‹ Histoire des peuples du NordChapitre 91 sur 206 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sibles et passives , que par les qualités actives que l’époque réclamait. Le meilleur récit de sa fin tragique se trouve dans le petit livre qu’Abbo adressa à Dunstan, qui lui avait fait connaître toutes les partieularités relatives à cet événement. Il donne à entendre que Dunstan, qui ne pouvait raconter ces détails sans avoir les yeux mouillés de larmes, les avait recueillis de la bouche d’un vieux soldat d’Edmund qui les avait donnés à l’illustre Athelstane , en affirmant sous serment leur sincérité (1).

Inguar, un des fils de Ragnar Lodbrok d’après les chroniques nationales, mais fils d’Ivar, et petit-fils de Ragnar, suivant les Sagas du Nord, s’avança à la tête d’une poignée d’hommes pour s’emparer par surprise d’Edmund , qui s’était retiré dans un petit village du comté de Suffolk ; bien que son armée, commandée par un de ses comtes , eût été défaite , il n’avait pris aucune précaution pour assurer à l’avenir la défense de ses États. Inguar avança rapidement , entoura le prince imprévoyant, et le fit prisonnier; il fut chargé de fers, fustigé et torturé avant que la cruelle humanité d’Inguar ne mît fin à ses souffrances en le faisant décapiter (2).

Mathieu de Westminster nous donne dans son abrégé des chroniques Saxonnes un autre récit de la mort tragique d’Edmund. D’après cette légende : « vivait à cette époque , en Danemark , un homme < issu d’un sang royal, nommé Lothbroc, qu’une

(1) Acla Sanclorum , I. VU, p. — Ed Colog. ■ 1575.

12) Turner, vol. Il, pp. Iü-1i6

c violente tempête poussa au large un jour que, c' dans une barque, il fauconuait sur les bords de « la mer; après avoir erré plusieurs jours, il vint « échouer sur la côte d’Angleterre, à Redham, dans

< le Norfolkshire. Lothbroc fut bien accueilli par le « roi Edmund, auquel il raconta son histoire en

< langue Danoise, qui, dit le moine, ressemble beau-

< coup à la langue Anglaise. Sa beauté mâle et virile,

« son adresse à la chasse lui concilièrent la faveur 1 d’Edmund , et excitèrent la jalousie de Beorn,

€ veneur du Roi, qui, l’attirant dans les profondeurs « des bois , l’assassina. L’instinct du fidèle chien de

* chasse de Lothbroc , qui ne voulut pas quitter le € corps de son maître, fit découvrir le meurtrier ; € il fut condamné à être exposé sur la mer dans le « même bateau qui avait apporté le chef des Danois

* en Angleterre. Beorn dériva vers les côtes de Dane- « mark et tomba entre les mains des fils de Loth- « broc, auprès desquels il accusa Edmund d’être « l’auteur du meurtre de leur père. Hiugvar et Hubba « jurèrent, par leurs « Divinités toutes puissantes, » € de venger sa mort. Ils envahirent bientôt après € l’Est - Anglie et tuèrent Edmund comme nous € l’avons dit ci-dessus (1). »

Malgré les fictions et les incidents invraisemblables de cette histoire, elles servent, du moins, à constater l’existence de traditions différentes , s’accordant toutes sur le fait historique de l'invasion de l’Angleterre par les fils de Ragnar Lodbrok, afin de venger la mort de leur père.

U) Flores, Histor. , p. 514.

CHAPITKE X.

Godrun , un chef du Nord, occupa le trône vacant de l’Est-Anglie, tandis qu’Inguar retournait en Northumbrie près de son frère Hubba. C’est à celte époque , s’il faut en croire les annales d’ülster , qu’Ivar , roi de tous les hommes du Nord , vint d’Ecosse à Dublin avec deux cents vaisseaux chargés d’un riche butin et d’un grand nombre de captifs Anglais, Bretons et Pietés. A sa mort, arrivée en 872 , il ordonna , disent les Sagas , que sur le lieu du débarquement habituel des aventuriers, on construisît un rempart élevé dominant la mer, et sous lequel son corps serait enterré, afin d’opposer à leurs attaques une barrière insurmontable. Les fils d’Ivar, Rois de Mer comme leur père, sont souvent cités dans les annales Islandaises postérieures (1).

Ce qui restait des envahisseurs de l’Angleterre se réunit sous le commandement d’Halfdan, un descendant de la race déjà si nombreuse du Ragnar poétique ou historique, et se mit en marche pour attaquer le royaume des Saxons de l’Ouest. Ethelwulf, comte de Berkshire, les battit à un village près de Reading. Dans ce combat fut tué Sidroc le vieux, qui avait commis en France tant de dévastations. Ethelred et Alfred , deux rois de Wessex , réunirent leurs forces à celles d’Ethelwulf, et attaquèrent les hommes du Nord à Reading ; mais la mort du Comte décida la bataille et la retraite précipitée des Saxons de l’Ouest. Quatre jours après, ils rassemblèrent des forces

(1) Johnslone, p. 66. — Thoikelin , p.,29.

250 HISTOIUE DES HOMMES DE NOIID.

plus nombreuses, et rencontrèrent encore l’ennemi à Ashdown ou Ashenden ; après un combat long et dcsespéi’é, qui coûta la vie au plus jeune des Sidroc et à une foule de Jarls, les liommes du Nord furent complètement mis en déroute. Alfred se distingua dans cette bataille et dans une autre qui eut lieu quelque temps après. Ethelred reçut une blessure mortelle (1).

Alfi’ed restait donc maître désormais (872) du trône des Saxons de l’Ouest. La conquête de la Mercie par les hommes du Nord inaugura malheureusement le commencement de son règne. Burhred, le roi Mercien, avait marché vere l’Ouest pour châtier les Kymri ou Bretons de naissance , que quatre siècles de domination Saxonne n’avaient pu subjuguer entièrement. A son retour, il trouva sa frontière de l’Est menacée par un ennemi plus redoutable, et se hâta d’acheter une paix précaire au prix de son or et de son honneur. En 874, les hommes du Nord quittèrent encore l’Est- Anglie, entrèrent en Mercie, où ils passèrent l’hiver et détruisirent le célèbre monastère de Repton, dans le Dersbyshire, sépulture ordinaire des monarques de Mercie. Burhred abdiqua bientôt après , abandonnant son peuple à la tyrannie des conquérants, et se retira à Rome, où il mourut dans le Collège Anglnis élevé pour recevoir les pèlerins ou voyageurs Anglo - Saxons. Ainsi s’éteignit la dynastie des rois Merciens , et l’Angleterre se vit divisée, en 876, entre les Bretons, qui se trouvaient encore dans les comtés de Galles et de Cornouailles,

(I) Turne.', vol. Il, ji|i. — LingarcI, vol. I, pp. 2âll, 250. —

Snhm, lllsloric af Uanmark , t. Il, p. 291.

Page 1