CHAPITRE VII
invulnérable aux flèches ennemies. Autour de lui tombaient ses partisans et Champions décimes par les lances ennemies; mais bien qu’invulnérable, il fut fait prisonnier. Interrogé sur le nom qu’il portait, il se l'enferma dans un silence insolent. Alors le roi Ella s’écria : « puisque cet homme refuse de parler , qu’il endure les supplices les plus affreux qui vaincront sans doute son obstination et le puniront de son mépris ! > Il ordonna qu’il soit enfermé dans mie tour remplie de serpents , jusqu’à ce qu’il lui plût de rompre le silence. Mais Ragnar resta longtemps sans que les serpents osassent l’attaquer. Les spectateurs, étonnés de cette inaction, s’écrièrent qu’il devait être brave celui que ni les armes ni les vipères ne pouvaient atteindre. Ella, furieux, ordonna qu’il fut dépouillé de son manteau enchanté : aussitôt les serpents se précipitèrent sur lui. Alors Ragnar s’écria : « Combien les jeunes oursons rugiraient s’ils savaient ce que souffre le vieux sanglier! » Puis il expira bientôt en souriant de mépris.
Les Skalds du Nord, non contents de ce récit suffisamment romantique de la mort de Ragnar Lodbrok, ont mis dans sa bouche une complainte héroïque ou chant de mort, qu'ils supposent avoir été composée et chantée par lui dans sa prison. Les vingttrois premières strophes de ce chant, qui est tout entier parvenu jusqu’à nous , constituaient sans doute le chant de guerre de Ragnar et de ses partisans. Il donne un récit de ses expéditions maritimes , et de ses exploits dans différentes terres. Les autres strophes ont été probablement ajoutées après la
2ü2 HISTbinE DES HOMMES DU NODO.
mort du Roi , et composées , les uns disent par sa femme Aslauga ou Krâka, les autres par un Sliald contemporain ou postérieur. Elles expriment d’une manière remarquable les sentiments qui agitèrent réellement lo vieux guerrier du Nord, et l’on y trouve quelques expressions qui sont en substance les mômes que l’histoire met à cette occasion dans la bouche de Ragnar, bien que le style en soit plus poétique.
M. Wheaton ne cite que la dernière strophe de ce chant si remarquable; mais nous avons cru faire plaisir à nos lecteurs en donnant une traduction comidèlc des strophes qui composent ce Chant de Mort, pour qu’ils puissent juger de la vive empreinte du fanatisme de guerre et de religion ([ui rendait si terribles au ut' siècle les Vikingar, Danois et Normands (I).
M. A. Thierry n’a cité que six strophes de ce Chant de Mort , un des chefs-d’œuvre de la poésie Scandinave,
Nous empruntons la traduction complète de ce chant à l’excellent ouvrage île M. Edelestand Du rdéril {^Histoire de la poésie Scandinave, J’aris, 1839, pp. 141-153), œuvre de talent, d’érudition , de conscience , auquel nous ferons de fréquents emprunts comme texte de poésie Scandinave.
{Note du Traducteur.)
tl) Voijex ce chaut aux Note» et Éciaircisjemenls (uolc t )