CHAPITRE VIII
qu’en vendant leurs derniers effets; et, bien que cet impôt fut perçu avec la plus grande sévérité, on mit plus d'une année pour l’obtenir, tant était grande la pauvreté de ce royaume, tant était décimé le nombre des habitants libres ! Pendant ce temps, les Normands faisaient une excursion en Angleterre, qu’ils pillaient, pour en revenir bientôt avec un renfort de troupes, sous un chef que les historiens Francs appellent Véland. Ils attaquèrent la riche abbaye de Saint-Bertin , à Saint-Omer , égorgèrent les moines, et enlevèrent les trésors qu’ils avaient entassés devant le grand autel. Là, les chefs Normands découvrirent bientôt qu’une partie du butin commun avait été volé par quelques uns de leurs soldats; ils réunirent toute la troupe au son de la trompette, et infligèrent aux coupables cette justice sommaire qui rappela aux Francs la conduite de leurs ancêtres dans des circonstances semblables, lors de la première invasion de la Gaule par Clovis. Charles ayant réussi à compléter la rançon convenue, à laquelle il ajouta des vivres, les Normands consentirent à exécuter les conditions du traité. Ils vinrent mettre le siégedevant l’île d’Oissel, sur la Seine, occupée par leurs compatriotes. Bientôt arriva la troupe d’aventuriers d’Espagne qui renforça l’attaque. Les assiégés demandèrent à capituler, offrant comme prix de leur délivrance le partage de l’immense butin qu’ils avaient conquis. Cet arrangement conclu, les deux parties feignirent de se préparer au départ et de se retirer loin des côtes de France. Mais le commencement de l’iiivcr leur apporta un
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prétexte naturel pour camper encore sur les bords de la Seine, et sur les rivages tributaires. Une bande de Normands, sous la conduite de Véland et de son fils Vidric, remonta la Marne dans des barques légères, et Charles, par une résolution courageuse, — seule trace d’énergie au milieu de tant de faiblesse, — se détermina à leur fermer au retour le passage de la rivière. Trouvant ainsi leur route interceptée pour rentrer dans la Seine, les Normands offrirent de rendre tout le butin qu’ils avaient fait depuis leur entrée dans la Marne, de quitter la France avec leurs compagnons, et même d’engager leurs compatriotes à abandonner le royaume ; ils laissèrent des étages pour prouver la sincérité de leurs offres. Le Hoi consentit à les laisser partir. Quelques jours après , Véland , dans une entrevue qu’il eut avec (’harles, confirma ces promesses par un serment solennel. On lui conseilla de se faire baptiser; cédant à ces avis, il congédia ses compagnons d’armes, vint avec sa femme et ses enfants à la cour de Charles , où il embrassa le Christianisme. Il fut plus tard tué en duel par un de ses suivants (1).
Sa conversion entraîna bientôt celle d’Hastings. Ce fut un acte du plus haut intérêt pour ce peuple qui avait tremblé si longtemps au nom seul de cet aventurier. Le Roi des Francs délibéra avec ses prélats et ses barons sur les moyens de débarrasser le royaume d’un ennemi si dangereux. Les vassaux proposèrent de fournir les secours nécessaires d’hom-
(t) Sis-momJi , llisloirc Je» Frunçais, I. III, pp. 137, 110, 172.