‹ Histoire des peuples du NordChapitre 92 sur 206 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

les Saxons de l’Ouest régis par Alfred , et les hommes du Nord qui avaient subjugué le reste de l’île (1).

Alfred appliqua son génie et son courage à paralyser et à prévenir les attaques des aventuriers (876). Les ressources épuisés de son royaume affaibli le forcèrent d’accepter une trêve temporaire qu’il acheta à prix d’argent. De leur côté , les Barbares , pour gage de leur bonne foi, jurèrent par les bracelets consacrés à Odin, serment le plus sacré, qu’ils ne donnaient jamais en vain, — disaient-ils, — et qu’ils n’avaient point engagés jusque-là. Alfred exigea de plus un serment sur les reliques Chrétiennes ; mais iis prouvèrent bientôt leur mauvaise foi , et le peu de cas qu’ils faisaient de leurs promesses en s’emparant par surprise de son camp dans une attaque nocturne (877). Le Roi eut alors recours à des moyens plus digues et plus efiicaces pour répondre à cette ti-abison ; il fit construire des galères et de longs bateaux, mêla ses sujets inhabiles dans l’art de la navigation avec tous les écumeurs de mer qu’il pût enrôler, à quelque nation qu’il appartinssent. Ces derniers paraissent avoir servi avec fidélité et contribué matériellement à la défense des côtes (2).

Les historiens nationaux ont sévèrement blâmé la conduite d’Alfred en achetant si souvent la paix ; ils ont contesté son courage en ne repoussant pas par l’épée leurs attaques réitérées. Il fut bientôt obligé de fuir (878) et de se cacher pour sauver sa vie pendant que son royaume devenait la proie facile de

(1) Suhm , Hisloric af Dan. , I. II , p. 507.

(î) Turner, vol II, pp. 158-168. — I.ingarH, vol. I, p. 2U.

l’ennemi conquérant. Les moines chroniqueui'S de l’époque attribuent ses infortiines à ses péchés, et quelques uns de ses prêtres lui reprochent d’avoir méconnu les plaintes et les soufli’ances de son peuple, crime qu’il ne pouvait expier que par des aumônes et des larmes de repentir. Asser lui-même, son ami et son biographe, — tout en avouant, presque malgré lui — , que ses infortunes « étaient presque méritées, » prouve, et en cela il se montre jdus rationnel que les autres, que le mépris et la perte d’affection de ses sujets furent la conséquence et la punition naturelle de sa négligence pour ses devoirs de Roi. Quoi qu’il en soit, le fait certain c’est qu’il Lit obligé de quitter son palais, déguisé en guerrier Saxon, qu’il erra dans les bois et les marécages de Somersetshire , où il ti’ouva enfin un refuge dans la cabane d’un porcher ; là il se fit passer pour un serviteur du Roi, qui fuyait la colère de l’ennemi et cherchait un asile. Le paysan accueillit le Roi déguisé, et l’employa accidentellement aux soins domestiques de son intérieur. Là se passa l’anecdote d’Alfred et de la femme du porcher (1), et ce fut dans le silence et la misère qu’il médita sur les moyens de rép.*irer ses infortunes et celles de sa patrie.

(1) La feraroc du porcher pria sou luMc do surveiller, en l’absence de son mari , la cuisson des pains ou g6lcaux qu’elle plaçait dans le four. Mais le Roi ciail si absorbé dans ses méditalions qu’il oublia les recommandations. Les pains furent brûles cl la négligence du Roi fut sévèrement tancée par la langue de la femme. Alfred, remonté sur le Irène, aimait à raconter celle histoire au milieu d'un cercle d'amis, et cette anecdote fut célébrée en vers latins :

Urere quos cernes panis , gyrarc moraris ,

Cum iiimium gaudes lios manducarc caientes.

Lingard, vol. I, p. 315.

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