CHAPITRE X
y passèrent l’iiiver sans être inquiétés ; mais les citoyens de Londres saisirent , enlevèrent , ou détruisirent leurs vaisseaux.
On était en 896, et Hastings luttait depuis trois ans contre Alfred. Mais il finit par céder devant le génie et la fortune de son illustre ennemi. Il licencia ses compagnons désespérés; quelques uns se retirèrent dans les colonies Danoises de la Northumbrie et de l’Est-Anglie , d’autres traversèrent les mers , cherchant de nouvelles aventures. Ceux qui s’étaient retirés au nord de l'Angleterre entreprirent encore, en 897, une expédition navale contre les côtes de Wessex. Pour les attaquer avec avantage , Alfred fit faire des bateaux plus larges que les leure , et d’une construction supérieure même aux vaisseaux des Danois et F risons , qui excellaient dans cet art ; avec ces moyens , il réussit enfin , malgré de grandes pertes, à se débarrasser du reste des Vikingar, qui depuis si longtemps fatiguaient son peuple (1).
Hastings quitta l'Angleterre quelque temps après ; mais sa vie et ses aventures sont désormais enveloppées du voile de l’oubli. S’il eût rencontré un ennemi dont l’esprit eût eu moins de ressources qu’Alfred, il aurait pu devancer la gloire de ce Normand , dont l’invasion en Angleterre fut plus tard couronnée de tant de succès. Le bruit de ses exploits servit à Guillaume-le-Conquéi-ant pour réchaiifier la valeur de ses guerriers avant cette bataille qui devait être si fatale au nom et à la nation Saxonne. Mais le génie
(I) Turner, vol. H , p(). il 1-242. — Lingard, vol. I, pp. 262-269. — Palgrave, llisi. of F.iiglaiiil, vol. I, pp.
militaire d’Hastings s’éclipsa devant celui d’Alfred, la gloire de son siècle , l’étoile matinale , le flambeau précurseur de la civilisation !
Après avoir délivré son pays du fléau des invasions étrangères , après avoir chassé les Vikingar au-delà des mers , converti les autres Danois au Christianisme et en avoir fait de paisibles sujets, excepté dans la Northumbrie et dans l’Est- Anglie, ce giaud prince s’occupa de créer des institutions destinées à établir dans son royaume une police tutélaire, et à adoucir les mœurs de son peuple par l’influence salutaire des sciences et des lettres. Ces conquêtes sur la civilisation valurent bien , pour lui, les lauriers qu’il avait cueillis sur le champ de bataille. Le génie d’Alfred, considéré comme législateur et comme moralisateur de son peuple, peut être comparé à celui de Charlemagne, son devancier, par l’utilité , sinon par l’étendue et le résultat de ses travaux. Il ne lui manqua seulement qu’un théâtre plus vaste et plus en rapport avec ses desseins pour s’élever au niveau du plus grand homme du moyen âge (1).
(1) Voyei chapitre I", pp. 15-16, l’épisode d’Alfred, historien et géographe , au sujet de l’ouvrage d’Orosius et des découvertes d’Ohter.
(Vote du Traducteur.)