‹ Histoire des peuples du NordChapitre 71 sur 206 · CHAPITRE Tll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tll

Selon le témoignage d’Asser, ami et biographe du roi Alfred, on ne vit jamais un aussi grand massacre des Normands. Plusieurs autres incuraions eurent lieu avec des chances mutuelles, et furent accompagnées de toutes les horribles circonstances qui signalèrent ces aventures jusqu’à l'invasion du nord de l’Angleterre par Ragnar Lodbrok (1).

L’histoire remarquable de ce cél^irc aventurier a tellement été défigurée par les traditions contradictoires, et les fictions poétiques et romantiques, qu’il faut une science et une sagacité singulières aux (antiques de l’histoire du Nord , pour concilier sa chronologie avec les récits donnés par les annales Franeques et Anglo-Saxonnes (2). Une chose certaine, c’est que Ragiiar Lodbrok, qui régnait en Danemark et en Suède dans la dernière partie du viii® siècle, ne peut pas être le môme chef qui envahit la France et l’Angleterre vers le milieu du ix® siècle , et dont les (ils étaient pupilles et compagnons du célèbre aventurier Ilastings. La fin du règne de Ragnar Lodbrok , fils de Sigurdr-Riiig,ne peut remonter plus haut qu’en 794 selon la chronologie de Suhm , ou en 838 d’après les annales de l’Islande; d’un autre côté, la mort de Ragnar, qui envahit la Northumbrie , et fut

(1) iMdbrok, lurnom qui signifie p.'intalon bt poil , Rngnar portant toujours comme les matelots Scandinaves de larges haiils-de<liausscs do peau de chèvre a;an( le poil eu dehors. {fiole du Traducteur.)

Turner's llisl. of lhe Aiiglo-Sasun, vol. Il, b. Il; pp. 88 9C, Ed, Suhm, Historié alDanmark, t. U , p. (71.

(ï) Suhm, Kritisite Historié, t. Il, pp. 611 il 720. — Millier, Ssgabibliuihck , I. II , pp. A7 VA78. — Saxos og Suonxis Kilücr, p. 3t>5. — Ccijer , Sica Rikes Halder, t. I, pp. StS-605.

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lue par le roi Anglo-Saxon Ella, ne peut avoir eu lieu avant 862, car c’est à cette époque que ce prince usurpa la couronne de Northumbrie. Supposer deux aventuriers du même nom ne résoudi'ait pas cette question difficile de l’histoire du Nord; car, comment concilier cette hypothèse avec les Sagas et les autres écrivains de l’Islande , qui ne parlent que d’un seul , et assurent que Ragnar Lodbrok qui périt eu Angleterre était le père de Bjorn-Iarnsida qui lui succéda en Suède , et de Sigurdr-Snogoje, qui régna en Scanic et en Seelande. Il est toutefois probable que le chef dont les exploits ont été confondus avec ceux de Ragnar plus ancien, était un prince de Jutland, dont le véritable nom était Reginfred ou Ragenfred, et qui, ayant été chassé de ses domaines sous le règne d’Harald-Klak, devint un roi de mer qui envahit plus tard la France sous le règne de Louis-le- Débonnaire (1).

Quoi qu’il en soit , tous les documents originaux , nationaux ou éli-angers , s’accordent sur les circonstances qui accompagnèrent l’invasion de la Northumbric par Ragnar Lodbrok , et sur sa mort cruelle qui fut vengée plus cruellement encore par ses fils et ses parents. Les chroniques Anglaises rapportent qu’en 793 le monastère de St-Cuthbert, dans l’île de Lindisfarn, sur la côte de Northumbrie, près du rivage Ecossais, fut ravagé par une bande d’aventuriers païens, venus de Norwége et de Danemark; que l’année suivante, une flotte de Vikingar fît naufrage sur

(I) Suhm, Uistoi'ic af Danmaik, l. III, p. GT6. — Müiter, Saxos u;; Siioiros Kililcr, p. |j8. — Grijcr . Svea Rikos HâfiJcr, I. I. p. 5U5.

CHAPlTIlt: vu.

ccltc même côte ; que le prince qui la commandait , fut fait prisonnier par les indigènes , et mis à mort au milieu des tortures (1). La fameuse complainte appelée Lodbrokar-quida, Biarka-mâl, ou Chant de Mort de Ragnar Lodbrok , mentionne scs ravages sur les côtes de l’Ecosse , et la bataille livrée à trois rois d’Erin h Lindis-Eiri (2). Mais le roi Ella ne régna dans le Northumberland que soixante-dix ans après, et cet anachronisme apparent ne peut se concilier qu’en supposant que l’Ella dont il est parlé dans les Sagas d’Islande, était quelque autre prince Saxon; car tous les princes du sang royal s’appelaient Rois chez les Saxons, et Ella était un nom si généml que les Skalds appellent les Anglais en général la race d’Ella EUo-kind (3).

Nous lisons dans les Sagas que Ragnar gouvernait en paix ses royaumes, ignorant, ainsi que sa femme, la reine Aslauga , dans quelles régions se trouvaient alors leurs enfants. Mais le bruit de leurs exploits parvint jusqu’à lui ; sa jalousie s’en émut, et il se détermina à préparer une expédition afin d’égaler leur réputation et de détourner l’attention générale. Il fit donc construire deux vaisseaux qui surpassaient eu

(1) Simi-un UuncI , ap. Twjsilcii, pp. Ii’-lll. — Kogcr de Huvcdou'» AimaU, jp. Savlllo, loi. 25^2 1235. — Cliro. Sax. 56.

(î) Vilt fongom Pa vaiigi

Veroe i Skol. — Lands Ijôr duiii.

Sir. 2i.

Hàpom Svcrd-glàm al iiiorgia I.eik fyi'ir Lindü-Eyri Vid l.urdiiiiga preona.

Sir. 19.

(3) Suorri' Ileini^kiiiigla, Sag.i af Olali llinoin licig.i , rap. Xlll.

dimension tous ceux qu’on avait vus jusque alors dans le Nord. En même temps ii envoyait par tout son royaume la flèche , signal de guerre , et appelait ses Champions sous les armes. Sa flotte fut bientôt équipée de nombreux guerriers. Avec cette force si inégale en apparence, il mit à la voile, résistant aux avis de sa femme qui, avec ce bon sens et cet instinct propre aux femmes Scandinaves , qui passait pour un don de prophétie, énumérait les nombreux dangers que présentait l’attaque de cette partie de l’Angleterre qui avait été jadis témoin des exploits de ses prédécesseure, Ivar Vidfame, Harald-Hildetand et Sigurdi'- Ring. L’expédition fut forcée de rentrer par suite d’une tempête ; la Reine réitéra ses conseils, et les voyant inutiles, lui fit présent d’un manteau magique qui devait le préserver du danger. Ragnar mit encore une fois à la voile , et fît de nouveau naufrage sur la, côte d’Angleterre. Dans cette occasion , son courage ne l’abandonna pas. A la tête de sa petite bande il pilla et ravagea toute la contrée. Ella rassembla toutes ses forces pour repousseï" l’invasion. Ragnar, revêtu du manteau enchanté qu’il avait reçu de sa bien-aimée , et muni de cette lance avec laquelle il avait tué le Serpent gardien de Thora (1), perça quatre fois les rangs Saxons, portant la mort de tons côtés, et restant

(1) Allusion A riiistoirc poolique de Ragnar, dans laquelle il esl représcnlc oblenanl sa première femme 1'liora , en tuant le reptile ou serpant Or-i.ur qui 1.1 protégeait contre l’iniportunitè des prétendants; ainsi on lit dans la première strophe du Lodbrokar guida ; «Nous avons combattu avec l’épée. - Il n’y a pas bien des années que nous sommes allés combattre un énorme serpent dans la terre des Gotlis, Thora fui mon salaire. . . . ■

{Note du Traducteur.)

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