‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 19 sur 61 · XXXVII OBSERVATION · texte numérisé non relu

XXXVII OBSERVATION

Dysenterie et gastrite à lu suite d'une fievre

intermittente.

Mariäge , âgé de vingt-six ans , brun , charnu ei . régulièrement développé , offrant les attributs de ce qu'on appelle tempérament bilieux, fut attaqué, le 6 août 1806 , d’une fièvre interinittente quotidienne, à laquelle j'opposai le quinquina, après les préparations d'usage. |

Les accès s’affublirent ; mais il survint une douleur d’épigastre , avec tendance au vomissement , qui m'obligea de renoncer à ce médicament. d’eus recours aux potions adoucissantes avec le faudanum et les eaux spiritueuses de mélisse , de cannelle, etc. Mais cette formule ne me tira’pas tout-à-coup d’embarras. Les accès diminuaiert peu ; je revenais au quinquina , les douleurs et les nausées me le faisaient encore quitter; je le donnais en lavement, je répétais l’opium , l'éther, et presque toujours sans rien gagner. La diarrhée, qui s'était établie au bout du premier mois, augmentait mon embarras. Enfin , après beaucoup de peines durant un second mois de traitement , J'étais parvenu, par le secours des gommeux unis avec ie laudanum porté jusqu'à un gros par jour, et à l’aide du rcsime végétal féculent , à réduire à très-peu de chose

les accès quotidiens et'à guérir la diarrhée, lors-

que cet homme s’avisa, vers le soixante-deuxième jour , de boire huit à dix pots (*) de tisane pecto= rale durant la nuit. II n’y était pas contraint par la soif ; mais il espérait, en prenant en un jour ce qu'il devait consommer en dix, avancer d’autant sa guérison.

Le matin, je le trouvai dans une fièvre violente, la face très-rouge d le pouls fréquent et dur, tourmenté par une nausée continuelle , et vomissant tout ce qu'il avalait. 11 m’informa de l'imprudence qu'il venait de commettre , et je le mis sur l'heure à l'usage exclusif des boissons gommeuses acidulées. — Le soir et le jour suivant il n’y eut point d'apyrexie, et très-peu de rémission. Cependant les vomissemens étaient calmés, mais il restait la nausée ; et, sur ceite indication , quelqu'un lui fit prendre une dose d’ipécacuanha à mon insu.

Le lendemain , le malade, après avoir vomi dix à douze fois, désirait plus ardemment que jamais le vomitif. Cette fausse indication n'avait garde de me séduire. La diète la plus sévère , la limonade trèslégèrement gommée, ou l’eau de lin acidulée et les fomentations émollientes sur l’épigastre, furent les seuls moyens que je crus appropriés à son état. Ce ne fut que le sixième jour après l'accident que, par la continuité de ces secours , je parvins à

SE (*) Ce sont des pots à tisane des hôpitaux : ils n’équivalent

pas à plus d’une bouteille.

TRAITÉMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. re0

faire tomber le mouvement fébrile et à calmer le vomissement et les nausées. Rien n'empêche de voir ici une fièvre gastrique (1).

Depuis cette époque , 16 octobre, jusqu’au 3 novembre, quatre-vingt-septième jour, en comptant de la première invasion de la fièvre intermittente, il ne se passa rien de nouveau, sinon que Mariage me présentait toujours un peu de chaleur et de roideur du pouls chaque fois que je voulais porter ses alimens aux trois quarts. J'étais obligé de le nourrir avec la soupe, le riz, la bouillie et les pruneaux, et autres alimens légers. Il ne supportait la viande qu'à doses petites et pas trop rapprochées, Cependant il recouvrait insensiblement ses forces. — Mais le 3 novembre, retour de la chaleur fébrile et de la fréquence du pouls, correspondant à un certain malaise de l’estomac. — Diminution des alimens, usage des adoucissans. Le 6, il était un peu mieux.

Le 7, un frisson suivi de chaleur, en un mot, accès complet de fièvre intermittente. — Je revins aux potions gommeuses aromalisées et rendues anodynes avec le laudanum. Le lendemain, plus de frisson, diminution de la proportion des excitans dans ses juleps. Le 11, il était sans mouvement fébrile , les forces presque aussi bonnes qu'’avant la rechute. Mais je vis bientôt que, pour lui conserver cet état favorable, il ne fallait pas élever

(x) C’en était une; et, si la phlegmasie n’eût été apaisée,

on aurait bientôt vu la fièvre adynamique.

ses alimens au-delà de la demie le matin, et du quart le soir, et toujours lui choisir les plus légers, en bannissant la viande. Cependant, en l’examinant bien attentivement, je reconnus que le pouls conservait toujours de la force et de la roideur.

Le 18 novembre, cent cinquième jour, accès complet. La rougeur des lèvres et l’injection générale des capillaires de la face me frappèrent. — Les accès se répétèrent jusqu'au 24 du mois, cent onzième jour. Is furent , dans ce laps de temps, usés par les anodyns aromatisés , que je faisais alterner avec les muqueux acidulés; car il fallait toujours ménager l’estomac prèt àse révolter (1). Ainsi les alimens durent toujours être végétaux ,» légers et en petite quantité. — La constipation devint habituelle.

Le 1° décembre, en conversant avec Mariage , j'appris qu'il avait toujours eu la respiration un peu pénible. Ayant rapproché cette idiosyncrasie de. l'injection des lèvres et de la roideur du pouls, je fus porté à toucher la région du cœur, où je sentis des battemens très-vigoureux. Ainsi se réunissaient chez ce sujet trois élémens de maladie : 1°. un SYSième sanguin trop énergique, à cause de la force exubérante de son muscle central: 2°. une grande irritabilité de la membrane interne de l'estomac;

(1) Aujourd’hui je m'abstiendrais des excitans malgré Îles accès. Le quinquina , du moins , ne serait employé qu’à l’ex-

térieur.

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 159 5°. et une habitude de fièvre intermittente qui tence sans cesse à reproduire des accès.

ce 14 décembre , cent trente-deuxième jour, l'estomac pouvait digérer les trois-quarts le matin , sans qu'il en résultât de malaise ni de chaleur fébrile ; mais le 21 du même mois, il parut fatigué de ce régime ; ce qui fut annoncé par une chaleur entremèlée de frissons, par l’anorexie et la constrietion de l'épigasire. Il fallut revenir aux petits alimens , qui rétablirent bientôt les fonctions dans leur première harmonie. [ne reparut aucune trace de fièvre intermittente, et, le 28, Mariage put reprendre les trois-quarts le matin.

Il sortit quelques jours apres, “bien portant, mais conservant toujours cette nt artérielle , cette force extraordinaire des battemens de cœur qui indiquent, sinon un anévrysme véritablement pathologique , du moins une disposition à cette affection organique. Ï1 avait été malade près de six mois , et en avait passé plus de cinq et demi à l’hôpital. 16158 - J'ai vu plusieurs autres fois dés irritations considérables de l'estomac être la suite des excès de boissons aqueuses et chaudes. Bien des militaires sont dans l'usage de traiter leurs gonorrhées en buvant de la tisane abondamment el coup sur coup. Je ne sais si cette méthode est véritablement efficace pour éteindre une phlogose blennorrhagique qui commence; mais je suis Convaincu qu’elle peut défit 12

terminer des embarras gastriques et des inflammations de l'estomac (1). J’ai vu la fièvre intermittente en être le résultat immédiat. Sans doute l’excès de boisson n'avait agi que comme cause déterminante ; mais aussi peut-être que, sans son aclion , l'organisme aurait triomphe de l'impression de la cause fébrile. Il est évident que les excès de boissons spiritueuses irriteront plus que ceux de boissons aqueuses : cependant, si les dernières sont chaudes, elles seront encore à redouter pour beaucoup: de tempéramens. |

Il faut donc être bien sur ses gardes lorsqu'on est appelé pour traiter une affection gastrique qui suc— cède à quelques-uns de ces excès. Un émétique , un purgatif trop tôt adiministrés , peuvent devenir mortels ou éterniser la maladie. Il est toujours prudent de tenter la cure par les émolliens, et de ne recourir aux purgatifs que quand ces moyens et le régime ont été infructueux, et lorsque la nécessité d’évacuer est bien démontrée. Ces cas se rapprochent de ceux que Frédéric Hoffmann nous a fait connaître dans sa dissertation de Medicinà emeticà et purgante post tram veneno. Peut-être mème que la colère laisse dans l’estomac une disposition moins prononcée à la phlogose que ne le font les viandes noires, les liqueurs vineuses et les boissons chaudes alcoho-

lisées.

(1) Les embarras gastriques en sont la première nuance:

YRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 170 Traitement des gasirites chroniques lutentes.

Nous n’aurions pas suffisamment prévenu les médecins contre les cas de gastrites latentes qui les exposent à l'erreur, si nous nous bornioûs aux préceptes généraux qui ont été donnés à ce sujet , et aux observations dont on vient de lire les détails. Très-souvent l’irritation gastrique n’est pas assez intense , à son début, pour exciter dans l’économie tous les troubles sur l'existence desquels nous avons fondé son diagnostic ; et, au premier abord, elle ne paraît pas différente. de cette indisposition que les médecins humoristes désignent par les mots de saburre bilieuse où muqueuse, et que le professeur Pinel a classée sous la dénomination d’embarras gastriques. À quels signes pourra-t-on la reconnaître dans ces cas? Quels sont les principes d’après lesquels le praticien doit diriger sa conduite ?

La connaissance des causes ; de la nature de l’e-. pidémie , du climat, etc. , nous fournit les premières présomptions ; l'examen de la marche de la maladie fait le reste. Les gastrites, assez légères pour n'être reconnaissables par aucun des traits que j'ai rassemblés dans l'histoire générale, ne reçoivent pas un grand dommage de l'administration d’un émétique ; il en résulte même un soulagement mar-

qué. Îl est vrai que c'est pour peu de temps; mais

\ fr

la rechute est déjà une donnée précieuse (1). Quand ensuite on voil s’éveiller la fièvre, la douleur, et que l’anorexie s'accroît, il ne peut plus rester de doute sur l'indication des boissons adoucissantes et sur la nécessité de l’abstinence des alimens : füt-ce une fièvre gastrique, on n'aurait pas à se repentir d'une pareille conduite. Rien de si vrai, car ce sont les mêmes maladies (2).

Durant l'été de 1806, je reçus, à l'hôpital d’'Udine , une grande quantité d’affections gastriques. Comme je m’apercevais que le caractère d'irritation prédominait , je commençais chaque traitement par les émolliens etles acidules. La majeure partie guérissait : quand cela devait arriver, le mieux-être du lendemain in’encourageait à continuer. |

Ceux chez qui je voyais persister l’anorexie, avec bouche amère, nausées, sécheresse de a peau, rots et borborygmes, étaient émétisés : s'ils n'avaient besoin que du vomissement , l'appétit se prononçait dès le lendemain; sil restait des corps étrangers (saburre } dans la cavité des intestins , les gaz rendus par l'anus, les borborygmes, l'élévation du ventre, la constipation, les signes de vers, la lassitude et les douleurs sympathiques des lombes

(1 ) Ne vaudrait-il pas mieux ne point s’exposer à cette rechute ? Aujourd’hui j’enlève, sans la craindre, les embarras gastriques par huit à dix sangsues appliquées à lé épig astre

(2) J'avais donc posé les bases de la destruction des su

essentielles.

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 181 et des cuisses me fournissaient l'indication d’un purgatif, qui achevait de rétablir Péquilibre (1).

Lorsqu'il existait un mouvement fébrile, je n'en concevais aucune inquiétude tant que les symptômes de:corps étrangers dans Îles premières voies pouvaient le justifier. Mais lorsque , dans l’absence de ces signes, ou après les évacuations nécessaires, je voyais persister la roideur ou la fréquence du pouls, avec chaleur de la peau, lésion de l'appétit et des forces, suspension des excrétions, Je me gardais bien de faire entrer dans l'estomac autre chose que de la limonade , la tisane pectorale, une décoction d'orge , ou toute autre boisson analogue , et Je n’accordais pour tout aliment que le bouillon.

Il s'en faut bien que tous ceux chez qui le mouvement fébrile s’est prolongé après les premiers symptômes gastriques aient parcouru les périodes de ja fièvre bilieuse (2). Dans les chaleurs de 1806 et de 1807, j'ai yu se terminer en trois, quatre, cinq, six jours, une foule de fébricules de cette nature ; les unes après les évacuations, les autres sans leur secours , mais toujours à l’aide des boissons adou-

ee

(1) L'observation m’a conduit insensiblement à bannir les évacuans dans tous les cas où la sensibilité des voies gastriques est augmentée, et je dois à cette méthode beaucoup plus de succès que je n’en obtenais à l’époque où cet ouvrage fut composé.

(2) Je commençais à m’apercevoir qu'il n’est pas indispensable qu’une fièvre parcoure toutes les périodes auxquelles les auteurs l'ont assujettie.

cissantes , acidulées, et de la diète. Jamais je n’areu besoin d’amers ni de toniques; ils tendaient à établir dans l'estomac un foyer de sensibilité chronique , qui conduisait enfin le malade.à la gastrite. Voilà ce que J'ai observé relativement aux affections gastriques fébriles.

Celles qui ne l’étaient pas furent quelquefois aussi nombreuses, et ne sont pas moins intéressantes à connaître , parce qu’elles se confondent , non plus avec les embarras ou les fièpres gastriques, mais avec la dyspepsie asthénique, que l’on connaît vulgairement sous le nom de faiblesse d'estomac.

Durant les chaleurs de 1806 et 1867, un:grand nombre de malades restaient indéfiniment à Phôpital d’Udine dans l’état suivant : pâleur sans aucune nuance de jaune; quelques-uns même avaient le teint assez frais ; appétit à manger la demie le matin si on la leur donnait, mais seulement la soupe le soir. Plusieurs ne pouvaient dépasser la soupe; leurs vivres du matin étaient pris avec plaisir : mais le soir un sentiment de plénitude aussi considérable que s'ils avaient beaucoup mangé, les arrêtait dès les premières bouchées. Ils n’accusaient aucune douleur, mais un sentiment de faiblesse indéfinissable. Plusieurs ne pouvaient se tenir debout et avaient les jambes tremblantes ; constipation habituelle, pouls lent, quelquefois roïde et assez fort.

Lorsqu'on essayait de guérir ces sortes de malades avec du quinquina, du vin amer, ou tel autre stimulant que l'on pouvait imaginer, on remarquait

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 109 une élévation du pouls et un mouvement fébrile avec chaleur âcre vers le soir; le inalaise augmentait et les symptômes de la gastrite devenaient évidens.

Je me conduisais, par rapport à ces malades, comme j'ai recommandé de le faire dans la gastrite chronique , et j'ose me flatter d’en avoir sauvé un grand nombre qui, par tout autre procédé, auraient péri, dans l’hectique , de.douleur (1).

Ce n’est pas seulement sur les Français que J'ai observé cette sensibilité de lestomac qui s’exaspérait par l'emploi des toniques : les habitans d’Udine en sont fréquemment attaqués. Ils tombent quelquefois dans un état de consomption , avec anorexie et vomissement , qui les conduit souvent au toinbeau , parce qu'on raanque rarement de leur administrer des confortans de toute espèce. Le docteur Frastour , chirurgien-major du quatre-vingt-quatrième régiment d'infanterie de ligne, a vu périr un bourgeois de cette ville dans le dernier degré de marasme , où il avait été conduit par les stomachiques que lui prescrivirent successivement, dans l’espace de plusieurs mois, les médecins les plus

renommés du lieu. Aucun d'eux ne soupçonna le .

véritable caractère de sa maladie , tandis que M. Trastour, qui souvent avait observé avec moi

dans Phôpital, et qui avait assisté à plusieurs des

(1) A cette époque, je ne connaissais pas encore toul l’avantage des sangsues pour abréger la durée de ces maladies.

ouvertures consignes dans cet ouvrage , la reconnut et en prédit l’issue funeste, qu'il aurait très-certainement empêchée si le maläde lui eût donné sa confiance.

J'ai vu, dans la même ville, un homme attaqué d’une fièvre quotidienne avec sensibilité. gastrique, qui fut réduit également au marasise par des doses de quinquina, qu'il prenait d'après l’ordonnance d'un médecin brownien. Lorsqu'il me consulta, son estomac souffrait horriblement de toutes les boissons, même les plus adoucissantes ; mais le malheureux ne pouvait les vomir malgré le désir qu'il en avait et les eflorts qu'il faisait pour y parvenir ; sa fièvre était continue , entremêlée de frissons vagues, et tout-à-fait défigurée. Il -abandonna tous les médicamens, et se nourrit d’alimens légèrs, en choisissant ceux qui convenaient le mieux à son estomac : il fut soulagé , et la cessation des chaleurs acheva sa guérison.

Dans le même été, j'ai guéri par l’usage de la limonade ou par la décoction d'orge , avec des panades et du riz pour toute nourriture, une jeune fille de dix-huit ans et un enfant de trois, qui tombaient en consomption. Depuis vingtjours , on était surpris de les voir toujours dans un état d’inappétence, avec des nausées continuelles et une tristesse insurmontable. Le vomitif n’avait fait rendre que de l'eau claire ; le purgatif n’avait produit aucune selle, mais beaucoup d’anxiété. Les parens pensaient aux vers ; quelques amis conseiïllaient le quinquina ; les.

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 109 frissons irréguliers qui avaient lieu dans la soirée leur paraissaient un signe de hèvre intermittente. J'obtins avee beaucoup de peine qu'on s’en tint au régime que je proposais, et la guérison la plus complète futle prix de la docilité et-de la constance de la malade. Le soulagement ne fut bien marqué qu'après sept à huit jours de l'usage des moyens conseillés.

Depuis cette époque, je. me suis souvent bien trouvé de faire adopter le même régime à certains individus bruns, maigres, irritables, que J'avais d’abord émétisés et purgés, conformément à l'usage , pour les débarrasser d’une nausée opinitre , avec bouche amère , teint bilieux. Ce traitement leur a rendu l’appétit, qu'ils avaient en vain espéré de retrouver par les purgatifs et les amers.

C'est en été que cette indisposition est le plus ordinaire. Elle attaque les sujets du tempérament qui vient d’être indiqué, et presque jamais les personnes lymphatiques dont le ussu est relâché et la circulation languissante dans les capillaires de la circonférence. Je lai désormais rencontrée assez souvent à Paris pour la croire plus fréquente qu'on ne l’imagine. Combien d'individus en France passent pour être attaqués d'hypochondrie ou d’obsiruction . qui n’ont d'autre maladie qu'un excès de susceptibilité gastrique, que l’on entretient par des toniques, des fondans, des apéritifs, et que lon détruirail avec une admirable facilité par le régime et les mé-

dicamens adoucissans !,.. Commele climat est moins

chaud que celui de Pitalie , la maladie se maintient dans une nuance moins prononcée. Elle guérit quelquefois par les progrès de l’âge, comme le disent nos auteurs en parlant de lhypochondrieet de la dyspepsie, parce que la sensibilité diminue ; mais cela suppose que la phlogose n'a pas été portée assez haut pour désorganiser la membrane , ou pour tuer l'individu entier par la douleur, ce quine manque pas d'arriver bien souvent.

M. Bernard, jeune chirurgien des armées, dont j'ai déjà parlé, aussi zélé pour le travail quefait pour bien observer, et qui, pendant long-temps, fut témoin demes observations et de mes expériences sur ce genre de maladie , m'écrivit de Voiron , son lieu natal, en date du 5 novembre 1807, au sujet de son père, mort d’une maladie qui avait désespéré tous les médecins du pays. «Dans ma der- » nière lettre,.je ne pus vous dire qu'on avait fait » l'ouverture du corps de mon père. On a trouvé » quelques adhérences de la plèvre, suite d’une » pleurésie ou péripneumonie qu'il eut jadis : » les poumons étaient sains. Ces messieurs m'ont » dit que la membrane interne de l'estomac . était » tombée en suppuration , que les gros intestins » étaient plus enflammés que les grèles, quil'étaient » aussi : il est mort hydropique au plus haut degré. » On lui fit la ponction la veille de sa mort. Le » médecin le plus instruit des environs avait jugé la » maladie un squirrhe au pylore. En conséquence, » les résolutifs et les désobstruans n’ont pas été

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 107 » épargnés. En eflet, depuis l'invasion de la gas- » trite, qui date de deux ans, jusqu’à sa mort, il n’a » cessé de prendre le quinquina en substance, en » extrait, en sirop, émétiques, médecines, ser- » pentaire de Virginie, musc , camphre, laudanum, » éther, etc., etc. Lorsque la fièvre hectique se fut » déclarée avec force; on prit les redoublemens » du soir pour les accès de fièvre quotidienne : on » le traita en conséquence. Enfin , les derniers six » mois de sa vie se sont passés dans des douleurs » continuelles, avec des vomissemens ou des envies » de vomir, la diarrhée , etc. Ceux qui m'ont appris » les résultats de l’autopsie m'ont assuré que cette » maladie se rencontrait assez souvent, et qu'il » y avait rarement remède quand elle devenait » chronique. » | | |

Combien de malheureux sont actuellement dans la situation où s’est trouvé M. Bernard père, et finiront comme il a fini ! Il serait très-curieux de savoir combien il resterait de squirrhes au pylore, d’'hypochondries, d’obstructions et de maladies nerveuses ayant leur source dans les organes de l’abdomen , si l’on pouvait distraire toutes les gastrites chroniques, des maladies actuellement existantes à Paris, sous ces différentes qualifications.

M. Bernard offre un exemple de gastrite prolongée pendant plusieurs années, J’en aï recueilli de semblables dans les hôpitaux des armées. Mais, parini les malades qui en ont été affectés, aucun n’est mort , comme il eut été nécessaire pour mettre

la chose hors de tout doute. C’est que, quand la maladie est susceptible d’une telle chronicité , elle est peu Intense, el ne désorganise la membrane , ou ne détériore les fonctions qu'avec beaucoup de lenteur , et plutôt par le seeours que lui prêtent les médicamens, que par sa propre force. Or, depuis

que j'ai reconnu la possibilité d’une pareille forme de gastrite, je me suis bien donné de garde-de la traiter par les slomachiques. — C’est ainsi qu’à l'hôpital d’Udine, j'ai préservé du marasme deux hypochondfiaquesinvétérés,qui semblaient sur le point d'y tomber aussitôt qu'ils avaient repris la vie de la caserne, L'étude la plus attentive de leur maladie ne m'a Jamais fait remarquer, pendant près de deux ans, autre chose qu’une sensibilité gastrique qui rendait leur estomac très-diflicile, J'ai toujours 0bservé que les excitans amers, alcoholiques et tannans leur étaient nuisibles, et que les alimens âcres, épicés , ou trop animaux , les incommodaient. Je Les soulageais beaucoup, je les rétablissais même , par le régime féculent , mucoso-sucré, et les boissons analogues ; et s'ils avaient été exempts de toute affection morale , et dans le cas de suivre, à leur quartier, le régime qui leur était si salutaire dans mes salles, je ne doute point qu'ils n’eussent obtenu une entière guérison : du moins ne sontils pas morts, comme je l'ai vu arriver à .plusieurs hypochondriaques et dyspeptiques pour lesquels jai été consulté en pratiquant civilement à Paris , avant d’avoir pu faire l'étude cadavérique

de cette maladie. Je me rappelle cependant avoir guéri, à cette même époque, avec la dissolution. de colle de poisson dans la décoction de quinquina, sous forme de-gelée, deux ou trois dyspeptiques qui avaient vu s’aceroître leurs maux par d'usage des élixirs des vins médicamenteux, des poudres stomachiques , et autres arcanes destructeurs que le charlatanisme répand avec profusion dans la capitale. J'aurais pu me dispenser d’aromatiser la gélatine et de lui combiner des amers ; mais j'étais moi-même enveloppé dans le préjugé. J'ai guéri cependant, parce que j'ai employé un excitant beaucoup moins fort que ceux par qui l'estomac était harcelé depuis si long-temps. La nature m'a sans doute puissamment seconde.

On pourra donc imiter cette pratique dans certaines dyspepsies enracinées, sur lesquelles on a épuisé Paction des plus forts stimulans. Il suffira de soumettre les malades au régime gélatineux , féculent , mucoso-sucré ; d’en bannir les liqueurs fermentées, de défendre tous les stomachiques habituels, pour obtenir la guérison des malades chez qui la phlogose n'aura pas désorganisé la muqueuse, ou même le viscère tout entier, en développant les lames interposées entre ses membranes, et les rendant lardacées , tuberculeuses , enfin squirrheuses.

Nous avons établi que les pays chauds étaient le principal remède de la phthisie : nous pouvons

affirmer le contraire de la gastrite chronique. Lors-

que l’estomac persiste à repousser les alimens ordis naires, lorsqu'il se refuse à toute dilatation ( point important pour distinguer cette affection. du squirrhe du pylore , qui permet une accumulation d’alimens) chez un sujet brun, irritable , robuste, qui ne craint pas les affections pectorales ; un voyage dans une latitude plus froide peut être aussi avantageux que l'habitation des pays méridionaux le serait à une personne blonde, grêle , à système sanguin inactif. qui se verrait déjà à ë PEUR période de la phthisie pulmonaire.

Si les caprices de l'estomac pouvaient, s'attribuer au plan musculeux du viscere, le traitement ne serait plus le même : les révulsifs et les antispasmodiques, secondés par l'exercice et la dissipation, seraient incontestablement les principales ressources ; mais ceci sort de mon sujet.

Lorsque nous lisons , dans le Traité des Vapeurs du docteur Pomme, qu'ila apaisé une foule, de symptômes nerveux avec l’eau de veau , dé poulet , les émulsions et autres boissons du mème genre , n'y voyons-nous pas la preuve qu'en diminuant l'icritabilité de l'estomac, on peut rétablir le calme dans un organisme dont les fonctions sont bouleversées ? Eh! qui nous assure que la plupart des faits sur lesquels il se fonde pour autoriser Sa pratique ne se rapprochent pas des maladies dont je m'occupe aujourd'hui ?

Plusieurs autres praticiens distingués ont encore

senti la nécessité de ménager la sensibilité de les-

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET. DE L'ENTÉRITE. 191 tomac dans les maladies chroniques nerveuses qui paraissent tenir à un vice de l'abdomen.

Le célèbre Tissot dit que ceux qui font usage des liqueurs, à la fin des repas, pour faciliter la digestion, ne pourraient pas mieux sy prendre s'ils voulaient produire l'effet contraire et détruire toutà-fait les forces digestives. |

Tous les médecins qui ont eu l’avantage de profiter des leçons du docteur Pinel savent que ce savant praticien ne manque jamais de recommander les fruits, le laitage, le régime doux et végétal aux hypochondriaques, aux mélancoliques, aux vaporeux , aux prétendus obstrués , ete. , lorsque, après avoir épuisé les fondans, les apéritifs , les stoma-

“chiques les plus vantés, ils viennent Jui demander la fin de leurs tourmens. J'en ai vu guérir plusieurs qui, d’après son conseil, avaient abandonné toutes les drogues pour ne vivre que de panades , d'œufs, de laitage et de fruits. Mais il faut une grande autorité pour résoudre les personnes du monde, surtout quand elles ont contracté l'habitude des liqueurs , à se faire à des alimens et à des boissons qui leur semblent insipides et leur font éprouver d'abord un sentiment de faiblesse bien opposé à l'impression fortifiante et réjouissante des liqueurs spiritueuses , à l'instant où elles sont reçues dans l'estomac. Cependant il ne leur faut qu’un peu de persévérance pour parvenir à trouver ce régime fort agréable, etle retour de leur santé doit être le prix

des petits sacrifices qu'elles feront à leurs appeétits.

Les conseils que je donne iei ne doivent cependant pas être pris tellement dans la rigueur , qu'il faille retrancher tous les stimulans du traitement de ceux qui sont affectés de la sensibilité chronique de l'estomac, ou de. ce degré de gastrite qui ne trouble les fonctions que par intervalles. Le relàchement succède toujours à Fexcès d’excitation, Il sera donc utile de permettre des doses légères de vin, ou quelques aromates légers combinés avec les muqueux , aussitôt qu ïl ne paraîtra plus aucun trouble sympathique , soit dans la circulation, soit dans les sensations, soit dans les fonctions des différens appareils. On: les essaie au moment où le malade n’accuse plus que de la débilité, ek: lorsque la douleur brülante , concinante, gravative ou constringente , etc. , à fait place à unsentiment de froid rapporté au creux de l'estomac, et qui sembie augmenter la faiblesse. On les.introduit à la faveur des alimens que lappétit réclame ordinairement.avec assez d'énergie. S'ils fatiguent, on lessuspend , pour y revenir à moindre dose, à moins que l'idiosyncrasie de l'estomac ne les repousse encore ouverte ment, ainsi qu’on l’a pu remarquer dans la convalescence de M. P** ( Observation XXXII }

On sé comporte, relativement aux stimulans alimentaires, comme on le fait par rapport aux médicamens , lorsqu'il est nécessaire. d'augmenter la à propriété nutritive ou la quantité des substances qui composent le régime d’un. convalescent. Si la

première tentative ne réussit pas, on apaise l'irrita-

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 109 tion, et puis, sans se décourager, on en fait une seconde. Il faut persévérer dans ce plan, sans Jamais vaciller, en se persuadant bien que si la maladie est curable , il n’y a pas d'autre moyen d’en venir à bout.

"A Traitement de la complication des phlogoses muqueuses des vaies digestives avec les fièvres intermaittentes.

Quoique les médecins attachés à la doctrine de Brown refusent d'admettre les indications opposées dans les maladies, il est bien difficile de ne pas s'apercevoir, en traitant la complication de la phlogose gastrique avec les fièvres intermittentes, qué les médicamens qui sont exigés par ces dernières favorisent les progrès de l'irritation fixée. dans la muqueuse de l'estomac, et que la méthode cui réussit Le mieux dans cette affection est tout-à-fait impuissante contre la périodicité fébrile. L'histoire de Mariage (Observation XXXFV II) nous a déjà fourni la preuve de cette vérité ; en la suivant pas à pas, on est particulièrement déconcerté par l’importun retour des accès’ de fièvre: intermittenté , dont le traitement contrarie la cure de la maladie principale. Comme je n'ai pu faire connaître , dans celte observation ,:tous les procédés ‘que j'ai em ployés pour rompre l’habitude fébrile compliquée avec la gastrite chronique, je vais rendre compte de la conduite que j'ai tenue avec le plus de succès

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durant les étés de 1806 et 1807, lorsque cette complication était le plus commune.

Quoiqu’une intermittente se présentât avec les symptômes dits d'embarras gastrique, je n'avais recours aux évacuans qu'après avoir émoussé la susceptibilité de l'estomac par les émolliens et une diète de vingt-quatre ou trente-six heures. Si, au bout de ce terme, les signes de saburre persistaient , je faisais vomir, je purgeais même s'il était nécessaire ; mais lorsque les adoucissans et les acidules suffisaient pour réduire les symptômes gastriques, je m'en réjouissais, et ne me croyais point du tout obligé d’émétiser le malade par la raison qu’il avait la fièvre. La saignée m'a quelquefois paru indispensable à cause de la violence des accés ; mais ce n’a été que bien rarement.

Le malade ainsi préparé, si je ne voyais ni vomissement ni sensibilité de l’épigastre, j'essayais le quinquina, quoiqu'il restât encore de l’anorexie, de la mauvaise bouche , et que la langue ne fût pas nettoyée (1). Persuadé que ce médicament est le premier des fébrifuges , je pensais devoir au malade l’essai de son action, afin de n'avoir à me reprocher aucun retard dans la guérison. Quelquefois il supprimait les accès en deux ou trois jours, et rendait l'estomac à ses fonctions, quoique j'eusse conçu d’abord beaucoup de crainte pour ce viscère,

(1) C’est la rougeur de la lañgue qui contr'indique le quinquina, et non sa saleté.

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 105 ot la guérison était complète. D’autres fois la disparition de la fièvre était suivie d’une sensibilité gastrique avec anorexie, nausées, fébricule noclurne, coloration assez vive des lèvres. Alors, loin de continuer l'usage du fébrifuge pendant quelques jours, comme il est d'usage , pour prévenir la récidive, j'abandonnais tous Îles toniques pour mettre le malade aux mucilagineux acidulés ; et, sitôt que je voyais l'irritation calmée, je revenais, non plus au quinquina en substance , mais à sa décoction gommée , rendue anodine et émulsionnée, ou bien au vin chargé de la teinture d’opium. |

Lorsque Île premier essai que j'osais faire du quinquina , dans une fièvre intermittente , était suivi de l’alongement des accès et du passage au type continu , je ne capitulais plus avec la maladie. Cet accident est un des plus graves qui puissent entraver la cure de ces maladies. J'en fus d’abord effrayé, à la vue des conséquences qui en résultaient; mais les autopsies m'ayant éclairé, comme j'ai eu soin d'en instruire le lecteur, je ne balançai point à renoncer à tous les stimulans, et à traiter cette affection comme une gastrite aiguë. J’ai réussi, depuis que J'ai été constant dans cette méthode, toutes les fois que la maladie était encore peu éloignée de son début.

Si le quinquina ne faisait qu’alonger les accès,

Le

j'y renonçais pour adopter le laudanum. J’ai guéri, en donnant cette teinture, pendant toute l’apyrexie, à dose suflisante pour entretenir un état léger de

somnolence , plusieurs fièvres dont le quinquima avait presque réuni les accès. S'il en résultait de la chaleur , je la combattais par la méthode adoucissante ; et si les accès tendaient à révenir , J'avais recours aux alternatives d’antispasmodiques fébrifuges et d’adoucissans. | Cette méthode, dont voici les détails, a été fort long-temps la seule que j'employasse dans les fièvres intermittentes sujettes aux récidives, lorsque l’estomac ne pouvail supporter le quinquina en substance. — Après m'en être d’abord assuré, je donnais les potions faites avec la gomme adragant ou arabique , ei animées avec le laudanum , de dix à soixante gouttes par potion, à prendre, dans Ja journée, par cuillerées. Si l'estomac les supportait, j'essayais la décoction de quinquina gommée , avec le laudanum , le vin et les potions confortantes , également anodines, Aux moindres signes d’irritation gastrique , je suspendais tout cela pour me borner aux boissons gommeuses acidulées, à la Va monade , où aux décoctions de graminées ; ensuite je revenais aux mêmes moyens , ou je les combinais ensemble dans le mème véhicule. | Quant aux alimens , ils devaient ètre, toujours donnés en quantité modérée : les malades ne pouvaient supporter les trois-quarts , et rarement la viande passait sans les exposer aux coliques , à la diarrhée , et aux récidives de fièvres intermittentes. Plusieurs sont restés, avec ce traitement , plus de trois mois au-dessous de la demie, avec les légers

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 197 alimens, et n'ont pas laissé de se rétablir complètement. Je ne parle que de ceux qui n’ont point eu de rechute dans l’année , ce dont j'ai pris soin de m'assurer.. - |

Cette méthode m'a procuré la guérison d’un très-grand nombre de fébricitans chez qui j'avais trouvé le quinquina nuisible. Quelquefois la cure durait long-témps , mais du moins elle ne détériorait pas l'estomac ; l'appétit était bon, les ‘forces augmentaient au lieu de diminuer, et je n’en ai jamais vu résulter de gastrite chronique. = Je m'en servais également pour les malades qui entraient avec des rechutes, après avoir été plusieurs fois guéris par le quinquina dans d’autres hôpitaux : elle m'a réussi sur des sujets déja infiltrés et fort débiles.

Comme pourtant il s’en trouvait chez lesquels aucun excitant ne pouvait être admis, ce qui n’était pas rare quand on avait voulu s’opiniâtrer à les guérir par le quinquina, et qu’on en avait augmenté la dose en proportion de l’opiniâtreté de l'habitude fébrile, je songeai à trouver un mode de traitement qui n'intéressât point du tout l'estomac. La susceptibilité du colon m'interdisant les lavemens de quinquina, je pris enfin la résolation de l’em ployer en frictions , selon la méthode dite ratraléptique. Je choisis la teinture alcoholique de cette écorce. Depuis que j'ai adopté cette méthode, j'ai trouvé beaucoup moins de difficultés pour la guérison de toutes les intermittentes à récidive, que

ka déhcatesse de l'estomac empêche de combattre

par les fébrifuges usités. Tantôt les frictions m'ont réussi seules; d’autres fois je les ai secondées par les potions gommeuses aromatisées et rendues anodines avec le laudanum, seules, ou alternées de la manière que je viens de l'exposer. J’employais depuis une once jusqu’à quatre de teinture de quinquina dans une apyrexie. On la dépensait en frictions sur l’épigastre (1), le ventre , la poitrine et le milieu des bras et des cuisses. |

J'ai essayé plusieurs fois de détruire les mouvemens fébriles compliqués d’une nuance de gastrite , par les rubéfians répétés dans chaque apyrexie. Ils ont quelquefois guéri, mais je les ai trouvés bien inférieurs aux frictions alcoholiques de quinquina.

C'est par cette combinaison de moyens , plus ou. moins différens les uns des autres , que j'ai travaillé à la guérison de ce qu’on appelle les résidus de fièvre intermittente , malheureux qui sont condamnés à expirer dans les hôpitaux à la fin des constitutions médicales durant lesquelles ces maladies ont prédominé. |

Je n’ai parlé que des fièvres rendues rebelles par la sensibilité de l'estomac; elles sont les plus nombreuses dans les pays méridionaux. Dans ceux du Nord , les fièvres intermittentes doivent plutôt leur opiniâtreté à la complication des phlegmasies pectorales, comme nous l'avons dit en traitant de ces maladies. Cependant , il me semble que le traite-

(1) Il n’est pas toujours prudent de frictionner l’épigastre-

ment que j'ai si heureusement suivi en Italie n’y serait pas mal appliqué. On aurait même plus d’empire sur la fièvre , parce que l'estomac pourrait être stimulé plus hardiment. Du reste , il faudrait joindre aux moyens antifébriles et antigastriques ceux qui sont appropriés à lirritation pectorale; et, pour cela, je ne puis que renvoyer à ce que j'ai dit dans l’occasion.

Il me reste encore un conseil à donner sur le traitement des fièvres intermittentes : je veux le présenter comme prophylactique de la gastrite, à laquelle cette section est particulièrement consacrée.

Un moyen de trouver peu de fièvres intermittentes rebelles, c’est de donner à chaque malade des fébrifuges adaptés à sa force. Tant qu'on prescrira le même remède , et à la même dose , à tous les fébricitans , après les avoir tous préparés par les mêmes moyens, on manquera beaucoup de guérisons. Il est des fièvres dont on peut prévoir la longueur dès le moment où elles se présentent. Une grande altération dans la coloration dès les premiers jours de la maladie, le ramollissement des chairs, la longueur des frissons et la difficulté avec laquelle la chaleur se développe : voilà les signes. d’une très-grande débilité, ou d’une action très-énergique du principe destructeur qui à fait naître la fièvre. Le traitement de ces malades est rempli d'éeueils.

Si l’on donne le quinquina, il engourdit l'esto-

mac ; et!le jette dans une sorte de stupeur qui:s’annonce: par des pesanteurs et.des douleurs à l’'épigastré- avec surcroît d’anorexie. Si la fièvre cédait, le'mal'sérait bientôt-réparé ;.ais, le plus souvent, elle reste la même, où elle se prolonge ; et les accès semblent réunis par la chaleur obscure qui remplit le temps de-lapyrexte. Les autres toniques fébrifuges , tels que les vins médicinaux, les ‘apozèmes amers, agissent dé la même manière ; les purgatifs et les vomitifs affaiblissent inutilement. Toute cette classe-de remèdes:tend.à produire la gastrite ou l'entérite muqueuse. 1 |

Si, pour y soustraire les ee on veut essayer dés mucilagineux , la débilités accroît, les frissons sé do davantage, et Je malaise devient continuel. a | | LS

ul est dobe rires de suivre un traitétnent miss lôrs; même que le sujet n'offrirait dès l'abord'aucune eomplication ; il faut donc ôter ces hommes :de læ&.liste:. de ceux qué l’on souihet au traitement banal ,;.et-lés considérer ,; quoique: récemment affectés, comme ceux quille sont depuis . long-temps, èt qui réunissent en eux: plusieurs-élémens de maladie, tels que des irritations de l’eslomac , des intestins , de la poitrine; la faiblesse; a susceptibilité ; la tendance-à la fièvre ; à d'imfiltration: etc. ; c’est-kdire qu'il faut:les traiter ‘aussi comme les vieux fébricitans, et les soumettre ; dès qu'ils se présentent , à la méthode dont j'ai donné les détails. C'est le seul moyen de prévenir toütes

ces complications , M y paire: du prolonge-

ment des fièvres. ë

Du traitement de nié ogsPhlogose de la membrane muqueuse des intestins.

mn EST

La membrane muqueuse des voies digestives s’affecte rarement dans la portion qui tapisse l’intérieur des intestins grêles (*). Lorsque l'irritation à pris naissance dans le colon, elle ne franchit euère la valvule du cœæcum, à moins que la phlogose ne s'étende rapidement dans certaines prédispositions très-prononcées: alors, souventelle parvient jusqu’à l'estomac , comme nous l’avons dit ailleurs ; inais ces cas sont ordinairement mortels (1). Je ne parle ici que de la phlogose des intestins, sans mélange d'irritation gastrique, qui donne pour produit extérieur le dévoiement. J indiquerai le traitement de l'état aigu, comme préservatif .de l’état chronique!, qui m'occupera nécessairement après.

Si l’on se rappelle bien le mécanisme. de la production des dysenteries’, il ne sera pas diflicile de saisir l'indication curative. Il suffit, 1°. d’épargner a la membrane phlogosée la présence des corps

(*),Ceci ne peut,s’entendre que des malades que. j'avais cas sous les yeux.

(1) C’est alors qu'il y a complication de ce qu’on appelle fièvre essentielle. Ces cas sont gTAV es; mais on en vient à bout, si 10 sangsues et les antiphlogistiques peuvent être employés dès Je commencement.

re à qui pourraient augmenter son irritation ;

*. de lui faire parvenir ceux qui jouissent d’une opt opposée.

*. Epargner à la membrane enflammée tous les corps qui pourraient augmenter son irritation, voilà le grand secret de la cure des dysenteries récentes : la plupart pourraient guérir par la seule abstinence observée dès le commencement du mal, quelle que fût la violence de leur début, parce que les membranes muqueuses résistent long-temps à la désorganisation. En général, il est fort rare qu’une phlogose muqueuse éclate brusquement, chez un homme en pleine santé, avec une violence telle, qu'elle ne puisse se terminer que d’une manière funeste, à moins que l'organisme n'ait reçu primitivement l'impression d’une cause délétère d’une grande activité, La plus commune, ce sontles miasmes des grands foyers putrides qui ont ordinaire de produire le typhus contagieux. L’impression de ce funeste virus complique et rend plus difficile la cure de toutes les phlegmasies qui se développent pendant qu'il règne dans l’économie. Il leur communique parfois un degré d'intensité effrayant , et la gangrène est si prompte, que l’art ne trouve pas le temps de placer ses secours. Mais cette combinaison morbide n’est point l’objet de mon travail.

Hors ces cas, les phlogoses purement muqueuses, qui attaquent un homme en bonne santé , n’acquiérent de la violence que par l’effet des procédés contraires à la nature du mal. S'il y avait d’autres.

exceptions, ce serait en faveur de la muqueuse des bronches. Elle se déploie dans un viscère si riche en capillaires sanguins , que la phlogose s'y convertit plus facilement en inflammation violente que dans toute autre portion du système muqueux: encore ce passage ne s’observe-t-il guère que par la répétition des causes, car il est rare de voir un rhume débuter avec la violence de la pneumonie. — Mais il sagit ici du traitement de la phlogose muqueuse du colon dans son état aigu. Or, qu’elle soit plus ou moins intense au moment où elle se déclare, qu'elle soit simple ou compliquée d’une autre phlegmasie, l’abstinence des boissons stimulantes, et de tous les alimens qui peuvent laisser dans les intestins un résidu excrémentitiel , est également bien indiquée dans le commencement. Malgré l’atrocité des douleurs , et le sentiment de faiblesse et de défaillance qui subjugue les malades dans les intervalles des grandes douleurs , il ne faut point se départir de ce principe , tant que le cor psn’a pas eu le temps d’être épuisé.

Le moment de placer les toniques et les alimens est celui où le ténesme commence à diminuer et les selles à devenir plus faciles : plus on aura été sévère , plus tôt ce changement heureux se fera remarquer : par conséquent il n’est pas facile d'en fixer l'époque. En général, les grandes et continuelles douleurs ne sont pas long-temps compatibles avec la vie, et si l’on est attentif à ne point irriter une dysenterie aiguë, les symptômes commenceront à

diminuer au bout de vingt-quatre ou trente-six heurres ; et, dans trois ou quatre Jours , on obtiendra cedegré de calme qui permet de commencer à réparer les forces. Nous tracerons le plan à suivre pour y parvenir, en suivant la marche de la dysenterie dans l’état chronique: qu'il nous suflise d’ajouter ici, que l’abstinence recommandée doit s'étendre à toutes les substances nutritives. Incessamment nous aHons indiquer les boissons qui peuvent être accordées sans danger. ra |

“Dans les épidémies de dysenteries, lorsque cette phlogose se combine dès le: premier moment avec le typhus, il faut tâcher de concilier le traitement de ces deux maladies. Je ne veux point entrer ici dans le développement des indications propres à la fièvre continue par contagion; je les crois extrèmement variées; je me contenterai de quelques propositions générales. — Lorsque la réaction: est violente, la méthode: antiphlogistiqué que nous conseillons pour l'entérite, ne peut'que ‘devenir avantageuse aux deux maladies, car il faut toujours attendre , pour placer les fortifians , que la débilité les réclame. :— Dans:le cas contraire, c’est-à-dire, lorsque la dépression des forces se manifeste dès le commencement(et dans ce:cas,les douleurs ne sont pas très-violentes } , les vomitifs et lès purgatifs seront les premiers moyens à employer, afin de solliciter les fibres musculaires des voies gastriques , qui sont déjà dans la stupeur, à se débarrasser des matières putrides provénant, soit des alimens , soit

; ; , ; TRAITEMENT DE L'ENTERITÉ, 205

des excrétions bilieuses , muqueuses, etc. Sans cette précaution, ces corps étrangers séjourneraient trop long-temps sur la membrane phlogosée, et hâteraient sa mort ou sa désorganisation. Aussitôt après, on donne des émolliens ; mais on a soin de les éguiser avec les sirops, les teintures, les eaux aromatiques, etc., d'autant plus que Îa sensibilité paraît plus émoussée (1).

Dans toutes les combinaisons de la dysenterie, lorsqu'elle débute avec violence chez un sujet déjà affaibli par une autre maladie , la conduite du médecin doit varier suivant la nature, le degré de cette maladie , et la dose de forces qui peut rester au dysentérique.

Sila maladie est aiguë , et encore peu éloignée de son début, on doit se comporter comme si la phlogose colique était seule.

- Si le sujet qui devient dysentérique est attaqué d'une affection aiguë fort avancée , ou d’une maladie chronique, il faut estimer ses forces avant de régler son régime, Un catarrhe un peu prolongé, un rhumatisme , la convalescence d’une fièvre aiguë, sont des circonstances qui ne nous Ôtent pas l’espoir de Sauver les malades de la désorganisation du colon : comme ils ont encore assez de forces pour

(1) Tout cela est avancé sur parole, et molgré le douté où j'étais de l'efficacité de ces moyens ; doute que j'ai manifesté plus haut, lorsque j'ai dit que la meilleure méthode de trai-

tement des tÿphus n’était pas encore bien connue,

soutenir la privation de la viande , des alimens solides et des bouillons , on peut, dès le moment du début de la phlegmasie du colon, les réduire aux gelées et aux fécules végétales pour tout aliment. Ces substances laissent peu de résidu dans les gros intestins, et ne nuisent pas à la résolution.

Si la dysenterie attaque avec violence un homme très-affaibli , ou dévoré par une fièvre hectique rapide , que la maladie primitive soit curable ou non, il faut examiner le degré de faiblesse : souvent il nous oblige de joindre aux gelées et fécules végétales quelques bouillons, et certains médica- inens toniques qui vont incessamment être indiqués. Telles sont les principales règles auxquelles j'ai cru bon d’attacher les différentes nuances du régime nutritif de l’état aigu. Passons aux médicamens.

>. Les médicamens qui paraissent les plus propres à diminuer l’irritation de la membrane muqueuse des intestins sont les mucilagineux et les féculens. Dans/le premier degré , lorsque les boissons parviennent, en peu d'instans, de l'estomac sur le lieu douloureux, et lorsqu'il n’y a qu’un violent ténesme, sans déjections stercorales, les mucilages sont les seules substances convenables (1) : l'eau de riz serait encore trop irritante, parce qu'elle exige un léger travail digestif. Les so-

: (1) C’est le cas d’employer les sangsues à l’anus, qui enlèvent la maladie d’une manière presque miraculeuse.

TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 207 lutions légères de gomme insipide , telles que l’adragant , les mucilages de graines de lin, de psillium , de semence de coing , étendus dans l’eau distillée , telles sont les fomentations internes qu'il convient d'appliquer sur la phlegmasie du colon : encore faut-il n’en user qu'avec réserve. Trop abondans ou trop répétés, ces mucilages nuisent par leur masse, comme simples corps étrangers. Nous avons vu plus haut la tisane pectorale procurer une gastrite. Les boissons adoucissantes ne seront donc administrées qu'à petits verres, aussi éloignés que la soif pourra le permettre ; et lorsque celle“ci deviendra pressante , on pourra les aciduler avec les acides végétaux les plus doux , comme nous l'avons recommandé pour la gastrite aigué. |

Il faut persévérer dans ce traitement tant que les selles sont rapprochées, et le ténesme violent. Si, pour le calmer ou pour réfociller son malade , on lui accordait du vin, de la teinture d’opium, ou toute autre préparation alcoholique , ces substances , parvenues dans la muqueuse phlogosée avant d’avoir été altérées et décomposées suffisamment dans l'estomac, prolongeraient au moins lirritation.

Pendant la violence du ténesme, on tirerait un grand avantage des fomentations et des cataplasmes émolliens appliqués sur toute l'étendue du ventre , si l'on pouvait maintenir ces topiqües de manière

que le malade ne les déranget point dans les mouvemens qu'il fait pour aller au bassin.

Quant aux lavemens de mucilage , d'huile , d’eau de son, d'eau de tripes, etc. , étc., je les regarde comme des corps étrangers qui, en dilatant et tiraillant brusquement la membrane douloureuse, sont, le plus souvent, nuisibles. Je ne les crois utiles que dans les premiers momens , lorsqu'on est certain que le ténesme et le spasme général de l'abdomen ont retenu les matièresfécales, Gomme celles-ci sont des corps étrangers, plus importuns encore qu'un. lavement , il sera toujours avantageux d'en tenter l'expulsion, d'abord par les lavemens huileux , ‘miellés et mucilagineux ; ensuite , si l’excès de constriction s’opposait à leur passage , ou bien à leur action , par la manne , ou tout autre purgatif mucososucré , introduit par la voie de l'estomac. Mais cette seconde tentative demande , pour se faire, que le ténesme soit un peu adouci, et la constriction des intestins un peu tombée. Au reste , tous ces moyens évacuans ne sont indiqués qu’autant que les excrémens sont opiniâtrément retenus. Le plus souvent ils sont inutiles, parce que le premier effet de W'irritâtion dysentérique est de débarrasser l’intestin de toutes les matières qui y séjournaient. Gela étant fait par la nature sil suffit à l’art de ne pas fournir de nouveaux excrémens. iLi8 |

Les dysenteries ‘et les diarrhées brusques ou précédées de.coliques et detranchées, quiattaquent

TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 200 à la suite des grands repas, ne demandent pas un traitement différent. Les intestins ne manquent pas de se vider eux-mêmes : il suffit de les laisser faire . et de ne leur envoyer des alimens capables de leur fournir du résidu que lorsque l'irritation colique sera définitivement apaisée.

Lorsque la dysenterie paraît le résultat d’une crise trop violente ou trop prolongée , ou de la métastase d'une irritation fixée auparavant sur un autre tissu , les bains chauds, les topiques rubéfians et vésicans, les frictions, doivent seconder le régime et les médicamens internes. Les exutoires paraissent avoir plus d'action sur la métastase des dartres que sur toute autre. L'opium, dans tous ces cas, est fort utile; mais tous ces moyens sont, pour ainsi dire,

impuissans sans le concours du régime que nous avons recommandé.

Dans le début des dysenteries qui surviennent aux individus épuisés par une hectique , ou par toute maladie de langueur apyrétique, les boissons émollentes sont encore indiquées. C’est par leur moyen qu'on obtient quelque calme, et qu'on peut disposer le colon à la résolution, siles forces du malade peuvent encore la permettre. Maison ne doit pas être aussi sévère sur tout le reste. Les sujets n'ayant plus autant de force pour résister à l'effet éneryant de la douléur , on ne saurait, lorsque les tranchées sont atroces, se dispenser d'employer la teinture vineuse d’opium( laudanum liquide de Sydenham ) ou le sirop d’opium. Sitôt que les sellescommencent

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