XXXII. OBSERVATION
Gastrite aiguë précédée d’une longue irritation de l'estomac. *
M. P**, occupant un poste honorable dans le deuxième corps de la grande armée, en Frioul, âgé de trente-neuf ans, taille un peu au-dessus de la moyenne , corps robuste et musculeux , mais dépourvu de graisse, caractère taciturne , sensibilité concentrée , se plaignit, durant les chaleurs de l'été 1806, d’avoir perdu l'appétit. Les alimens lui séjournaient très-long-temps dans l'estomac et il n’allait que rarement à la selle. En même temps on pouvait remarquer qu'il pâlissait un peu et qu'il maigrissait. | |
Je lui conseillai de mettre beaucoup d’eau dans son vin, de se retrancher la viande pendant quelque temps , et de supprimer le café et l’eau-de-vie qu'il prenait à la fin du repas. |
Il ne suivit qu’une partie de ces conseils, Il ne
pouvait se résoudre à abandonner le café et l’eaude-vie. Durant tout le restant de l'été, il fut toujours un peu incommodé de la pesanteur d'estomac et de la constipation, et ne jouit point de sa dose de force habituellle. 1 mangeait fort peu, et rarement avec bon appétit.
Les premiers refroidissemens de la température ayant diminué son malaise gastrique, M. P** reprit son premier régime , qui consistait à boire à ses repas du vin rouge chargé de matière colorante à sans y mettre d’eau , à prendre à la fin du dîner une tasse, de café suivie d’un verre de rhum. Il ne se permettait aucun excès et n’était point accoutumé à boire des liqueurs fermentées ou alcoholiques dans les intervalles des repas.
Après environ deux mois de ce régime, on re- | marqua qu'il mangeait moins. La constipation habituelle à son tempérament devint plus opiniâtre. I n'allait plus à la garde-robe qu'à force de lavemens. Îl sentait comme une espèce de barre en travers, sous le milieu de la poitrine, et un obstacle au passage des alimens qu'il s’efforcait quelquefois vainement d’avaler.
Apré és avoir élé ainsi prédisposé pendant près de cinq mois, l'appétit manqua tout-à-fait à M. Pet durant trois jours il se borna à prendre une soupe où un potage au vermicelle, en buvant, dans l’espoir de se rétablir l'estomac, de l’eau sucrée chaude qu'il animait avec un peu sis vin. Cette espèce de traitement le soulagea un peu ; il reprit sa table
accoutumée; mais il y mangeait peu , et ses digestions étaient toujours pénibles. ;
Le 23 janvier 1807, ayant mangé à son dîner quelques bouchées de sarcelle , il se trouva plus incommodé que Jamais, la nuit.et le jour suivant. Ce fat dans ce moment que l’irritation, jusque là chronique et latente, parut prendre les caractères de la phlogose aiguë, Le malade était continuellement fatigué par un poids fort incommode à l’épigastre, avec sentiment d’une barre transversale , par le malaise, par des frissons irréguliers ,. suivis d’expansions assez vives d’une chaleur qui colorait les joues ét qui se dissipait pour faire place au frisson lorsqu'il faisait quelque mouvement dans son lit. Cés alternatives furent même si intenses les deux soirs qui précédèrent celui où je fus chargé du traitement, que plusieurs personnes crurent recon- naître une fièvre intermittente.
Lorsque j je fus appelé, le troisième jour en comptant du repas dont j'ai parlé, le malade avait des pommettes colorées, l'air plaintif, la face tiraillée, la langue sèche, un peu blanche à son centre, mais non muqueuse; l’haleine un peu fétide. Il disait que tout ce qu'il. avalait lui restait comme une pierre dans l'estomac; que rien ne pouvait passer par le bas; qu'il n’urinaït presque point. Lé pouls était roide, vibrant, fort et un peu fréquent ; la peau chaude et les pieds froids. — Le malade continuait l’eau chaude sucrée et vinée. Je lui conseillai la limonade ; il me dit qu'il l'avait essayée
cuite et chaude, et qu’elle n’avait pu passer. J’ordonnai de la faire crue et froide, et de prendre toutes les demi-heures une cuillerée d’une potion composée avec l’huile d'amandes douces et le sirop de limon ; ces prescriptions ayant été exécutées , la nuit fut beaucoup moins pénible que les précédentes. < |
Le lendemain, le pouls avait un peu perdu de sa roideur , les pieds s'étaient réchauflés, et les frissons n'avaient plus reparu. Le poids épigastrique avait été diminué, à ce qu'il semblait au malade, par la sortie de plusieurs rots. — Je permis un peu de bouillon de poulet, et j’ordonnai lés fomentations émollientes sur l'épigastre , avec un lavement émollient huileux. Le soir de ce même jour , le pouls , au lieu de s'élever, comme on s'y attendait, s'était encore abaissé, Point de frisson , diminution du malaise , une bonne selle , sortie beaucoup plus libre de l'urine.
Le jour suivant, cinquième de l’état aigu , le pouls n’était presque plus fébriles il ne m'offrit qu'un peu de roideur. (Il faut noter que tous les mouvemens organiques sont lents dans ce sujet , tandis qu’ils sont habituellement précipités chez celui de l’observation XXVIIT ‘qu'on peut conférer avec celle-ci. } La chaleur était naturelle ; le bouillon avait bien passé ; l'anxiété n'existait plus ; mais le sentiment de poids n'avait fait que s’affaiblir, IE lui semblait avoir l'estomac bouché. C’est l'expression de M. P*" : elle peint très-bien cette cons-