CHAPITRE VU
vaincues, ne s’apaisa que par leur conversion au Christianisme, qui mit fin à leurs leri-ibles ravages (1).
Tel fut l’ensemble des causes qui enfantèrent et rendirent durables les expéditions maritimes des hommes du Nord dans les contrées occidentales et méridionales de l’Europe. Les Saxons et les Frisons ouvrirent la route aux Normands et aux Danois. Ceux-ci, dans leurs premières excursions, se dirigèrent vers l’Écosse et les Orcades, et s'étendirent bientôt jusqu’aux îles oecidentales de l’Ecosse, de Mann et de l’Islande. Un des anciens rois de Danemark , Frode III, qui, suivant la chronologie de Suhm, régnait au commencement du v® siècle de l’ère chrétienne, accorda la main de sa fille Ulvilda à Thubar, roi d’Ecosse. Fergus, le fondateur présumé de la première race des rois d’Ecosse, passe pour être issu de cette alliance. Quoi qu’il en soit, il reçut du Nord aide et secours pour étendre sa domination en Ecossé! 2)
Les annales Irlandaises appellent les rois de mer Lochlanach; les étrangers Scandinaves, en général, Gâl, et plus tard , Ostmanni (hohime de l’Est), et la terre d’où ils vinrent, Lochlin (5). Les étrangers qui envahirent Morven et Érin étaient les hommes du Nord (4). En 852, Olauf, roi de Lochlin, vint à Érin ;
(1) Montesquieu, Grandeur et D^cndcnce, eh. 16. — Hume, Hisl. of Esgland, vol. I, ch. 11. — Depping, Hist. des Normands, l. I, p. 101. — Suhm , Historié af Danemark , I. I , p. 5â6. — Münter , Kirchengcschichie, t. I, PP 832 , 295 , 296 , 399.
(2) Grœlcrs Suhm , l. I , p. 214.
(5) Johnslonc, Aiiliquilales llibernicæ, p. 50.
(4) F. Magnùsen, Skandinaviske UlcraturscUkahs Skriltcis, isn
tous les avciitui‘iei*s du Nord lui jurèrent soumission, il leva un tiibut sur les Irlandais (1). Il régnait à Dublin, tandis qu’Ivar et Sigtrygg, deux autres chefs du Nord, fondaient les royaumes moins importants de Waterford et de Limerick (2).
Les annales de l’Irlande sont remplies des récits de la lutte longue et sanglante entre les indigènes et les barbares, qui venaient envahir leur île heureuse et paisible jusque-là. Une fois, cependant, cette lutte fut suspendue par le massacre général des Danois ; mais ce ne fut pas pour longtemps. Le torrent des envahisseurs était loin d’être épuisé : ses flots , toujours nouveaux , toujours grossissant, inondèrent l’Irlande, et pendant cent cinquante ans ses braves enfants disputèrent avec acharnement le sol pieux, berceau de leurs ancêtres ! Un de leurs rois, Brien- Beirebim, livra quarante-neuf combats à l’étranger, et dans la dernière bataille (celle de Contorf, en 1014) ce héros vénérable et patriote termina sa glorieuse et infatigable carrière. Expirant sur ses derniers trophées, son regard mourant vit les Danois en fuite et l’Irlande libre, et son âme consolée s’envola vers les cieux prier pour l’indépendance de sa patrie. Mais cette liberté, acquise par tant de sacrifices, achetée au prix de tant de légions, dégénéra bientêt en anarchie , et la malheureuse Irlande devint, un siècle et demi plus tord, la proie des Anglo-Normands, sous Henri II, petitrfils de Guillaume-lc-Conquérant, attiré par Dermot Maemorrogh , roi de Leinster, tyran de
(1) Annnls of Ulslor, |>. (!l.
(2) Wiirt! . pp. 75 "6.