CHAPITRE VIH
rasser d’une jeunesse turbulente et inquiète , qu’il ne pouvait ni contenir ni utiliser dans l’intérieur. En tirant au sort , obligation dont aucun rang ne pouvait s’affranchir, le hasard désigne Bjôrn pour l’exil, et le roi charge Hastings de veiller sur son fils ; ils entreprennent tous deux une expédition maritime à laquelle s’associent de nombreux aventuriers venus de toutes les contrées du Nord. Arrivée sur les côtes de France, elle se divise en deux flottes : l’une entre dans la Seine , et pénètre dans l’Oise ; l’autre, composée de soixante-sept barques longues , fait voile pour la Bretagne, où elle est accueillie avec joie par quelques compatriotes , chefs de l’ancienne race qui ne s’était jamais soumise au gouvernement des Francs. Les aventurière Normands, guidés par ces Bi-etons mécontents, arrivèrent en 843 à rembouchure de la Loire, remontèrent la rivière et vinrent saccager Nantes ; puis revenant sur leurs pas , ils s’arrêtèrent dans une île près de l’embouchure du fleuve, la fortifièrent, y construisirent des buttes et en firent un établissement durable, dans lequel ils mettaient leurs prisonniers et leur butin à l’abri d’un coup de main. Du fond de ce repaire les pirates continuèrent à dévaster les bords de la Loire, tantôt à l’aide de leurs barques légères, tantôt à pied et souvent à cheval, répandant partout la terreur, brûlant les monastères et ravageant les champs et les villes. Dans une de ces expéditions maritimes , la flotte des Normands, poussée par les vents, dériva jusqu’en Espagne, et vint échouer sur les côtes de la Gallicie. Ils prirent terre, assiégèrent Corrnna, ftirent repoussés avec
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perte, et une partie de leur flotte fut détruite. Ils firent voile avec les trente barques qui leur restaient vers l’embouchure de la Garonne, remontèrent la rivière, saccagèrent Bordeaux, puis, se séparant en deux troupes, poussèrent leurs incursions , d’un côté jusqu’à Saintes, et de l’autre jusqu’à Tarbes et Toulouse. Le duc de Gascogne essaya vainement de leur résister; mais leurs progi'ès furent enfin arrêtés près de Tarbes , où , surpris et défaits , ils furent taillés en pièces par les braves paysans de la contrée. On célèbre encore à Tarbes, le 21 mai de chaque année, l’anniversaire de cc jour de délivrance (1).
Les aventuriers Normands fondèrent sur les bords de la Garonne un établissement semblable à celui qu’ils s’étaient ménagés à l’embouchure de la Loire. Delà ils préparèrent une expédition pour la Péninsule. Débarqués d’abord 5 Lisbonne , et continuant leur voyage au Sud , ils pénétrèrent dans la Guadalquivir, attaquèrent Séville, en rasèrent les fortifications, et se mirent en contact avec les Arabes conquérants de l'Espagne. Le contraste présenté par ces deux races de Barbares d’un caractère si different, — l’une issue des régions glacées du Nord , — l’autre née dans les sables brûlants de l’Asie et de l’Afrique, — forme une des pages les plus curieuses et les plus saillantes de l’histoire. Mais les adorateura d’Odin triomphèrent des sectateurs de Mahomet, et ils se retirèrent emportant impunément leurs prisonniers et leurs riches bu tins, but unique de leurs expéditions.
( I) Drpping , t. I , cli IV, pp. 1 18-133. — Subm , Historié af Danmark ,
U , pp. 121-128. — Sismondi, Histoire des Français, t. III , p. 80.