IL
triction du ventricule qui a été démontrée chez Corbolin.
Cependant notre malade avait recouvré un fort bon visage , la gaîté et l’espérance. Il fallut changer et varier les boissons : il fut maître de choisir entre le sirop de vinaigre ou de groseilles, et la solution gommeuse légèrement émulsionnée. Un vermicelle léger fat bien accueilli et passa bien.
Le 6, amélioration, la pesanteur est beaucoup moindre. Une selle spontanée et copieuse. Deux soupes très-désirées avaient fort bien passé. — L'orgeat fut adopté pour la Journée.
Le septième jour , ‘trois selles, dont deux spontanées, et une troisième provoquée par un lavement, parce qu'il avait senti quelques cuissons,au fondement ; un peu de colique , des vents intestinaux. Ces selles étaient très-bilieuses et fétides. Comme il y avait encore ur peu de fièvre, de soif et de frisson, deux onces et demie de manne avec six gros de tartre soluble furent prescrits pour le lendemain. Il était évident que le bas-ventre avait besoin d’être évacué. Soif dans la nuit.
Le huitième jour, neuf selles sans coliques , par l'effet du purgatif : elles étaient presque uniquerefié bilieuses. L’estomac avait été d’abord irrité par le médicament, mais depuis qu’il Pavait laissé passer, il ne restait qu'un peu de soif. Point de mouvement fébrile. Orgeat, limonade, soupe.
. Le.9, il ne se plaignait que d’avoir encore l'es-
tomac un peu bouché. "
À compter du 10 , il restait toujours faiblesse sans soif, défaut d’appétit. Quelques sueurs nocturnes. L'estomac ne recevait avec plaisir que les bouillies ou les potages fort légers et les consommés. Le malade voulut ajouter à son régime quelques cuillerées de vin doux de Chypre ou de Piecoti (o):8 ils furent soufferts d’abord. Le malade voulut aussi déjeuner au café, ce qui lui fit plaisir pendant quelques jours. Mais le retour de la pesanteur gastrique, des rapports acides , du malaise avec disposition au frisson , l’obligèrent de renoncer à ces adjuvans toniques, et de se contenter , pendant quelques jours encore , des consommés et des soupes,
Il voulut, deux ou trois jours après , arriver jusqu'à la viande. Mais il en résulta des coliques, des selles bilieuses et fétides, et l'estomac notifia par un sentiment de plénitude , surtout le matin , qu'il était encore trop irritable pour admettre toute espèce de nourriture, En conséquence, M. P** 6e remit aux soupes et aux muqueux pour laisser tomber lirritation, ce qui fut très-prompt. Cependant, le vingtième jour, il ne pouvait encore supporter que trois soupes, à la vérité assez fortes , car l'appétit était considérable. Il était obligé de faire usage de boissons adoucissantes ou acidules.
Le trente-quatrième jour, 24 février, M. p** se portait bien et avait recouvré presque entièrement ses forces. L’appétit était des plus énergiques :ce-
me DRE ere
(*) Vin de liqueur du pays. | :
pendant il ne pouvait encore supporter ni la continuité du régime animal ni le vin pur. Mais, en suivant un régime toujours en proportion des forces de son estomac, il a fini par se rétablir dans la plus parfaite santé.
Cette maladie nous éclaire sur plusieurs points de doctrine qui trouvent à chaque instant leur application dans la pratique. Les gastrites aiguës promptement déterminées par des causes excitantes fort énergiques ont cédé facilement , et en peu de temps, aux adoucissans. Celle-ci, long-temps sollicitée par un régime, à la vérité, disproportionné à la susceptibilité de l'estomac, mais dans lequel il n’entrait aucun excès , et chez un sujet dont les mouvemens organiques étaient lents, roides, et en quelque sorte habituellement pénibles , s’est développée diflicilement , est restée peu de temps dans l’état aigu, et n’a été conduite à la guérison radicale qu’à force de patience et de persévérance dans la méthode humectante et sédative.
On peut juger, par l'effet du vin, du café, par celui du purgatif lui-même, quoiqu'il fût nécessaire, combien la guérison eût été retardée si l’on eût vacillé dans le traitement, et suivi ce qu’on appelle la médecine du symptôme. M. P°%, tiraillé en différens sens par des substances de vertus opposées, n'aurait-il pas passé du calme à l'excitation, du bien-être au malaise? N’aurait-il pas conçu beau--
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 199 coup d'inquiétude sur son sort à venir ? Et l'organe digestif , augmentant toujours en susceptibilité , n'aurait-il pas réveillé une foule de sympathies qui peut-être resteront toujours assoupies ?
N'est-ce pas ainsi que sont entretenues certaines dysenteries hypochondriaques qui, si elles étaient examinées de bien près, seraient reconnues pour de véritables gastrites chroniques? Mais nous étudierons plus bas ce degré d’irritation : il n’est ici question que des gastrites aiguës.
Les stimulans sont d'autant plus dangereux dans la convalescence de ces affections, que la phlegmasie à été plus prononcée, et qu'il s’est écoulé moins de temps depuis que les symptômes alarmans ont disparu ; mais aussi les précautions sont moins long-temps nécessaires dans ces cas, que lorsque la gastrite a été moins violente et a duré davantage, surtout si l'état de prédisposition a été entretenu fort long-temps avant que la maladie éclatât. En effet, j'ai pu donner le vin sans inconvénient quatre ou cinq Jours après la chute de la réaction, à M.*** (Obs. XXVTIT) , à Sauriot ( Obs. XXIX), et à plusieurs autres que je n’ai point cités. Cette liqueur a été reçue plus difficilement chez Taconin; et M. P°°, chez qui la maladie avait été préparée par un long abus des stimulans dans une saison chaude, n'a pu s'y faire, ainsi qu'à la viande , qu'après pie sieurs mois de Haeietce
On trouvera la même susceptibilité gastrique dans le sujet de l'observation suivante. Les symptômes
ont même été beaucoup plus intenses , et la mala-
die à persisté plus long-temps dans le degré d’activité qui mérite le nom de phlogose , ce qui est dé-
montré par un mouvement fébrile plus prolongé ,
avec des douleurs plus déterminées. Ces différences
viennent sans doute d’une constitution plus irri-
table , et surtout de ce que les premiers symptômes n'ont pas été réprimés aussi promptement que chez
M. P**, Il en résulte définitivement une nuancé de chronicité plus marquée qui nous prépare à voir
cette maladie prolongée indéfiniment , jusqu’au moment du traitement adapté à son caractère.
XXXIIT OBSERVATION.
Gastrite chronique.
Danton, âgé de vingt ans, soldat au quatre-vingtquatrième régiment, cheveux châtains, teint pâle, formes arrondies , membres délicats, un peu nos talgique , faisant route , en qualité de conscrit, pour rejoindre son corps à Udine, fut forcé, par des douleurs d’estomac opiniâtres et très-fortes, d’entrer à l'hôpital de Brescia ; vers la mi-novembre 1009. Îl ne vomissait pas ; mais il n’avait aucün appétit et se sentait plus mal pendant la digestion. Après onze jours d'hôpital, il sortit aussi malade qu'il était en entrant. . |
Arrivé à son corps, il continua d’éprouver les mêmes souffrances ; il maigrit , il s’affaiblit telle-
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 199 ment, qu'il fut obligé d'entrer à l'hôpital d'Udine le 26 décembre, quarante-deuxième jour dé là maladie. oje 4:
On lé voyait pâle, plombé, terreux, triste , accablé , immobile, sans appétit, constipé , déjà rendu au commencement du marasme. — Il act cusait des douleurs sourdes et profondes dans l’épigastre, accompagnées d’un malaise continuel. Cette région était un peu tendue et rénitente , et la pression un peu forte y était douloureuse. Le pouls était petit , un peu roide, et un peu plus fréquent que dans l’état physiologique. La peau semblait aussi faire éprouver, au tact,, une chäleür sèche , plus élevée que la force du malade nelé comportait. La fréquence et la chaleur s’aceroissaiént manifestement durant la digestion. |
L'irritation gastrique me parut l'unique cause de toutes ces infirmités , et je jugeai qu'il-n’y avait que les médicamens et les alimens mucilagineux, émolliens et végétaux, qui pussent faire perdre à la muqueuse gastrique cet excès de susceptibilité qui s’opposait à la nutrition.
Je le laissai d’abord, pendant deux jours, à la solution gommeuse’ acidulée et au bouillon nai gre. Ensuite j'accordai la bouillie pour nourriture. Il allait bien. | $
Ayant voulu lui faire passer quelques potions antispasmodiques et anodynes, pour lui procurer un peu de somraeil , j'en vis résulter üné exaspérätion qui me força de borner mon traitément aux
adoucissans purs et simples. Trois Jours : suflirent pour faire presque disparaîtreiles douleurs. Il Ed tait alors soixante-trois jours de maladie.
+ Le soixante-huitièmie jour , plus de malaise , de roideur, ni de douleur au toucher. Le pouls n’est plus fréquent ; le teint prend les nuances de la santé. Appétit. Régime végétal, mais un peu moins sévère; point encore de. vin. | |
Le; soixante-quatorzième jour , parfaite convalescence. ÂAlimens animaux ; vin: LCM |
Le, soixante-quinzième jour , diarrhée ; » Signes d’embarras. gastrique. — Retour à la hailisoet aux mucilagineux. Dès le lendemain , même état qu’avant l’accident. Précautions pour me pas augmenter si promptement la nourriture, et:pour arriver; plus lentement au régime animal. —-;Le teint redevint, pour, quelques jours, sombre et terreux. — Le soixante-dix-huitième jour, un peu: de ‘vin. — Le quatre-vingt-huitième jour, il avait repris ses forces et digérait la viande: une: fois par jour. El sortit en fort F4 état.
Cette maladie: m'a coûté bien des soins et des inquictudes, dont je n’ai pas voulu rendre:compte en rapportant l’histoire , quoiquej'en aie le journal très-exact, parce que ces sortes de détails; trop répétés, deviennent fastidieux et rebloidissentel atteniion., Je me, contenterai de dire ici que la vivacité des. redoublemens de la fièvre hectique ‘ét :laltération profonde de la coulent. 1e firent long-
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE, 197, temps redouter la désorganisation ; qu'il se joignait à la sensibilité de l’épigastre une certaine rénitence douloureuse au toucher, qui multipliait mes inquiétudes en me faisant penser à la péritonite ; et qu'après avoir triomphé , par la diète et les émol-
liens internes et externes, des symptômes les plus alarmans, je les voyais reparaître aussitôt que je voulais augmenter les alimens, ou donner du vin pur. | ; Cette observation est une de celles qui m'ont le plus rassuré sur la désorganisation des membranes muqueuses, et qui m'ont porté à attribuer au plus ou moins de douleur des papilles l’activité du mouvement fébrile et l'intensité des troubles nerveux sympathiquement excités dans les autres fonctions. La détérioration de la nutrition et l’altération permanente, de la couleur de la peau sont désormais les seuls signes qui me fassent présumer la destruction irréparable du tissu enflammé. Ils ont paru chez Danton, mais ils n’ont pas tenu contre le traitement émollient. On ne saurait donc tirer un présage funeste de leur existence que lorsqu'ils se montrent rebelles au traitement connu pour. être le meilleur contre la maladie qui les produit.
L'activité du mouvement circulatoire qu’on a pu remarquer chez Danton, et qui le fait tant différer du malade qui. le précède , est une circonstance de tempérament qui.exige des soins plus assidus, parce que les forces sont plus facilement épuisées chez ces personnes que chez celles dont. les. fonctions, se
font avec lenteur , mais dont la fibre est fortement tendue. — Elle rapproche aussi cette irritation gastrique de celles qui sont compliquées d’hémorrhagie. Ainsi, pour exemple de cètte autre nuance de susceptibilité gastrique , et des moyens curatifs qui lui sont le plus appropriés, je joindrai à l’histoire qu'on vient de lire celle d’une hématémèse qui à laissé à sa suite des symptômes tout semblaz bles et aussi difficiles à détruire. Les médecins physiologistes ne peuvent trouver mauvais que je place les hémorrhagies de l’estomac à côté des phlogoses de ce viscère. N'y a-t-il pas entre les unes et les autres la même analogie qu'entre l’hémoptysie et Vinflammation chronique du parénchÿme du poumon ? — Quant au traitement, il est fondamentalement le même; et s’il y a quelqués points de dissemblance, c’est en dissertant: sur les faits qu'on pourra les apercevoir ét s’en rendre: un AU sa tisfaisant. | |