta un grand vaisseau
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