‹ Histoire des peuples du NordChapitre 68 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l’Esthonie ou la Courlamle , d’après la coutume religieusement suivie depuis un temps immémorial. Il est aussi question de cette coutume dans les lois Anglo-Saxonnes, et la première constitution d’Etlieldred ordonnait de préparer une expédition chaque année immédiatement après Pâques. Celte mesure peut avoir été nécessitée, il est vrai, par le besoin de se défendre contre les pirates du Nord ; mais elle n’en prouve pas moins l’existence d’institutions semblables dans toutes ces contrées, afin de parer aux surprises et être toujours prêt à déclarer ou à soutenir une guerre maritime (1).

Le nombre immense de vaisseaux qui composèrent les flottes des hommes du Nord peut s’expliquer parce qu’ils étaient , en général , d’une grandeur peu considérable , comme les vaisseaux Grecs, lors de la guerre de Troie. Harald-Hildetand était un prince maritime puissant en raison des ressources navales de cette époque, et ses flottes fermaient, dit-on, le détroit du Sund, et couvraient même cet Hellespont du Nord, depuis les bords de la Seelande jusqu’à la Scanie. Mais il fut tué en 735, à la fatale bataille de Bravalla, livrée sur les côtes de la Scanie, par suite d’un différend avec Sigurdr-Ring, prince des Sviar, descendant d’Ivar- Vidfadme, qui chercha à détrôner son parent Halland, roi de Suède. Toutes les forces maritimes du Nord furent en présence à cette bataille mémorable, et on y compta mille voiles, tant barques que vais-

(I ) Depping , t I , p. 75.

seaux. Tous les Rois de mer et de terre, tous les chefs et pirates du Nord avec leurs champions, — semblables à des oiseaux de proie flairant le pillage et le sang, — se ruèrent sur celte scène de carnage. Deux des plus célèbres Skjoldmeyar ou Vierges du Bouclier de cette époque, Hetha et Visina, amenèrent au Roi de la Seelande des renforts composés, l’un de cent Amazones ses compagnes; l'autre d’une troupe de Svends sauvages , aimés de longues épées et portant de petits boucliers de couleur azur (l). Toutes les tribus des bords de la Baltique furent représentées dans cette grande bataille. Les Slaves, les Livoniens et les Saxons, avec un Vikingr fameux, nommé Ubbo, se joignirent aussi au parti d’Harald qui comptait soixante-quatorze Bersærker célèbres. Sigurdr, son adversaire, en comptait quatre-vingtseize, tous immortalisés par les Skalds, dont plusieurs prirent une part active au combat. Les Rois et leurs Champions, à peine débarqués, en vinrent aux mains sur le riyage même. Après une lutte longue et acharnée, les archers Norvégiens de Tellemark, décidèrent la fortune du combat. Hamld périt sur le champ de bataille avec quinze autres rois; et les poètes qui ont chanté cette bataille, digne de la lyre d’Homère, ne se contentant pas des moyens naturels et puissants qui décidèrent la victoire, ont représenté Odin lui-même, prenant parti contre les Danois. L’héroïque Harald, vieux, infirme et aveugle, était assis sur son char de bataille.

(1) Torfæus cite encore trois autres Amazones, Ursina, Heidis cl Vebiorg, qui se distinguèrent dans celle bataille. {Noie du Traducteur.)

ClIAPITnE VII. •

OiHn, qui avait été sa Divinité tutélaire, et dont Harald prétendait descendre, ouvrant pour lui le livre de l’avenir, lui avait révélé le secret de pénétrer dans les rangs ennemis, en donnant à ses troupes rangées en liataillc la forme d’un triangle. Harald apprend de son serviteur queSigurdr emploie cette manœuvre contre lui. Il sent alors que la bataille est perdue, car le chariot de son ennemi est guidé par Odin lui-même. En vain il supplie le Dieu de la guerre de lui accorder une victoire do plus. Le perfide Odin abandonne et trahit le monarque vénérable , et l’assomme avec sa massue de guerre. Son corps est bientôt couvert de monceaux de cadavres ; mais il est reconnu après la bataille, et enterré au milieu de funérailles magnifiques. Sigurdr ordonna qu’il soit brûlé sur un bûcher funéraire, avec ses armes, son chariot, son cheval de guerre; et de plus, ajoute le Skald, « il ordonna à Harald de monter au Valhalla et d’y préparer une place pour tous, amis ou ennemis (1). »

Tant que les Saxons et les Frisons suivirent la même religion que les nations du Nord , ils s’unirent aux Scandinaves dans leurs expéditions pour ravager les côtes de la Bretagne et le Midi de l’Europe. Mais lorsque les Saxons de l’Elbe furent convertis au Christianisme par l’épée victorieuse de Charlemagne ;

(1) Saxo-Grammaliciis , hb. VIII, p. 22G. Ed. Klolzius. — Sulim, Ilisloric af Danmark, t. III, p. 559. — Muller , Sagabibliolhek, t. II , p. *87.— Gcijer, Svea Rikes Ilâtclcr, l. I, pp. 535 5*5. M. Depping se trompe en supposant que la bataille de Bravalla fût un combat naval. Voyez la tr.aduclion Danoise de son ouvrage , t. I , p, H5, note.

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lorsque les Saxons de l’Angleterre, cédant aux prières et aux persuasions, embrassèrent la religion ïiouvelle, les Danois et les Saxons cessèrent d’être amis , et la vieille haine des premiers contre les Francs ressuscita et s’envenima encore par le fanatisme religieux. Les cruautés exercées par Charlemagne contre les Saxons paiens de la Nordalbingie, avaient réveillé le ressentiment de leurs voisins et amis, les habitants du Jutland et des lies de l’archipel Danois, tous adorateurs d’Odin. Leur esprit d’aventure, leur soif de pillage , leurs cruelles représailles excitées par le fanatisme religieux, élaient arrives à l’état de frénésie. Les ravages et les dévastations des hommes du Nord se portèrent avec une furie particulière sur les monastères et les églises de France et d’Angleterre, et leur haine se déchaînait sur les prêtres d’une religion qui leur était devenue doublement odieuse par suite des tentatives faites par les successeurs de Charlemagne pour la leur imposer comme un signe d’esclavage. Les rois, les Jarls Danois et Norwégiens , qui répondirent à ces appels et se rendirent aux désirs des Empereurs, en embrassant le Christianisme, devinrent impopulaires à leurs sujets; tandis que ceux qui restèrent fidèles à l’ancienne religion de leurs pères , — ceux mêmes qui persécutèrent les partisans de la foi nouvelle, — furent aimés et regardés comme des héros et des patriotes. A dater de cette époque, la grande lutte entre le Nord et le Midi prit le! caiactère de guerre religieuse et nationale , et la haine des conquérants Scandinaves pour les pays qu’ils avaient dévastés, pour les nations qu’ils avaient

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