CHAPITRE X
Une circonstance favorable arrivée à cette époque vint rallumer son courage et fortifier ses espérances. Un frère des chefs du Nord Inguar et Hafdan, que l’on suppose être Ubba, revenant avec sa flotte d'une excursion dans les Galles méridionales, et passant près du château de Kinwith , dans le Devonshire, seul refuge dans ce pays des Saxons de l’Ouest, eut l’idée de bloquer cette forteresse réputée inexpugnable, et de prendre par famine sa petite garnison. Odim, le chef Saxon, ne vit d'autre moyen d’échapper à ce péril qu’en faisant une sortie la nuit, et se jetant avec le courage du désespoir sur les tranchées, pénétra dans la tente d’Ubba, qui fut tué avec la plus grande partie de sa ti’oupe. Les Saxons recueillirent un immense butin, parmi lequel était le fameux étendard magique de Reajan, dont la perle fut un présage fatal pour les hommes du Nord. Celte bannière, surmontée d’un corbeau, avait été brodée au métier dans une demi-journée par les sœurs d’Hubba, filles de Ragnar. L’oiseau agitait, dit-on, ses ailes quand les Danois devaient conquérir, mais restait immobile lorsqu’ils étaient menacés d’une défaite (1).
Encouragé par cet incident, Alfred se prépara à prendre roffeusive. A cet effet, il fortifia l’île marécageuse dans laquelle il s’était retiré, et où l’avaient rejoint sa femme, ses enfants et une petite troupe d’amis ; de là, il faisait des sorties fréquentes, harcelant sans cesse les aventuriers et les inquiétant par des escarmouches réitérées ; il préludait ainsi à la déli-
(I) Turner, »ol. Il, pp. 189-196. — Liiigard , vol. I, p. 247.— Sulim , Historié af Dan. , l. Il , 328*529.
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vrance de sa patrie, en familiarisant sa troupe peu nombreuse, mais fidèle, à cette espèce de guerre irrégulière , tandis que la chasse, la pèche, et le pillage sur l’ennemi, lui fournissaient les moyens d’existence. 11 employait ses loisirs à s’instruire, et acquit des connaissances telles que les Rois, ou même les Clercs de cette époque en possédaient rarement, et par une abnégation touchante il partageait sou pain avec le pauvre qui mendiait à sa porte (1).
Le Roi, ayant formé le dessein de surprendre l’armée principale des hommes du Nord dans le Wiltshire, résolut de visiter leur camp à l’aide d’un déguisement. Il prit le costume d’un joueur de harpe. Sa passion pour la poésie et son talent en musique lui servirent merveilleusement et lui firent jouer son rôle avec succès ; il obtint , dit-on , ])ar ce moyen , l’entrée des tentes Danoises, approcha même de la table de leurs Rois, surprit leurs secrets, et observa attentivement la position de leur camp. On trouve encore au sommet de la montagne escarpée qui domine Eddendun ou Edrington, les traces des tranchées et des fossés qui entouraient le camp des Danois. Fatigués de leur isolement et de leur oisiveté, ils s’étaient répandus dans le village et dans la plaine voisine. Alfred avait eu, sans doute, connaissance de ce fait, puisqu’il résolut d’examiner en personne leur position. A son retour de l’île d'Athelney, il dépêcha des messagers
(!) On trouva dans celte Ile, dit M. Turner, une amulette en or, destinée à être mise autour du cou, avec cette inscription :
• Ælfred meg heht gewyrcan , •
Alfred me fit faire.