CHAPITRE VIII
fuite et trouva asile chez Cochiliac, ou Iligelac , ainsi que l’appelle le poënie Saxon de Bjôwulf, et que l’on suppose avoir été uu petit prince qui régnait dans l’île de Fionie (1). Épousant la cause de son hôte, le prince Danois leva une expédition contre Valland ; ses vaisseaux, pénétrant jusqu’à rembouchiire de la Meuse, songeaient déjà à revenir chargés de hutin; mais, endormis par la confiance aveugle et trompeuse de leur succès, les Vikingar tardèrent trop à s’embarquer; ils furent attaqués et battus par les Francs, qui reprirent tout leur butin. Ce fut la première et la dernière apparition des Normands siu' les cotes de France, pendant la race Mérovingienne. Sous la dynastie Carlovingienne , ils recommencèrent leurs excursions, qu’ils étendirent même jusqu’aux côtes méridionales de la Gaule. On dit que Charlemagne, apercevant des fenéti-es de son palais une flotte de pirates Normands qui stationnait dans le port de Narbonne, et surpris que, dans leur audace, ils aient osé approcher des côtes de sou vaste empire , si éloigné de leur patrie, déplora le sort de ses successeurs, qui seraient incapables (il le prévoyait déjà) d’opposer à leurs invasions une barrière suffisante. Dans la guerre d’extermination qu’il fit aux Saxons païens, Charlemagne en ramena dix mille dans l’intérieur de son royaume, pour établir à leur place (807) une tribu de Slaves ou Vends , appelés les Obotrites , ennemis hé réditaires des Danois. Gôlrick, Gudrod ou Godefrid, roide Jutland, essaya de chasser les Obotrites de leurs nouvelles possessions en Nordalbingie. Mais Charle-
(1) Voyez lu tra<luclion de RjôiniU par Grundivig, Inlcdniog, p. 61.
magne ayant rassemblé les comtes et les vassaux de Friesland pour défendre celte colonie naissante , Godefrid, après avoir ravagé la Nordalbingie , se réfugia dans les petites îles de l’archipel Danois , à l’abri des armes victorieuses de son comjiétiteur. Là, il y éleva le premier cette muraille de terre qui , traversant le col de la Chersonèse Cimbrique , réunissait l’Eyder au Schley , appelé Dannewerk, qui devait défendre son petit royaume contre la monarchie puissante des Francs, pendant que de son côté , pour opposer une digue aux nations barbares des bords de l’Elbe, Charlemagne jetait les fondements de ce qui devait être plus tard la riche et florissante ville de Hambourg (1).
Quelque temps après , en 810, Godefrid reparaît encore sur les côtes de Friesland, avec une flotte de deux cents voiles ; il débarque ses troupes sur trois points differents, disperse les Frisons qui essaient de s’opposer h ses invasions, tue leur duc Rurick, et lève un ti-ibut de cent livres d’argent pesant , que les Frisons apportent à son trésorier, et jettent en sa présence dans une balance de métal. Le trésorier jugea du bon aloi de l’argent par le son qu’il rendait, et confisqua, à son profit, tout celui qui ne résonnait pas à sa satisfaction. Godefrid tente alors un coup de ' main pour suiprendre l’Empereur d’Occident dans son palais d’Aix-la-Chapcllc ; mais, arrêté lui-même brusquement au milieu de ses victoires, il succombe sous le poignard d’un assassin. Hemming, son neveu
(I) Suliin, Ilisloric :if Dai.maik, t. II. | p. 1-12. — Di'pping, llisluirc (les Kornuiidt, l. I , pp. 90-105.