RARES
Telles sont les observations que j'ai pu faire, jusqu’à ce moment, sur la nature et le traitement de la phlogose de la membrane muqueuse des organes de la digestion. Le traitement qui ma le mieux réussi est fondé sur l'emploi des médicamens mucilagineux et acidulés. Les toniques n'y entrent que secondairement, non comme curatifs, inais comme adjuvans dans la convalescence.
Cette doctrine n’est point contradictoire aux faits
TRAITEMENT DE L'ENTERITE. 2/19 connus et attestés par les bons observateurs. Il n'est personne qui ne puisse s'en convaincre en y réfléchissant. En effet , il se peut que dans une épidémie de phlogoses muqueuses qui s’est développée dans un pays froid et humide, dans une ville où règnent le malheur et la disette , la susceptibilité de l'estomac s’accommode d’une plus forte dose d’excitans que je n’en pouvais faire passer à Udine.
Quoique j'aie éprouvé que la chaleur atmosphérique dispose la muqueuse gastrique à se laisser phlogoser par le régime tonique , cela n'empêche pas que les épices ne soient employés avec succés , comme auxiliaires de la digestion, par les colons acclimatés et par les naturels des pays équatoriaux. C’est l’arrivée dans les pays chauds que les hommes du Nord ont à redouter: c’est alors qu'ils doivent. recourir aux adoucissans et aux sédatifs acidules , jusqu'à ce qu'ils soient aussi rendus au degré de relâchement et d’insensibilité où il faut être pour bien supporter l'influence trop excitante du climat. Mais qu’ils se gardent bien de prendre pour cet état la débilité et le découragement qu'ils éprouvent , dans les premiers temps de leur arrivée ; il teur en coûterait la vie.
N'ayant point vécu dans les latitudes rapprochées de la ligne équinoxiale, je ne saurais déterminer combien de temps est nécessaire pour conduire l'Européen à cette langueur qui constitue l’acclimatement ; mais je me persuade qu'il faut au moins
quelques mois. Ce que je regarde comme bien
certain, c'est que le régime adoucissant ne saurait avoir d’inconvéniens , parce que la faiblesse ne va jamais trop loin lorsqu'on ne manque pas de
moyens d'y remédier. Un sentiment plus fort que nous-mêmes nous rappelle sans cesse à l’usage des corroborans aussitôt que la puissance vitale commence vraiment à défaillir, et telle est l'opinion prédominante du jour, qu’on y aura toujours plutôt recours trop tôt que trop tard. Je voudrais donc qu'aux autres précautions hygiéniques que l’on recommande, pour les soldats nouvellement arrivés dans les pays chauds, on joignît celle de ne boire les liqueurs fermentées que délayées dans une grande quantité d’eau , de faire un usage modéré de lhmonade, et de vivre, autant que possible, de substances tirées du règne végétal.
En vain répondra-t-on que le soldat a besoin de toniques pour résister à l'influence du sol marécageux et fétide qui le menace des fièvres intermittentes, de Ja fièvre jaune , etc. : ce sont de fausses idées , des préjugés pernicieux. Ceux qui ont le plus fait usage des spiritueux durant les contagions dont j'ai él£ témoin en ont été les premières victimes. Rien d'étonnant: celui qui se maintient dans un état fébrile continuel est cent fois plus impressionnable par les miasmes délétèrés que celui qui reste dans sa manière d’être ordinaire. Si les excès qu'il commet établissent un foyer de phlegmasie latente dans le canal de la digestion, il devient encore plus susceptible ; et si alors il est afteint par la contagion,
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. APS». un la désorganisation sera prompte dans le lieu affaibli, et entraînera celle de l'individu. Je suis persuadé que l'usage des stimulans, pour se RUSSET FES des FDA Ce produit un effet tout contraire à celui qu'on en attend. Entretenir l'organisme dans un degré d’action modéré, et tel que l'on ne se sente ni plus fort ni plus faible que dans l'état habituel à la constitution dont on est doué , s’armer de courage’, éviter les excès : voilà les meilleurs moyens de se préserver des épidémies, soit dans les pays chauds, soit dans les marécages froids et humides.
- N'est-il pas de remarque générale que la frvre jaune attaque de préférence les sujets sanguins et robustes? Ne trouve-t-on pas, en ouvrant les cadavres de ces victimes, des désorganisations , des sphacèles , des décompositions étonnantes dans les principaux viscères , et surtout dans ceux de la digéstion (1)? N’a-t-on pas observé que presque tous les malades qui périssaient avaient une fièvre desplus
violentes dès le premier moment, et que ceux où
BAD ART NE DR) LE ET ren remettent
(1) Après avoir long-temps disserté sur Ja nature de la fièvre jaune, on est enfin arrivé aux conclusions que pré= sente ce passage , puisque les médecins les plus judicieux conviennent aujourd’hui que la fièvre Jaune n’est qu’une gastro-entérite occasionée par des miasmes exhalés de foyers putrides ou de matières animales en état de décomposition, et que l’influence phlogosante de ces gaz est favorisée par l'irritabilité que la chaleur atmosphérique établit dans la muqueuse des organes de la digestion. On convient aussi que cette phlegmasie n’est contagieuse que dans ces foyers.
2/S MISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.
elle était plus modérée dans son début laissaient bien plus d'espoir ?
Tous ces faits n’attestent-ils pas une action extrèmement forte et précipitée des systèmes sanguin et nerveux, qui brise en peu de temps les instrumens de la vie? Maintenant, je le demande ; com-
‘ment qualifier ces mouvemens si impétueux, sinon d'inflammation ? La véhémence de cette inflamma-
tion n'est-elle pas le résultat de l’activité des excitans
et de l'excès de susceptibilité ? La prompte désorganisation des tissus où elle s'allume n’annonce-t-
elle pas qu'ils ont été préparés à la dissociation par
les excitans , ainsi que nous l’avons établi dans l'étiologie, en parlant des effets de la chaleur? Est-il donc difficile de concevoir que l’abus des stimulans dispose les Européens nouvellement arrivés dans les Antilles, ou dans toute autre température analogue, non-seulement à lafièvre jaune, mais encore à toutes les maladies que ces dangereux climats peuvent favoriser ? |
Le climat de l'Italie, moins chaud que ceux qui sont situés entre les tropiques , l’est toujours assez pour produire une excitation considérable sur ceux qui n’y sont pas accoutumés. Mais il ne jette dans le collapsus dont nous avons parlé que les Français d’une faible complexion. C’est que les chaleurs n’y sont pas excessivement prolongées: pour quatre mois de chaleur un peu forte, on y jouit, pendant les huit autres, d'une température moyenne, quelquefois même assez froide; de sorte que les habi-
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 249 tans y sont vigoureux et bien conformés. Cependant ce degré est encore, pour les Français irritables et sanguins, s'ils viennent des départemens septentrionaux, un stimulant fort incommode, parce qu'ils ne trouvent pas assez d'hiver pour se reposer.
Si donc les faibles y sont accablés, comme ils le seraient dans les Antilles, et si les forts y sont plus stimulés qu'il ne leur convient, mais pas assez pour être jetés dans le collapsus (1), chaque constitution y trouve sa cause demaladie. Or, en attendant que les uns et les autres se soient accoutumés à la mesure d’excitation qui agit continuellement sur eux, il est encore prudent de leur épargner le stimulus des alimens et des médicamens incendiaires , surtout dans le début de leurs maladies. Ils ne sont pas menacés d’une dissolution aussi prompte ni aussi universelle que s'ils étaient dans un climat plus chaud ; mais ils ont toujours à craindre un foyer de désorganisation qui les conduirait aussi sûrement à leur perte ; et l’expérience prouve que ce foyer a le plus souvent son siége dans la membrane muqueuse du conduit digestif, surtout vers son extrémité inférieure.
Rien ne peut donc être .plus pernicieux aux Français qui vivent en Italie, que l'abus de la mé-
(1) Les forts sont beaucoup plus prédisposés que les faibles aux gastro-entérites que produisent les pays chauds. C’est un fait bien connu des habitans des climats équatoriaux, et l’acclimatement consiste à leur faire perdre cette
disposition inflammatoire.
decine évacuante et tonique, c'est-à-dire, que les médecins qui ne voient qu'humeurs à évacuer, ou qui ne s'étudient qu'à remonter l'incitation. Je ne dirai pas que la médecine doit y être plus passive qu'active; car c'est agir beaucoup que d’écarter d’un malade une foule d’agens qui ne manqueraient pas de le détruire; mais je soutiendrai que le médecin qui rafraîchira ses malades, en les faisant d’abord un peu jeûner, aura bien plus de succès que celui qui se croira obligé de donner un vomitif, un purgatif et des toniques à tous ceux qui lui tomberont entre les mains : un milieu sagement combiné l’emportera toujours ; mais s’il fallait choisir, mon parti serait bientôt pris, tant j'ai été frappé du peu de mortalité de la pratique presque entièrement aqueuse et végétale ! |
On a voulu établir en principe que Les maladies chroniques étaient plus rares dans les pays chauds que dans les froids. Il est clair que ceci a besoin | d’être modifié. Dans les pays équatoriaux, les phlogoses peuvent être assez violentes pour ne pas laisser languir. les malades (1); mais je puis assurer qu'en Îtalie, hors les cas d’épidémie, la très-grande
majorité des morts est l'effet des phlogoses obscures | $ |
(a) Si les hommes non acclimatés échappent aux phlegmasies aiguës , ils restent encore exposés à des chroniques, qui ont toujours leur siége dans le canal de la digestion Il est même beaucoup de sujets chez lesqueis la chaleur équa-
toriale produit les gastro-entérites chroniques sans en avoir
/ TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 251 dont je m'occupe dans ce volume. Peut-être que si l’on savait bien les prévenir, l’assertion aurait quelque chose de fondé; car, lorsque les organes gastriques sont en bon état, dans les pays chauds, le reste des fonctions va d'ordinaire assez bien , attendu la rareté des affections de la poitrine. Il me reste à résumer le contenu de cette section , afin de resserrer le tableau des affections in- .flammatoires de la membrane muqueuse des'voies digestives.
RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE DES PHLEGMASIES DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DES ORGANES DE LA DIGESTION.
1°. Causés.
L'air chaud , sec où humide, et chargé de corpuscules irritans et délétères, les ingesta d’une qualité stimulante, les affections tristes et dépressives de l'âme, ou les emportemens de la fureur; certaines dispositions fébriles , entretenues par un foyer permanent d’iritation, disposent la membrane interne des organes de la digestion à éprouver le phénomène de l'inflammation ; et celles de
ces causes qui ont sur elle l'action la plus immé-
es me nie
développé d’aiguës. On observe surtout cela dans les régions sèches ; car les plages humides , toujours chargées d’émanations putrides, sont celles qui engendrent le plus de gastro
entérites aigueés.
diate déterminent le développement de cette affeclion. *
pi Développement.
L'inflammation n’est assez intense pour: faire sentir une douleur locale et pour entretenir une réaction fébrile continuelle, que dans son plus haut degré ; il en est une foule d’autres dans lesquels elle ne se manifeste que par le désordre de la fonction, digestive , et par la lésion sympathique des principaux appareils. Le concours de ces deux: conditions est nécessaire pour qu’on puisse la re- » connaître. | | |
1°, Les troubles de la fonction: digestive se réduisent : (4) Pour lestomac, au vomissement , au long séjour des alimens avec: sentiment de pesanteur, de compression, de chaleur ; à la soif, à l’ardeur de l’arrière-bouche , aux renvois, à la constipation. Ces symptômes sont en raison directe de la quantité et de la propriété irritante des alimens , et sont calmés ou dissipés par la diète et les boissons aqueuses et acidules. La douleur, quand elle s'y Joint, est le plus souvent lancinante ou pongitive, et correspond aux environs des mamelles et. au-dessous des hypochondres, ou dans le dos. (B) Pour les intestins, les troùbles de la digestion sont des coliques ou douleurs ayec distension , tortillement, revenant par intervalles, et précédant la sortie des excrémens, le ténesme et la fréquence des déjections, quelle qu’en soit la
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 253 ‘ nature. Cette dernière modification , {a fréquence des selles, suffit aussitôt qu'elle devient permanente, pour caractériser la phlogose.
2. Les troubles sympathiques sont : (4) Pour l'appareil cérébral, le délire , les convulsions , les tremblemens, la perte graduelle des fonctions des sens, et le coma. (B) Pour la respiration , une toux, le plus souvent à petites secousses, en rapport direct avec les douleurs qui partent des organes digestifs, la dyspnée , une expectoration qui peut imiter celle du catarrhe ou de la pneumonie, l'aphonie..(C) Pour la circulation et le mouvement des fluides en générat, dans le plus haut degré ; la fièvre la plus forte , avec chaleur ardente, coloration trèsvive , teint frais (1) : dans un degré inférieur, une roideur ou une fréquence du pouls qui ne sont portées à l’intensité de la fièvre que dans les redoublemens nocturnes, mais qui peuvent alors, par le concours des troubles nerveux, simuler les fièvres intermittentes ataxiques ; dans les degrés plus obscurs , le resserrement, la dépression, la rareté du pouls , avec froideur opiniâtre de la surface cutanée. Ces derniers symptômes coexistent souvent avec le délire et les lésions les plus profondes des fonctions des sens et des forces musculaires. La nullité de PR ONRER PE LE NOT EE th here dr PM int à
(1) Si les intestins grêles, et surtout le duodénurh, sont phlogosés, il y a couleur jaune et surabondance de sécrétion
bilieuse, même sans hépatite : tels sont la fièvre jaune pour l'état aigu , et les ictères pour le chronique.
l’excrétion cutanée , la fétidité des exhalaisons, le défaut d'absorption lymphatique, ou l’hydropisie , appartiennent encore aux lésions du mouvementdes fluides, et dépendent plus souvent de la phlogose colique prolongée que de celle de l'estomac.
Progrès et terminaison.
La phlegose muqueuse des organes digestifs, une fois établie, ne se dissipe point tant que l’action des causes qui l'ont produite continue ; mais quand, | elle n’est pas promptement funeste, elle perd insensiblement de ses symptômes, passe à l’état chronique, et devient d'autant plus obscure que le malade s'approche davantage de son dernier moment. Lorsqu'elle tue dans les prémiers temps, c’est ou par la douleur ou par le sphacèle ; lorsqu'elle n’est mortelle que dans son dernier degré de chronicité, c'est autant par la désorganisation de la partie phlovosée que par l'épuisement général des forces.
Lorsque cette phlogose est traitée d’une manière convenable , elle dure peu de témps; maïisilen faut beaucoup pour rendre à la surface qui a été enflammée l'aptitude à supporter Îles $timulans auxquels elle était habituée avant d’être malade.
4°. Alitérations organiques.
Ce sont, 1°. pour l’état aigu, la rougeur claire (+)
(1) Elle devient foncée avant de passer au noir.
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 259 de la muqueuse , avec épaississement, endurcissement et érosion ; la noirceur, et même le sphacèle. Les exsudations plus ou moins consistantes qui se rencontrent dans ce degré n'ont guère lieu que lorsque .la membrane est rouge : on la trouve sèche quand elle est noire; 2°. pour l’état chronique, outre les désordres ci-dessus, un développement plus considérable, des ulcérations à bords inégaux et comme caileux, détruisant toute l’épaisseur de la membrane; des grains tuberculeux, dont quelques-uns sont noirs, des fongosités plus ou moins grosses, quelquefois avec ulcération d’aspect cancéreux, un épaississement considérable du viscère, provenant de la dégénérescence lardacée ou tuberculeuse des lames cellulaires interposées entre les membranes ; épaississement dans lequel le cancer ne manque point de se développer, si la mort ne prévient cette dégénérescence (1).
5°. Méthode curative.
Le traitement de cette phlogose dépend, 1°, de l’abstinence complète des alimens dans le principe ; >, de l'usage des substances végétales qui joignent, à la propriété de nourrir beaucoup, l'avantage de ne laisser que très-peu de résidu sur la surface irri-
fo) H n’a lieu que chez les constitutions disposées aux affections lymphatiques ou sub-inflammations ; mais c’est toujours par suite de l’inflammation de la membrane muqueuse.
tée; 5°. de l'emploi des boissons aqueuses , gommeuses, mucilagineuses , acidulées, jusqu’à ce que la diminution des douleurs et des désordres sym= pathiques permette d'employer l’opium dans l’entérite seule, d’abord à très-petites doses, et ensuite les fortifians, qui ne doivent être administrés que graduellement et avec les:plus grandes précautions, surtout dans la gastrite; 4°. les topiques externes rafraîchissans, rélâchans , sont plus utiles que les
rubéfians ou irritans, dans l’état d’acuité ; 5°. les
exutoires conviennent dans les cas de chronicité, et surtout lorsque le tempérament ou les circonstances font craindre que l'irritation de la muqueuse
ne produise le squirrhe. 0 Complications.
Les phlogoses muqueuses des organes de la digestion se compliquent avec toute espèce de maladie. Si les maladies complicantes sont inflammatoires , elles ne changent rien au traitement. Si elles sont adynamiques , elles font que les évacuans sont souvent nécessaires , et que les toniques doux, recommandés pour la convalescence des phlogoses en question, sont plus promptement admissibles dans le cours de la maladie (1). Voilà tout le change-
ment qu’elles apportent à la méthode curative ; car
(1) On voit qu'ici j'incline davantage vers le traitement adoucissant durant l’état aigu des prétendues fièvres adyna-
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE. 297 il n’est jamais possible de bien traiter une maladie quelconque par des médicamens qui seraient capables de nuire à la membrane sur laquelle ils sont déposés (1).
Le traitement préservatif ne diffère point du curatif. |
miques, puisque je réserve les toniques pour la conyalescence. Mais combien il m’en a coûté pour m'’affrancbir du joug des autorités classiques !
(1) Cettesseule idée aurait pu conduire les praticiens à fa thérapeutique des prétendues fièvres essentielles.
ITT. gr