‹ Histoire des peuples du NordChapitre 86 sur 206 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Païens du Nord dans la Frise, contrée dont la défense était confiée à ses soins. Une anecdote, recueillie par un chroniqueur de l’époque, prouve le peu de sincérité qui présidait à ces prétendues conversions, que les Francs achetaient cependant au prix de si grands sacriBces. Dans un jour de cérémonie, le nombre des Normands réclamant le baptême fut si considérable qu’on n’eut pas le temps de préparer un nombre suffisant de robes blanches, telles qu’en portaient les Néophytes. Ils furent donc obligés de se contenter des vêtements grossiers que l’on put se procurer. Un chef Normand qui se présentait pour recevoir l’eau sacrée s’écria , à la vue d’un tel habillement : t C’est la ving- « tième fois que je me jais baptiser, et j’ai toujours « reçu une belle robe blanche. Un tel costume est < plutôt celui d’un valet que d’un guerrier tel que « moi, et, si je n’étais honteux de ma nudité , je le € foulerais aux pieds et à ceux de voti’e Christ. » Disons aussi que, d'après les idées de cette époque, une conversion au Christianisme n’impliquait pas toujours une renonciation expresse aux Divinités païennes ; ou si elle avait lieu , c’était avec une restriction mentale qui satisfaisait les consciences , d’ailleurs peu scrupuleuses, de ces convertis. Le Christ était le Dieu national des Francs et des Anglo-Saxons, comme Thor et Odin étaient les Dieux tutélaires du Nord. Les aventuriers Scandinaves , initiés à la foi chrétienne en France , en Angleterre et à Constantinople, ne se faisaient aucun scrupule, de retour dans leur patrie, de sacrifier de nouveau à leurs Divinités nationales. Leurs habitudes de pirates, — leurs mœurs

déréglées, — leur caractère sauvage et barbare, ne furent que légèrement adoucis par les préceptes de l’Evangile, obscurs comme ils l’étaient dans un siècle de ténèbres, et qui contrastaient tant avec la conduite relâchée des nations qui professaient le Christianisme. Malgré tout , Louis-le-Débonnaire se félicitait du résultat de ses efforts, et ce fut sans doute à cette occasion qu’il fit frapper une monnaie portant la croix, son nom et son titre impérial d’un côté, et de l’autre une église avec cette légende : Christiana Religio (l).

Au retour d’Harald dans le Nord, en 827, après sa conversion, l’Empereur se détermina à envoyer des missionnaires pour continuer l’œuvre pieuse commencée par Ebbo. Dans un Concile tenu pour délibérer sur cette importante question , Louis laissa aux ecclésiastiques le droit de choisir quelqu’un qui , volontairement, et pour l’amour du Christ, consentirait à entreprendre cette sainte et laborieuse mission. VValo, abbé de Corvey et cousin de Charlemagne, se leva et déclara qu’il avait dans son cloître un jeune moine dont l’esprit illuminé , nourri depuis longtemps de visions célestes, aspirait à la couronne du martyr , dont l’instruction et les mœurs étaient à la hauteur de la grande œuvre que son zèle ardent pour la vraie religion lui conseillait d’entreprendre. Ancharius fut mandé immédiatement, et l’abbé l’informa de ce qui s’était passé dans le sein du Conseil ; il accepta avec joie et humilité la proposition qui lui était faite. Conduit en présence de Louis,

(I) Mùiilor, Kircheiigeschiclitc, pp. âSG âUS.

CIIAPITUE IX.

qui lui demanda s’il voulait rejoindre Harald et prêcher la parole de Dieu aux païens Danois, il confirma l^ar sa réponse la résolution qu’il avait d’abord exprimée. Mais l’abbé, pour frapper davantage son esprit, lui objecta qu’il ne s’agissait pas d’envisager cette demande comme un devoir ordonné par sou supérieur; qu’il le conjurait encore solennellement de déclarer s’il l’entreprenait librement , pour l’amour de Dieu et le salut des âmes ; il reçut encore la même réponse du jeune enthousiaste. Un autre moine du même couvent , nommé Aubert , s’offrit aussi pour accompagner Âneharius. Tous deux se mirent en route, au grand étonnement de tous leurs frères, surpris de les voir consentir ainsi à abandonner leurs amis, leur patrie, leur cellule et leur cloître, pour exposer leurs jouis dans une cause perdue d’avance ; car, quel espoir de convertir à la foi Chrétienne un peuple sauvage et féroce, ennemi invétéré des Chrétiens et des Francs ! Walo ne put même leur donner de serviteur, car tout le monde refusa, et on ne pouvait forcer personne :ï partager les fatigues et les dangers de celte sainte entreprise (1).

A leur arrivée dans la jiartie Méridionale du Jutlaud, Aneharius et son compagnon , protégés par le patronage d’Harald , commencèrent leurs pieux travaux. Ils rachetèrent (|uelques enfants Païens captifs par suite de la guerre, et ouvrirent une école pour les initier aux principes élémentaires du Christianisme. Mais la guerre civile entre Harald et les fils de Gudrôd

(1) Himbciii, S. Am luti li Viu , apud l angchcik, Stiip. Wov. iKiiiii’., I. 1, |). 4*26 cl sc<|.

recommeuça avec une nouvelle furie , fomentée et entretenue par les chefs et pontifes qui, dans les succès d’un prince Chrétien, — l’allié et le vassal des Francs détestés, — présageaient la destruction de leur pouvoir spirituel et de leur influence temporelle. Harald, vaincu dans une grande bataille livrée en 828 près de Flensbourg , et obligé de fuir une troisième fois, se retira dans le fief de Nordalbingie, dont Louis l’avait investi. Les missionnaires Chrétiens le suivirent dans l’exil , abandonnant leurs convertis à la vengeance de la faction Païenne (1).

Ce fut à cette époque que l’arrivée à la cour impériale d’ambassadeurs venus de Suède pour implorer l’envoi dans leur patrie de missionnaires Chrétiens, vint ouvrir un nouveau débouché à l’extension du Christianisme dans cette partie lointaine du |Nord. Â.ncharius et un autre moine s’offrirent pour accompagner les ambassadeurs qui retournaient dans leur pays en traversant le Danemark. Ils se joignirent à une caravane de marchands qui se rendaient en Suède pour leur commerce, et sous cette protection ils se dirigèrent vers la cour de Birca ou Sigtuna, où régnait alors Bjôrn II , un descendant de Bagnar Lodbrok. Mais en traversant la Baltique, les pirates leur fermèrent le passage, et malgré leur courageuse résistance, ils furent dépouillés de presque tous leurs effets, parmi lesquels figuraient quarante volumes de livres sacrés. Après avoir échappé à ces périls, ils arrivèrent à Birca, où le Boi les accueillit avec bienveillance. Âneharius séjourna à sa cour pendant plus

(I) Mûnicr, Kircbengetchichie , (. I, pp. S66-278.

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