CHAPITRE VIII
Normands , qui écrivait sa chronique rimée au xii« siècle , sous le patronage des rois d’Angleterre de la race Noimande, a dépeint avec une simplicité touchante la situation déplorable des choses après la bataille de Fontenai ;
Là péri de France la flor,
E des Barons luit li ineillor.
Ainsi trovèrent Paenz , terre
Vuide de gent , bonne à conquerre (1).
Le partage définitif de l’empire de Charlemagne entre les enfants de Louis-lc-Débonnaire , par suite du traité de Verdun en 843, semble avoir fUcilité la défense de chaque portion du territoire contre les incursions des Barbares. La France échut en partage
à Charles-le-Chauve ; mais il avait la double téche,
trop lourde pour lui, — de réprimer au-dedans la turbulence et les prétentions des grands vassaux, et de défendre la frontière maritime contrôles invasions des Normands et des Sarrazins. Les premiers entrèrent dans la Loire, sous le commandement d’Hastings, un de leurs chefs les plus célèbres , ravagèrent les bords de la rivière, et firent voile vers Tours, qu’ils assiégèrent. Mais les bourgeois, dont le courage fut rehaussé par la vue des reliques de Saint Martin, le patron de leur ville , parvinrent heureusement à repousser l’invasion des Normands. Hastings était devenu pour la France l’ennemi le plus détesté par l’étendue de ses ravages et la cruauté de son caractère. La vengeance
(1) Roman d« Rou , cdil. Pluquet, p. 16. — Brôndtled, p. 62.
des moines chroniqueurs le poursuivit dans tous leurs écrits , et leurs imprécations lui ont assuré une exécrable immortalité. Ils représentent ce Roi de mer comme regardant couler avec délices les pleurs des Francs , qu’il haïssait et méprisait. Son esprit hardi et aventureux ne se contentait pas du pillage et du meurtre. A son retour dans le Nord, Hastings s’associa à Bjôrn, un des Bis du Btmeux Ragnar Lodbrok.
mère de Rjürn avait , par des charmes magiques , rendu le corps de son fils invulnérable , excepté ses flancs qu’il entourait d’une bande de fer, ce qui lui valut le nom de Jàrnsida, ou Côtes de Fer :
Hasting y vint premièrement Qui fît maint pour et maint dolent.
Compains et maître fut Bier ,
Que l’on clamait Côte de fer Fiz fut Lobroc , un Danoie Roi Qui tout temps fut de malefoy.
Ne sai ces veir, mez ço dit l’on ,
Que la mère , qui l’ont porté ,
L’ont si charmé et enchanté ,
Que fer ne le peut entamer.
Ne pas ferir, ne pas bouter (1).
Les chroniques du Duché de Normandie nous apprennent qu’Hastings avait été chassé jadis de sa patrie, en vertu de la loi qui , forçant à l’exil tous les enfants de chaque famille, sauf un seul, les obligeait de chercher fortune sur les mers ou sur les terres étrangères. Cette ancienne loi fut remise en vigueur par le roi Ragnar Lodbrok, dans le but de se débar-
(I) Roman de Rou, cd. Brôiidtlcd, p S4.