III
à se ralentir, le vin sucré ét quelques potions éthérées, animées avec des eaux distillées, paraissent également invoqués par l’état de faiblesse et de découragement où le malade se trouve plongé. Le premier moment d'orage étant passé, les décoctions de fécule végétale, et, sur toutes les autres, celle de riz, sont de l’usage le plus avantageux.
Tels sont les procédés curatifs que la réflexion et l'expérience m'ont conduit à adopter dans le début des phlogoses de la muqueuse du colon. Je ne les ai jamais vus en défaut lorque la maladie était récente et primitive, quelle que fût sa violence. J'en ai cependant fait des expériences bien multipliées. Deux ou trois jours de diète absolue, cinq: ou six du régime mucoso-féculent, ont toujours sufhi pour éteindre la phlogose. Je conduisais ensuite le malade aux alimens plus substantiels , mais c'était avec lenteur et précaution ; J'étais toujours prêt à revenir aux bouillies , au riz, aux coulis , aussi long-temps que je m'apercevais que le colon ne pouvait se prêter à l'accumulation des matières fécales, et tant que celles - ci sortaient liquides , abondantes et fétides.
Lorsque les malades étaient dociles à mes conseils, et qu'ils n’allaient pas trop vite dans leur régime, j'avais la satisfaction de voir une dysenterie des plus formidables terminée en dix ou douze jours, et le convalescent pouvait, dans quinze à vingt, soutenir les alimens ordinaires de l’état de santé. |
Mais si la maladie. avait été gardée pendant quelque temps avant qu'on y opposât des remèdes, ou si l'on avait employé les toniques dès le commencement, ce qui était plus conforme aux goûts des soldats , l'irritation ne se calmait point entièrement. Elle diüminuait, à la vérité, car aucune douleur véhémente ne peut être continuelle, mais elle ne se dissipait point. Peut-être tendait-elle à se dissiper après les premiers momens, pendant que l’anorexie empêchait le malade de prendre des alimens Stercoraux; mais aussitôt que la douleur de la membrane enflammée n’était plus assez forte pour entretenir de grands troubles dans les fonctions, et permettait à l'estomac de s'acquitter des siennes , le malade obéissait à son appétit, et le dévoiement se rétablissait. Au bout de quelque temps, le ténesme et les coliques disparaissaient tout-à-fait , et la phlogose n'était plus annoncée que par lesselles liquides et fréquentes. Le malade, encore plus encouragé, croyait quil était temps de se conforter, et les alimens nourrissans, le vin, n'étaient pas épargnés. Alors nouveaux progrès de la diarrhée. De temps à autre, quand les excrémens étaient plus abondans, plus animalisés, plus putrides , on voyait reparaître les coliques et le ténesme. Ces accidens cédaient bientôt , parce que l’anorexie momentanée qui les accompagnait avait forcé momentanément aussi Le malade à la sobriété, et parce que les évacuations en enlevaient la cause ; mais bientôt, nouvelles erreurs, nouvelles souffrances. Enfin il arrivait un
212 MISTOIRE DES PHLEGMASIFS CHRONIQUES.
terme où lescoliques ne revenaient plus interrompre la quiétude du malheureux diarrhéique. Il s’exténuait lentement, et parvenait au marasme ou à l'hydropisie avec le meilleur appétit du monde, et qu'ilne manquait pas de bien satisfaire, sans autre chose de morbifique que quelques selles liquides. If périssait enfin le plus souvent sans douleur, à la manière des vieillards décrépits, quelquefois dans un retour de colique, de ténesme , de fièvre , de déjection sanguinolente, au grand étonnement de tous les spectateurs, qui ne concevaient pas COmment une diarrhée avec faiblesse et relâchement avait pu ne pas céder aux toniques et aux astringens les plus énergiques , si constamment et si copieuse-
ment administrés.
T'raitement de l’entérite chronique.
Toute diarrhée qui se prolonge au-delà de trente . jours peut dépendre de la désorganisation de la membrane interne du colon; mais, le plus souvent, elle ne continue que parce qu'elle est entretenue par le régime ou les médicamens. Dans tous les cas, c’est une phlogose chronique dontle traitement peut être âssujéti à des principes invariables. M. Prnel veut qu’on traite les dysenteries chroniques, LS par un régime adoucissant, composé de lait et de farineux , et rendu plus nourrissant à mesure que les forces se rétablissent; 2°. par des laxatifs doux, placés de temps à autre; 3°. par des toniques astringens, par intervalles , associés aux calmans;
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 219 « - 4°. par un air sec, un exercice modéré, l'usage du vin séncreux, les bains tièdes. Ces bases sont fort bonnes; mais on ne voit pas assez, dans l'ouvrage du célèbre professeur , la raison de chaque prescription ; les indications diverses n’y sont pas assez développées ; et l'auteur laisse trop à l'arbitraire du praticien. J’ai cherché à préciser davantage, et je me süis fait un plan de pratique particulier que je vais consigner ici. Chacun pourra l'adopter, le rejeter où le modifier à son goût, après l'avoir mis à l'épreuve.
1°. Aassitôt qu'il me semble que la diarrhée, ou plutôt, la phlogose de la membrane muqueuse du colon qui la produit ne s’entretient plus que par le stimulus des corps étrangers, je réduis le malade aux alimens que je crois susceptibles de fournir le moins d’excrémens ; 2° mais les alimens les plus propres à se convertir en chyle ne sont bien digérés et promptement absorbés qu'autant qu'ils ne sont pas admis dans l'estomac en trop grande quantité : si le contraire a lieu, ils passent à demi-digérés, et parviennent sur la partie malade, avec le mucus et la bile , en état de fermentation. Il faut donc ne permettre ces alimens choisis que dans leur Juste proportion avec lès forces de l'estomac; 3°. il peut être avantageux d'en favoriser la digestion, en sollicitant l’action de l’estomac par des toniques; mais ces toniques ne doivent agir que sur ce vicère : s'ils portent leur action plus loin, ils augmentent lirri.
tation de fa partie malade, soit sympathiquement, :
soit ea précipitant le passage des aliens mal digérés , et se présentant avec eux sur cette partie. Il faut donc encore choix et mesure pour les toniques.
Tels sont les trois principes de traitément dans le développement desquels je dois entrer.
Les alimens les moins propres à laisser du résidu sont Ceux qui n'ont point de tissu organisé. Quoi que puisse faire l’art du cuisinier pour attendrir et rendre digestibles les tissus organisés, de quelque nature qu'ils soient, il ne saurait opérer assez efficacement pour que la fibre soit complètement soluble par les forces digestives, et réductible en chyle ; la digestion ne fait qu’en extraire les parties nutritives. Le reste , laissé sur la surface muqueuse des intestins, et mêlé avec la bile et le mucus, que la phlogose rend abondans, subit une décomposition putride qui en fait un stimulant très-fatigant pour la membrane enflammée.
Les résidus animaux sont les plus nuisibles ; mais ceux des tissus végétaux le sont encore assez pour qu'on doive les écarter autant qu'il est possible; ainsi, toutes les tiges, les feuilles et les racines qui sont usitées dans nos cuisines, doivent être bannies du régime des diarrhéiques. Les grains seuls sont admissibles : encore faut-il un choix. Aucune des légumineuses ne convient ; Je ne yois, parmi les céréales, que le froment et le riz dont on puisse se servir avec sécurité (1). |
mn
(1) La farine de maïs donne aussi des bouillies d’un usage fert avantageux.
Le pain, tel qu'on le fournit ;pour les hôpitaux, quoiqu'il soit agréable et nourrissant, contient encore trop de son et donne trop d’excrémens. Le pain le plus blanc , le plus délicat et le plus fermenté , est à préférer à celui qui est moins blanc, quoique plus savoureux ; mais il ne doit être employé qu’en panade, en bouillie, et passé à travers un tamis, elc.
Le riz entier est presque complètement réductible en mucilage nutritif; il est aussi mieux digéré et moins stercoral que le pain; mais sa farine bien triturée, et la fine fleur de celle du froment, sont bien préférables pour la nourriture des diarrhéiques.
On peut, avec ces deux matériaux, préparer des coulis et des bouillies , soit à l’eau, soit au lait, qui satisfont parfaitement à l'indication. Je me servais, dans les hôpitaux militaires, de la bouillie faite avec la farine de froment et le lait de vache. Quoique la farine ne füt pas privée de tout le son qu’elle pouvait contenir, je ne laissais pas d'en retirer les plus heureux effets. C’est à cet aliment que j'ai dû presque toutes les guérisons de diarrhées rebelles que j'ai pu obtenir; et j'aurais été bien plus heureux encore si les malades n'avaient souvent gâté mon ouvrage.
Dans la pratique civile, il y a, pour entretenir la nutrition d’un diarrhéique, sans lui laisser beaucoup d’excrémens, mille ressources dont on est privé par les réglemens des hôpitaux militaires. On
Lrouvera dans les seimoules, les gruaux , les pâtes ou vermicelles , pourvu qu'ils soient très-fins, des moyens de varier agréablement la nourriture , en combinant ces diverses substances avec le lait, la crème, les œufs, le sucre, selon le goût du maladé et le degré de sa faculté digestive.
Les bouillons de viande peuvent être accordés , lorsque la digestion est facile. Quelques consom= més contribueront puissamment à soutenir les forces ét à délasser l'estomac des végétaux. Il faudra cependant bien remarquer leur effet : s'ils rendent les sellés plus fréquentes, c’est qu'ils ne sont pas facilement absorbés : dans ce cas, il faut les suspendre pendant quelque temps.
Les fruits mucoso-sucrés peuvent être utiles aux. diurrhéiques. Tissot a vu de bons effets du raisin. Il faut choisir les fruits les plus tendres et les plus mürs, les manger en petité quantité, plutôt cuits que crus, si ce n’est le raisin, qu'il faut choisir bien doux et bien mür. Sa pellicule et ses grains étant indigestibles, seront soigneusement rejetés. Mais tout céla ne peut être accordé que comme adjuvant et condiment. La base du traitement, ce sont les alimens féculens les plus digestibles et les mieux dépouillés de tout corps étranger , le lait et les œufs. |
Pour déterminer la dose des alimens, il ne faut pas moins d'attention que pour leur choix. On se règlé sur la facilité avec laquelle ils passent, et
sur les effets qui résultent de leur digestion dans
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 217 la portion inférieure du canal. Mais, en général, on peut donner une bouillie ou un coulis de quatre à six onces par jour dans les premiers temps ; on augmente graduellement jusqu’à trois et quatre, et on les rend plus consistans et plus forts si le mieuxètre suit leur usage. |
Lorsque l’énergie de l'appétit les rend insuffisans dans la quantité de quatre à cinq par jour, la diarrhée est terminée , chez les sujets où elle n’est pas trop invétérée. Alors on passe aux soupes; des soupes on vient aux œufs, aux végétaux tendres et mucoso-sucrés, comme les épinards, les choufleurs, etc. S'il en résulte des vents, il faut rétro-
grader. | :
S'il y à encore une selle liquide et copieuse dans
les vingt-quatre heurés, on doit juger que la muqueuse est toujours irritée , puisqu'elle ne laisse pas séjourner les excrémens jusqu’à ce qu'ils soient privés de toute leur humidité, ou qu’ellé leur fournit assez de mucus pour les empèchér de prendre de la consistance. L'un et l’autre indiquant un léxer degré de phlogose , il faut se garder d’accorder les alimens plus solides, et revenir, s’il est besoin, l'usage exclusif des bouillies , des coulis et bouilns.
Les médicamens qui peuvent concourir, avec de rgime , à la cure des phlogoses chroniques de la iembrane muqueuse du colon, se réduisent, pour I, à quelques stomachiques et aux anodins.
Lorsque l’éréthisme général du commencement
est tout-à-fait tombé, mais qu'il reste encore de la douleur locale , je donne des potions faites avec la solution de gomme adragant, et rendues légèrement anodines avec la teinture de Sydenham. de ne dépasse pas d’abord la dose de douze gouttes, ou bien je fais prendre un demi-grain d'opium le soir. Lorsque les malades sont très-nerveux et ont de mauvaises nuits, j'augmente la dose du laudanum jusqu’à cinquante et soixante gouttes, sans inconvénient: J'en ai vu résulter le plus grand bien; mais ces médicamens ne sont utiles qu'autant que le régime est sévèrement maintenu dans les bornes que nous avons prescrites. Je suspends ensuite les préparations d’opium, pour y revenir de temps à autre, et même sans que la douleur m'y invite. Je crois cette méthode d’administrer l’opium véritablement curative, pourvu que le régime soit observé, et qu'il n’y ait point une complication d'irritation gastrique; car alors le traitement de ls diarrhée doit être dirigé d’après les mêmes prin cipes que celui de la gastrite chronique.
Dans le courant de la journée, je donne pou boisson, d’abord la solution de gomme arabiqu acidulée, et quelques jours plus tard, aussitôt qu les désordres sympathiques commencent à cesser, l'eau de riz légère et faiblement édulcorée. Si a soif est encore forte, je l’acidule un peu avec € suc de citron; mais je ne recommande jamais :e boire en abondance dans aucune phlogose és voies digestives.
Lorsque la diarrhée est réduite à une ou deux selles sans douleur, le reste allant bien, jé prescris la décoction blanche du codex militaire, aromatisée; J'ajoute du vin rouge à l’eau de riz, mais toujours en petite quantité.
Les autres toniques dont le malade peut faire usage pour favoriser l’action de l'estomac, sont le vin, une décoction amère , comme celle de quinquina, ou bien quelques doses légères d'eau de cannelle, de mélisse ou autre, dans un véhicule adoucissant. Étudions leur mode d'action, et celui des diverses substances recommandées dans la dysenterie.
Le vin ne doit être donné qu'aux repas; il en faut peu, mais qu'il soit bon. On le prendra d’abord affaibli avec l’eau, ensuite pur , mais peu à la fois, tant qu'il paraîtra quelque trace d’éréthisme général.
Les astringens augmentent souvent la phlogose en arrêtant la diarrhée. Ils ne manquent point d'opérer ainsi chaque fois qu’on les donne à dose suffisante pour qu'ils parviennent dans le colon. Ïls ont cela de commun avec tous les toniques imaginables; et leur action, pour être avantageuse à la maladie, doit se borner à l'estomac, et n’agir que d'une manière imperceptible, en facilitant la digestion. Or, pour cela, il ne faut pas des médicamens tannans. d’ai souvent observé que l'estomac en était désagréablement affecté. Nous étudie rons Jeur action avec celle de l’opium.
Le vin, une infusion de quinquina ou de cännelle, extrêmement légère, quelques gros de sirop de ces substances ou de celui d'écorce d'orange , suffiront pour solliciter ce viscère à bien exécuter ses fonctions : encore n’en faut-il pas faire un usage habituel, Si l’on commet cette faute, on voit paraître Îa soif, la chaleur de la bouche, le mal de orge, et autres signes qui nous avertissent que la muqueuse gastrique est trop vivement stimule. Comme la digestion en souffre, le chyme, moins exactement digéré , laisse un résidu plus abondant et plus irritant, qui ne peut qu’alimenter la phlosose de la surface interne du colon.
Le cimarouba n’a, pas. plus que les autres amers, la vertu de guérir les diarrhées. — L'ipécacuanha , comme vomitif, ne peut être utile que dans les premiers temps, lorsque la nécessité d’évacuer l'estomac est bien établie. Mais, si jose exposer mon opinion avec franchise, je ne lui reconnais aucune vertu anti-dysentérique (1). Les diarrhées qu'on voit cesser après son usage sont celles où la phlogose est légère ou non encore établie, et qui sont de nature à s’apaiser aussitôt que les corps étransers qui les provoquaient seront expulsés. J'ai repété ces épreuves un grand nombre de fois. Pendant long-temps, j'ai fait vomir avec l'ipécacuanha
Li]
(1) J'ai appris depuis à le redouter , et je m'en abstiens, pour lui substituer les sangsues , les féculens, et enfin un peu d'opium.
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. + 291 autant de diarrhéiques que j'en traitais par les émolliens et la diète. Jai souvent va l'ipécacuanha agir sur le colon , et rendre la diarrhée sanguiñolente et douloureuse, au lieu de. l'enlever; tandis que le traitement adoucissant et féculent ne m’a jamais donné un résultat douteux. Avec lui, j'aurais repondu d’une diarrhée simple et récente, quelle que fût sa violence ; et les diarrhées légères se trouvaient, en deux jours, bien avancées vers la guérison. Avec l'ipécacuanha , si j'en voyais diminuer six ( avantage que j'obtenais mieux encore par l’autre méthode), j'exaspérais la septième , et la faisais passer à un état de phlogose décidée, qu'il fallait ensuite combattre par les adoucissans.
Toutes ces considérations m’avaient enfin déterminé à bannir les vomitifs du traitement des diarrhées dans le Frioul vénitien ; je ne les y fais plus entrer que dans les cas extraordinaires ; par exemple, lorsqu'il y a probabilité de vers dans l'estomac, lorsque les nausées et les rapports acides ou alcalins , les renvois bilieux sont opiniâtres et résistent à deux ou trois jours de traitement émollient et délayant (1); lorsque, en même temps, le teint reste jaunâtre , la bouche très-amère, et qu’il me semble probable que la bile est stagnante où surabondante dans l'estomac ou dans son propre viscère. Les boissons adoucissantes auraient peut-être sufh,
(x) Dans ces cas, quelques sangsues sur l’épigastre sont plus utiles et plus sûres que les vomitifs.
dans la plupart des cas, pour aider lestomac à se débarrasser, et pour rendre aux couloirs leur liberté ; mais cela aurait été long, surtout dans les sujets mous et inactifs ; et, par les vomitifs , J'étais certain d’épargner des souffrances au malade : leur utilité étant donc: évidente dans ces circonstances, je ne balançais point à y recourir au plus tôt. | Je préfère l'ipécacuanha, parce que son action est bornée à l'estomac, et moins perturbatrice que celle du tartrate antimonié de potasse, et non parce que je lui crois une propriété astringente. L'effet anti-péristaltique des vomitifs ne me paraît nullement curatif du mouvement péristaltique qui produit l'expulsion des matières stercorales. Le premier ne saurait empêcher le second, lorsque la phlogose de la muqueuse en est la cause, et , s’il le suspend , lorsqu'il ne dépend que des corps étrangers, il fait du mal ; car la diarrhée sollicitée par des excrémens fétides et irritans ne doit point cesser que toutes les matières qui l'ont provoquée ne soient expulsées. Si ces matières étaient retenues , elles ne pourraient qu'exercer une irritation locale dans la poche du cœcum, ou dans la partie inférieure du colon, ce qui disposerait la muqueuse de ces lieux à la phlogose. Il vaut donc mieux qu'elles soient promptement évacuées. Ce n’est pas le mouvement qui les expulse qu'il faut attaquer, c'est sa cause. Elle réside dans l'irritation de la muqueuse (1) : cessez: donc de fournir à
(1) C'est pour celte raisou que je préfère anjourd’hui les
cette membrane des corps capables de la stimuler , etvous verrez diminuerlesconvulsionspéristaltiques. Aureste, si on les trouvait encore trop fortes , après les évacuations suffisantes et un usage abondant des émolliens , ce ne serait ni par l’ipécacuanha, soit comme vomitif, soit comme tonique astringent , ni par la teinture de rhubarbe, qu’on devrait chercher à les apaiser : ce serait par l’opium (1) : il réussit à merveille quand on l’administre avec les précautions que nous allons conseiller. Les fomentations émollientes , et les bains à peine tièdes, y conviendraient aussi, beaucoup mieux que les prétendus spécifiques si vantés dans la cure de cette maladie. — Mais étudions particulièrement les effets de l'opium , qui paraît comme spécifique dans cette maladie.
La teinture d'opium de Sydenham , appliquée en frictions sur des pustules galeuses, les fait d’abord gonfler, augmente la démangeaison , la dénature , et la transforme en un sentiment de cuisson qui s'émousse bientôt. Ensuite les pustules s’affaissent et ne reparaissent plus. J’ai guéri plusieurs gales par ce procédé ; j'en ai aussi manqué quelques-unes. Les boutons froités disparaissent toujours, mais quelquefois on en voit long-temps reparaître de nouveaux.
J'ai employé les mêmes frictions sur les furoncles
mr
en
sangsues appliquées à l’anus , sur le cœcum, ou sur le point douloureux du trajet du colon.
(1) Après les sangsues.
294 UISTOIRE DES PILEGMASIES CHRONIQUES.
commencçans. J'avais: soin d’excorier la peau, afin de faciliter l'absorption du médicament. Ces petites tumeurs inflammatoires sont d’abord devenues plus douloureuses , ensuite elles sont tombées dans un état de stupeur remarquable , et leurs progrès ultérieurs ont été arrêtés ; leur rougeur éclatante s’est changée en une rougeur livide; elles se sont durcies, et leur résolution a été lente. Mais aucune n’a continué ses progrès jusqu’à la formation du bourbillon , comme il arrivait avant l'expérience. J'ai fait un troisième essai des frictions avec la teinture vineuse d’opium sur les boutons rouges , accompagnés de vive démangeaison, dont la peau se couvre souvent pendant l'été et dans les pays chauds, et qu'on a désignés sous le nom de pusiules sudorales. La démangeaison est devenue d’abord insupportable ; peu après elle s’est changée en un sentiment de cuisson, et a fini par se dissiper, en même temps que les pustules prenaient une couleur livide et s’affaissaient, — Dans toutes ces expériences , la peau frottée de laudanum est devenue sèche, dure, imperspirable ; les mains qui avaient exercé les frictions étaient dans le même état, et faisaient éprouver la même sensation que si l’on eût manié du brou de noix, des artichauts, ou toute autre substance chargée de tannin. — J'ai conclu dé ces expériences que la teinture de Sydenham commence par exciter vivement l’activité organique des parties qu'elle touche; 2°. qu'elle en-
sourdit , linstant d'après, les mêmes capillaires
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 295 qu'elle avait excités; qu’elle les resserre et les con dense en les engourdissant. — Ce n’est que par ce dernier effet qu’elle a de l'analogie avec le tannin : car cette substance engourdit et condense sans avoir commencé par exciter les mouvemens organiques , et par appeler les fluides dans le faisceau qu’elle pénètre , comme fait la teinture d'opium.
Les effets de la teinture d’opium doivent encore être plus considérables sur la membrane muqueuse des voies digestives qu'ils ne le sont sur Ja péau. Ainsi, après avoir vivement excité la sensibilité et la contractilité organiques dans l'estomac, elle y produit une stupeur de quelque durée, pendant laquelle la sécrétion muqueuse diminue , et les os cillations péristaltiques sont ralenties. Elle a donc en même temps l’effet calmant et l'effet astringent. Or, c’est de ce double mode d'action: qu'il faut rer parti pour combattre avantageusement la phlo- 30se muqueuse du colon, et les contractions convulsives du plan musculeux de cet intestin. Voici les précautions que je crois nécessaires pour y réussir.
1°. De ne jamais donner le laudanum lorsqu'il existe une diathèse inflammatoire générale , parce que cette diathèse s’alimente de toutes les excitations , quelque légères qu’elles soient. Ainsi, le calme consécutif n'aurait pas lieu; ou s’il avait lieu , ce ne serait qu’un engourdissement du point je plus fortement affecté par l’opium ; l'excès de réaction pourrait encore transformer cette sltupeur en véritable mort; d’où résulterait une escarrhe gangré-