‹ Histoire des peuples du NordChapitre 65 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

nités nationales. Le roi Olaf-le-Sainl demandait à l'un d’eux , qui s’offrait pour entrer à son service militaire, de quelle religion il était. — «Mon frère d’armes et moi, lui répondit Gau thakon , nous ne sommes ni Chrétiens ni Païens ; nous ne croyons à rien qu’à la bonté de nos armes et à notre courage pour vaincre nos ennemis, et nous nous en sommes toujours contentés , car ils ne nous ont jamais fait défaut. » Nous trouvons aussi dans le Saga d’Olaf ïryggvason la réponse d’un autre de ces héros: « Je n’ai pas foi dans vos idoles ; j’ai souvent rencontré des géants et des mauvais esprits , ils n’ont jamais pu l’emporter sur moi. Je n’ai conhance que dans ma force et mon courage . (1).

Cet amour exalté d’indépendance et de liberté nationale, qui est un trait distinctif du caractère des Barbares , contribua à entretenir ces sentiments d’orgueil, que vinrent en outre alimenter les chants improvisés ou récités par les Skalds, pour célébrer la gloire de leurs exploits ou rappeler les hauts faits d’armes de leui-s ancêtres. Les Rois et les autres chefs étaient escortés de Champions (2) dévoués à leur fortune, dont l’avancement et la richesse dépendaient de leur faveur et de leur caprice. Quelquefois il s’emparait

(1) Deppiog,!. I, pp. 30*36. — MûiiUt, Kirchcngoschiclile von Dœuemürk und Norwegen, i I, p. 172.

(2) Champion (en Allemand» Kampfer; en Danois , hampe ou Kamper

ou Kampvegter; en Islandais, Kappi; en Arm.» Catnpyon; en Espagnol , Campeon; en Porlugais» Campaem ou Cainpian ; en Italien» Campiou). Dans presque tous les dialectes Teutoniques » Camp ou Kamp signifie un combat, dans quelques autres un camp. En Saxon, Campa » camp ou combat; Cempa, soldat, guerrier, gladiateur; en langue Galloise, Camp, une action d’éclat ou d*adrcsse {Noie du Traducieur),

d’eux une espèce de frénésie, furor Martis , produit d’une imagination exaltée par les images de la guerre et les rêves de la gloire , peut-être aussi par ces boissons et ces liqueurs enivrantes dont abusait le peuple du Nord , comme toutes les tribus barbares. Sous l’étreinte de cette fureur, ils se livraient aux actions les plus extravagantes et les plus dangereuses , attaquaient indistinctementamis et ennemis,déclaraientla guerre mêmeauxchoses inanimées, — aux rochers, aux arbres, — à tout enfin : par fois encore ils se défiaient mutuellement à des combats meurtriers dans quelque île déserte et lointaine. L’ancien langage du Nord avaà une expression particulière pour désigner les champions qui étaient sujets à cette espèce de folie guerrière. On les appelait Bersærker (1) , et nous trouvons ce nom répété si fréquemment dans les Sagas, qu’il est permis d’en conclure que ce dérèglement existait généralement parmi les Yikingarqui passaient leur vie à rôder sur les mers, flairant les aventures et le pillage (2).

(1) llctsŒrker, de Ber, nud, cl de Sarker , vêtement, parce qu'eu

guerre ils iic portaient pas d'armures. (i>'oic du Traducteur).

(2) Voyez l'Ilisloire remarquable de deux Bersoerker présentés k un Islandais par Hakoii , le fils de Sigurdr, d.'ins le Viga-sljrs saga (Müller's Saga* bibliolhek, t. I, p. 37), cl dans l'Ejrbjggia saga (Müller, t. 1 , p. 189), dont un extrait a été [>ublié par sir Waller Scott, in Jamieson's Illustrations ol Northen Anliquities, p. 477. On voit encore en Islande la roule gigantesque tracée par ces fameux Bersoerker à travers les torrents de lave, ainsi que le tombeau des Champions. Hendersou's Travcis, vol. II , p. 59.

Ces deux Bersærker, présentés à Verimund, chef Islandais, par llakoii, SC uommaient Halli et Leckner. Leur caractère devint si féroce, leur colère si dangereuse, par suite du refus qui leur fut fait d'une jeune fille, riche, belle et d'une haute naissance, qu’ils avaicntdemandéc en mariage, que l’on fut obligé de le» étouflèr secrètement dans un bain d’eau bouillante.(rt'. du. ?'.)

CUAPITKE VU.

Parmi ces Champions , un des plus célèbres fiit Starkadder , dont les exploits remplirent , di^on, l’Europe de surprise et d’effroi. Nouvel Hercule, il voyagea dans les terres étrangères , visita l’Ecosse , l’Irlande, la Russie, la Pologne, et même la cité impériale de Constantinople, cherchant partout des aventures. Mais ce fut surtout dans le Nord, sa patrie, qu’il déploya sa valeur et ses prouesses. 11 se posa nonseulement comme le défenseur de son pays , en combattant pour lui, mais encore comme le protecteur de l’innocence, en tuant, dans un combat singulier, neuf bandits redoutables qui avaient formé le complot d’enlever, la unit même de ses noces , l’épouse d’un prince Norwégien. Dans le poëme où il récapitule ses exploits (car il était Skald et guerrier tout ii la fois), il se vante de ne se complaire que dans le carnage et le meurtre, de pourfendre les casques et les boucliers , de rougir la terre de sang et d’être le pourvoyeur des oiseaux de proie, en leur préparant pour nourriture les membres déchirés des héros dont il jonchait la terre. Iln’étsût pas seulement un prodige de valeur, mais encore un modèle de tempérance et un exemple de courage exalté et de tous les sentiments généreux. Du pain noir et moisi était sa seule nourriture quotidienne , et pour paralyser la luxure, fléau de son époque , il composa une ode (qui exisie encore) en l’honneur de la chair crue et de l’eau p?née (1). Enfin, épuisé par la vieillesse , et fatigué de

(t) Saxo a traduit en vers Saphiques ce poeme qui commence ainsi : Fortium crudus cibus est virorum.

la vie, il implora la main d’un ami pour lui donner la mort qu’il avait en vain voulu rendre honoi'able au milieu des combats. Présentant son épée à Hatber, qu’il avait séduit par l’appàt d’une récompense de 120 livres d’or pesant, pour être son exécuteur, et, détournant la tête pour que sa figure sévère et redoutable n’arrêlât pas le bras qui allait le frapper, il attendit avec calme son sort. Tel est le récit de Starkadder, qui peut être regardé comme le type de ces Roland furieux du Nord , décrits par Saxo, Torfæus et Joannes Magnus (1).

Les femmes elles-mêmes n’échappèrent pas à cette contagion générale de fureur guerrière et à cet amour des aventures périlleuses. On vit des femmes d’une naissance illustre devenir pirates et écumeurs de mer. Plus souvent, cependant, elles partageaient les fatigues des combats sur terre. Ces Âmazorfes (2) étaient

(1) l/Hisloirc de Slarkudder, ou Oddcr-!c-Forl , aussi appelé Odder-le- Vieux , est défigurée par le roman. On le représente comme d’une laille gigantesque. Sa dent était assez large pour servir de battaut de cloche ; tel est» du moins, le récit donné par Torfæus; suivant le même auteur, le crâne d’Egill Skallagrim était si dur et si épais, qu’on ne put lo briser avec la hache. (Torfæus, Hisl. Nor. , l. I, lib. VIII, c. tO-26.) Un autre héros de celte redoutable fraternite fut le célèbre Uolger Danske , ou Ogier le-Danois , ainsi que rappellent les romans Français, un des paladins de Charlemagne , dont la force était telle iju’il brodait entre ses doigts une barre de fer. La tradition le représente enfermé avec ses compagnons € bardés d’acier »• dans une voûte du château de Cronborg, jusqu’à ce que sa barbe ait percé une table de pierre. La table se brisa en morceaux lorsqu’il releva la télé, car le charme était rompu. Quelque extravagantes que soient ces légendes, il est certain que cette « furor martis » des Bersœrkcr devint assez dangereuse, même à leurs compatriotes, pour que l’on y ait porté remède par des lois pénales. ( Noie du Traducteur, )

(2) Amazones (de à privatif cl de , mamelle ), parce que dans ces temps fabuleux on prétendait que les Amazones se coupaient ou se brû> kient le sein droit aün de bauder l’arc et de laucei* le javelot avec plus de

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