‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 10 sur 61 · LIL · texte numérisé non relu

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dine , se plaignant d’être tourmenté depuis quinze jours d'une cruelle douleur qu’il rapportait au centre épigastrique. La sensibilité était si vive à cette région, qu'il ne pouvait supporter la plus légère pression. Il était sans fièvre.

On l'avait d’abord émétisé et purgé à la caserne ; ensuite on lui avait fait prendre des infusions et des apozèmes amers. Ce traitement avait procuré la sortie d’un ver par la bouche; mais la douleur de l'estomac n’avait pas laissé d'augmenter , et quand elle fut portée au point de rendre ce militaire impropre à tout service, on l'avait envoyé à l'hôpital.

Il restait continuellement au lit, toujours inappétent , chagrin , privé de tout sommeil , changeant souvent de place , et se contournant le tronc comme un homme qui souffre des tranchées. Il ne. pouvail presque rien avaler, |

J'osai le faire vomir le premier jour, craignant la présence de quelque autre lombric dans l'estomac, et parce que je n'apercevais aucun mouvement fébrile. L’ipécacuanha fut choisi. Il ne résulta de son effet vomitif, qui fut assez considérable, que des évacuations séreuses et bilieuses , sans Soulagement. Au contraire, la maladie s’accrut, et parvint en peu de temps au point que

’ébranlement communiqué au parvis par ceux qui passaient près du lit de Victor retentissait dans la partie soufirante.

Pendant trois jours les dissolutions de gomme arabique acidulées furent sans effet, Le quatrième,

je lui fis prendre une potion composée avec cette même dissolution un peu forte et deux onces d'huile d'olive. En six heures , la douleur gastrique, qui durait depuis près de vingt jours, disparut. Le malade ne se plaignait plus que d’être un peu incommodé par les pas de ceux qui marchaient près de lui. Mais ce dernier signe de sensibilité locale disparut le jour suivant, et Victor sortit très-bien rétabli le trentième jour, à compter de l'invasion, quinzième de son entrée à l’hôpital, le 29 décembre 1806.

Cette irritation gastrique aurait-elle dû son origine aux vers ? Celai qu'on a fait sortir par le vo. mitif avant l'entrée du malade, et la prompte disparition des symptômes , pourraient nous porter à le penser, En effet, dira-t-on, il n'est guère possible qu’une phlogose gastrique qui dure de puis environ vingt jours disparaisse en deux ou trois. Les huileux n'auraient donc eu pour effet que de forcer les vers à abandonner l'estomac qu'ils occupaient depuis le commencement.

Il'est extrêmement possible que les vers aient existé dans le ventricule jusqu’au temps où le malade à avalé des potions huileuses ; mais dans ce cas il serait encore vrai que les amers, dont il a fait usage avant de venir à l'hôpital, ont augmenté ses douleurs ; que le vomitif qu'il prit par mon ordre leur ajouta plutôt qu'il ne leur ôta de l'intensité j

qu’il avait de la répugnance pour le vin et les alimens solides ; que s’il n’était pas guéri par la solution gommeuse , il en était au moins soulagé et la prenait avec plaisir. [l est donc évident que la membrane interne de l’estomac était très-irritable d et de cette espèce d'irritabilité qui ne cède ni aux antispasmodiques, ni aux toniques. On se figurera cette espèce de sensibilité comme on voudra : pour moi, qui sais quel est le prélude de la phiogose prononcée, je ne puis m'empêcher de la regarder et de la traiter comme une phlogose légère, et l'expérience m'enbardit chaque jour. — Quant à la promptitude de la guérison, je n’en suis point surpris. Deux ou trois jours m'ont très-souvent sufli pour calmer des irritations déjà anciennes. Dans ces cas, je regarde ‘la maladie comme existant par elle-même dans un très-léger degré , mais toujours entretenue par les irritans et prête à disparaître aussitôt qu'on cessera de la fomenter.

Ne sait-on pas aussi que l’irritation exercée par les vers sur la membrane muqueuse peut y faire naître l'inflammation? Il peut donc être dangereux de les combattre par les anthelmintiques , lorsqu'il est probable qu'ils ont produit ce fâcheux eflet.

Les vers ont fort souvent compliqué la gastrite: lorsqu'elle était le plus fréquente à Udine. J'en ai trouvé souvent dans les cadavres des dysentériques, et cependant jamais je n'ai changé de méthode. Quand je voulais essayer les amers dits vermifuges, jen voyais résulter tant d’accidens que je me hâtais

de revenir au traitement édulcorant et sédatif, et les malades chez qui la phlogose n'avait pas eu le loisir de s’invétérer n’en guérissaient pas moins. Je pouvais supposer que la majeure partie des diarrhéiques avaient quelques lombrics dans le colon, Aurais-je pour cela pris le parti de leur passer à tous des amers et des purgatifs drastiques ? Maïs en voilà désormais assez pour que chacun sente combien cette pratique aurait été pernicieuse.

Les auteurs nous disent qu’il ne faut se servir des purgatifs, dans le traitement des affections vermineuses, que comme de moyens palliatifs, c'est-àdire , qu'il faut les employer pour délivrer le canal digestif de la présence des vers, et que c’est des amers, des toniques, des astringens qu’on doit es= pérer la cure radicale. Cette cure radicale suppose que la membrane a été guérie de la disposition qu'elle avait à fournir le mucus surabondant qui entretient les vers, Dans les cas que les auteurs citent, le mucus était le produit de la faiblesse et du relâchement (1) : dans ceux que je rapporte, le mucus était engendré par une irritation inflammatoire. J'agissais donc très-rationnellement en cherchant à prévenir la génération de ces insectes par les aqueux

(1) Ces cas sont rares, et l’on fait faire des progrès aux gastro-entérites par les vermifuges. Combien d’enfans ne sont pas chaque jour conduits au carreau par cette pratique, et périssent victimes du préjugé qui ordonne de fortifier pour empêcher la reproduction des vers !

etles émolliens, et j'étais en effet encouragé chaque jour par le succès.

Cependant je n'ai eu garde de m'attacher trop servilement à cette pratique. Je savais qu’il est des cas où l'indication la plus pressante est l'expulsion des vers. Ainsi, lorsqu'ils me semblaient abondans, ou que leur présence dans l'estomac occasionait des symptômes qui rendaient la gastrite plus formidable , j'examinais l’état de la circulation. Si le pouls n'indiquait pas une phlogose trop intense , je cherchais à déterminer si les vers ne causaient pas actuellement plus de mal que les évacuans ne pourraient en faire ; et quand la phlogose n’était pas des plus violentes, je hasardais quelques émétiques. Mais je ne l'ai jamais fait sans avoir essayé les huiles, qui suflisaient le plus souvent , soit pour exciter le vomissement et la sortie des vers, soit pour les écarter de l'estomac et calmer l'irritation qu'ils y avaient occasionée (1).

Lorsque le sentiment de strangulation et d’ascension vers la gorge , la toux gastrique, la mutité, l’afflux de la salive , les grincemens de dents et les soubresauts durant le sommeil , la dilatation de la pupille, l’œilluisant, et une douleur fixe et vellicante à la région de l'estomac , prédominaient sur les symptômes de la gastrite ci-dessus rapportés ,

OP EPE

(1) Lorsque la gastro-entérite est détruite, les vers sont évacués par la seule force de la nature et cessent de se reproduire.

je ne balançais pas à faire l'essai des vermifuges. Le mercure doux, l’aloès et la poudre à vers du Codex précédaient l’emploi des émétiques. Mais aussitôt après l’action de ces derniers, j'avais recours aux gommeux etaux huileux pour prévenir les conséquences du trop d’excitation. —Si les symptômes de vers persistaient encore, je ne revenais plus au tartrite de potasse antimonié ni à l'épicacuanha ; je me contentais de l'huile combinée avec l'acide du citron, en donnant en même temps la solution de gomme et les alimens féculens et farineux de facile digestion. — Si j'avais eu de l'huile de ricin, j'en äurais fut un fréquent usage : à son défaut , j'employais la manne avec le sirop de limon.

Cette pratique wa toujours paru la plus sûre, et je ne l’ai trouvée en défaut que dans un cas où les vers étaient si nombreux qu'ils provoquèrent des phlogoses partielles avec sphacèle , en une foule de points isolés, dans toute lalongueur du canal digesif. C’est aux troubles nerveux que produisirent ces points d’irritation multipliés que J'attribue la mort de ce malade, qui pourtant avait rendu beaucoup de vers par l'effet des médicamens dont je viens de parler. — Mais il est rare que ces insectes soient en aussi grand nombre. Le plus souvent il n’en paraît plus aucun signe quand on en a fait évacuer quelques-uns et que l’on continue l'usage des huileux acidulés. Je dois prévenir que, pour obtenir des succès de ces préparations, il faut les donner à grandes doses. Je me suis souvent félicité, dans les

gastrites avec complication de vers, d’avoir fait prendre jusqu’à six et huit onces d’huile d'amandes douces dans la journée, avec autant de solution forte de gomme adragant.

Dès que la faiblesse d'estomac, avec une sensation de froid à l’intérieur | annonce le passage de l'état d’excitement à celui de relâchement, on revient aux amers et au vin, dans ce vas-ci aussi bien que dans ceux de gastrite pure et simple.

On a vu, par les trois exemples qui précèdent, l'utilité du traitement rafraîchissant et émollient, dans les gastrites qui se sont présentées avec des symptômes qui semblaient les confondre avec les fièvres ataxiques et gastriques et avec les affections vermineuses. J’ai fait noter comment il devait être modifié dans ces dernières complications. Voyons maintenant quelle conduite il est à propos de tenir lorsque la gastrite aiguë a-tellement enchaîné la réaction vitale que le malade offre l'extérieur de la fièvre adyñamique.

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