CHAPITRE TllI
Les Maures les regardaient comme des Magiciens et leur donnaient un nom Âi-abe qui signifie Mécréant. Plus tard, ils entrèrent dans lu Méditerranée, qui leur parut un second détroit de la mer Baltique , et que les Sagas appellent Niœrva Sund (1). A partir de cette époque, le détroit de Gibraltar fut souvent visité par ]>ar ces hardis navigateurs (2).
L’année suivante, les Normands entrèrent encore dans la Seine, remontèrent la rivière, portant partout l’incendie et le pillage. A leur approche de Paris, les monastères furent évacués , et les reliques des saints transportées dans l’intérieur du royaume ; les aventuriers prirent' possession, sur les bords méridionaux de la rivière, de tous les faubourgs qui n’étaient pas foi tifiés comme l'Ilc de la Cité. Charles trouva un refuge dans le monastère de Saint-Denis, qui était sans doute la place la mieux fortifiée du royaume, lit, cédant aux sollicitations de ses nobles, il se décida à recevoir le chef des pirates Regnier, ou Ragnar, fils de Sivard, roi de Ledra , envers lequel le lâche monarque des Francs s’engagea à payer un tribut de 7,000 livi'es d’argent, et les Normands devaient , eu retour , évacuer le royaume, et n’y revenir que loi*squ’on réclamerait leurs secours comme auxiliaires. Ragnar et ses compagnons retournèrent en Danemark, emmenant avec eux un immense butin ; mais emportant aussi le germe d’une maladie contagieuse contractée en France, dont ils infestèrent leur patrie. Ragnar étala aux yeux de ses compatriotes, comme
(I) Siionc, Ynliag.'i Saga , c. I.
d) Dep(iing, U I, p. 13t. — Subm, IlUt. a( Uaaniai'k, l. I, pp. I;!i lôü.
trophées de son triomphe, un morceau de l’une des poutres de la fameuse abbaye de Saint-Germain à Paris, et un clou des portes de la ville, et, faisant allusion aux reliques des saints, proclama les Francs un peuple de poltrons, dont les morts étaient bien plus h craindre que les vivants (1).
Ces expéditions de pirates recommencèrent sous Godefi'oi, fils d’Harald Klak, qui, occupant l’embouchure de l’Escaut, ravagea les territoires des Francs. Cette excursion fut suivie des expéditions successives d’Hastings , de Sidroc et de Bjôrn-Côtes-de-Fer, marquées comme toutes les précédentes des mêmes cruautés et des mêmes horreurs. Les annales contemporaines sont remplies du récit touchant des souffrances endurées par un peuple sans défense , dans une contrée ruinée, où la terre, frappée de stérilité, refusait de payer désormais la rente au seigneur. Les champs et les vignes étaient dévastés, les paysans disséminés, les grandes routes désertées par les pèlerins et les marchands. Yeis cette époque, en 8S7, Paris fut encore attaqué par les Bai’bares, qui entrèrent facilement dans la ville. Quelques églises et monastères furent brûlés; d’autres furent rançonnés au prix de sommes immenses que Charles fut obligé d’imposer à ses sujets ruinés. Bientôt Hastings pi’oposa au fils de Bagnar et à ses autres compagnons de marcher sur Borne, dont ils avaient entendu vanter la richesse et la splendeur, sans savoir exactement quelle position de l’Italie occupait
(1) Dcppiiig, l. I . ch. IV, pp. 1Ô614I.— Suhm , Ilisiorie .if Danmark , I. II, p. 151 Sismondi, llisloirc dcf Franç.iis, t. III, p. 123.